« Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes » – Lionel Shriver

« J’aime l’homme que j’ai épousé. Mais je ne suis pas sûre qu’il soit encore l’homme que j’ai épousé. C’est le problème. » (P. 208)

 Remington Alabaster et Serenata Terpsichore formaient un couple uni, un couple américain banal comme tant d’autres couples de soixantenaires. Jusqu’au jour où Remington décide de se remettre au sport. C’est décidé…Remington veut faire un marathon.

Alors il achète la tenue imposée, celle qui lui donne l’apparence du marathonien endurci, et fait sa première sortie..une sortie qui se limitera à 800 m. Il faut un début à tout !

Deuxième impératif, faire un check-up…au cours duquel sera décelée une petite anomalie cardiaque sans gravité. Commence alors l’entrainement sérieux…il y tant de sites sur internet, fournissant les conseils adaptés, donnant THE PROGRAM qui fait de chacun un marathonien.

Mais Madame ne voit pas tout ça d’un bon œil, les conversations deviennent hargneuses, les prises de bec ponctuent les achats d’équipements, il y en a pour 2000 $! Dopé par cet équipement,  Remington parvient à effectuer un parcours de 8 km à 7 km/h !

Il n’hésitera pas non plus à acquérir un très beau tapis de course avec ambiance champêtre! Bref ce qui se fait de mieux dans le bling-bling.

Mais petit à petit, notre sexagénaire va se prendre au jeu, améliorer ses résultats, faire sa première course…. et parvenir à la finir dans les derniers.

Au hasard d’une compétition il rencontrera Bamby Buster,  une bimbo qui va le prendre en charge afin qu’il améliore ses compétences…Jalousie de Madame…

Bref, vous avez entre les mains un roman sur cette société américaine (mais d’autres aussi) focalisée sur l’apparence, le culte du corps parfait, de la performance, mais aussi un roman sur la crise des couples, la jalousie…rajoutez-y une pincée de religion, comme savent le faire les américains en la mettant à toutes les sauces et vous obtenez de bons moments d’observation de cette culture US, de la vie de ces couples obsédés par le temps qui passe, les rides, et le petit ventre.

Mais aussi un petit brin de racisme…

Et quand vous en aurez assez de le voir courir, regardez-le pédaler lors de triathlons sur son vélo à 10 000 $….et observez Madame qui ne veut pas être en reste !

Saint Fric et Sainte Apparence du Corps Parfait à tout Âge, Sainte Religion priez pour eux. Ils vous feront  passer un bon moment de lecture.

Je ne connaissais pas Lionel Shriver, je vais en reparler. J’aime bien son coté provocant !

Éditeur : Belfond – Traduction par Catherine Gibert – 2021 – 380 pages


Lien vers la présentation de Lionel Shriver


Quelques lignes

  • « Ce qui était horripilant, c’était cette façon dont tout le monde évoquait soudain sa bucket list, ses cent choses à faire avant de passer l’arme à gauche, sur un ton à la fois léger et entendu, pour bien montrer que l’usage de cette expression lui était parfaitement familier. » (P. 12)
  • « Les deux derniers mois – et cela avait peut-être même commencé avant – avaient été ponctués de prises de bec minables entre deux parents qui, sans enfants dans les pattes, n’avaient plus rien en commun, même si, des années auparavant, cela avait été un soulagement de se retrouver seuls tous les deux. Elle trouvait odieux qu’on ne lui fasse pas crédit du sang-froid dont elle faisait preuve.. » (P. 47)
  • « L’acquisition était venue s’ajouter au nombre des dépenses exorbitantes, Remington étant désormais la proie de cette impulsion typiquement américaine qui consistait à dépenser beaucoup sans en avoir les moyens. » (P. 73)
  • « Pourquoi les enfants disaient-ils si rarement à leurs parents de se carrer Jésus-Christ Notre-Seigneur et Sauveur dans le fion ? » (P. 88)
  • « J’ai lu un article sur une course qui se déroule quelque part en Angleterre, dit Serenata, pendant laquelle des dizaines de personnes courent autour d’une piste longue de 400 mètres pendant vingt-quatre heures d’affilée. Le dernier vainqueur a couru 257 kilomètres. Ce qui fait 604 tours de piste. Les concurrents finissent parfois par avoir des hallucinations. Ils se rendent littéralement fous. Un des coureurs a dit que le but de l’exercice était de « se sentir mort ». » (P. 223)
  • « …les adolescents et les hommes de vingt ans sont les bêtes les plus dangereuses sur terre. Ils s’affrontent pour les femelles et s’efforcent d’imposer leur domination dans la hiérarchie des mâles. Partout dans le monde, ce sont les terroristes, les membres des gangs, les auteurs de la plupart des crimes non étatiques. » (P. 237)
  • « Car l’Église de l’effort physique offrait de la clarté. C’est-à-dire qu’elle mettait en avant toute une série de vertus dénuées d’ambiguïté – effort physique, épuisement, négation de la douleur, mépris des limites ressenties, aucune distance qui ne soit supérieure à la précédente, aucune cadence qui ne soit plus soutenue –, ce qui avait le mérite d’éviter toute confusion sur ce qui répondait aux critères d’une journée productive. De même, elle désignait le mal : la paresse. » (P. 241)

Une réflexion sur “« Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes » – Lionel Shriver

  1. Tu m’as donné envie de li re ce livre. Le recul sur les branchés du sport,adeptes de cette religion du timing,connectés à leur montre…Oui j’en rencontre tous les jours.Merci pour ce compte rendu affûté…

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