« Lumières de Pointe-Noire » de Alain Mabanckou

Plus de 20 ans après son départ pour l’Europe, l’adolescent africain Alain MabanckoLumières de Pointe-Noireu, devenu auteur reconnu, revient sur sa terre natale, le Congo qu’il nous décrivait dans « Demain j’aurai vingt ans ».
Il l’a quitté avec ses souvenirs …souvenirs ancrés dans sa mémoire, souvenirs photos à la fin de chaque chapitre.  

Il retrouve certains de ses amis qu’il nous avait fait connaitre dans ce roman, les lieux de son enfance. Si certains sont restés les mêmes face à leur ami Alain, qu’ils retrouvent avec plaisir, d’autres au contraire montrent leur coté pique-assiette et tentent par tous les moyens de profiter de sa réussite et de l’argent de l’émigré qui a réussi…c’est le cousin du cousin…D’autres qui comme lui sont partis pour l’Europe où ils vivent dans des taudis de travailleurs émigrés, reviennent en frimant avec des costumes et des chaussures qu’il ne portent jamais en France…..et étalent une richesse qu’il n’ont pas

Un voyage nostalgique…il n’a pu assister à l’enterrement de mère « Maman Pauline » et de son père »Papa Roger »…il était étudiant sans argent en France. Il n’aura même pas le temps pendant ses quinze jours d’aller sur leurs tombes. 

Ce n’est plus l’enfant que nous avions connu qui nous parle, mais l’adulte, qui essaye de retrouver ce temps perdu….un livre moins poétique, moins naïf que « Demain j’aurai vingt ans », dans lequel la nostalgie est partout présente : il sait qu’il ne reverra plus ceux qu’il rencontre. Il revient sur les lieux mais ne retrouve plus l’adulte ou l’enfant qui l’habitait. une pauvreté toujours présente à coté de certains qui ont réussi
Un livre qui nous permet de mieux connaitre cet auteur devenu professeur de faculté aux États Unis. Un ouvrage dans lequel tous ceux qui ont quitté leur village de naissance, se retrouveront, eux  aussi….Ah!ces souvenirs qui remontent à l’esprit, ce pays qu’on idéalisait et qui…Nostalgie des émigrés…

Connaître Alain Mabanckou

Quelques extraits
  • « Les crapules ne méritent pas de respect, puisqu’elles ne savent pas le transmettre » (P. 158)
  • « Quelle que soit la brousse dans laquelle tu entreras, dis toi que les esprits y logent, et respecte aussi bien la faune que la flore, y compris les objets qui te paraissent sans intérêt comme un champignon ou un pauvre petit ver d terre qui tente de regagner le bord d’une rivière….abstiens toi de manger de la vie de biche ou de cerf, car même si tu n’en mourras pas, il y aura quelque chose de toi qui disparaîtra, et ce quelque chose s’appelle la chance ou plutôt la bénédiction » (P. 173-4)
  • « Il ne faut jamais être triste sur une photo, on ne sait pas qui l’a verra dans dix, vingt, trente, quarante ou cinquante ans »  (P. 202)
  • « Une fille belle et diplômée qui cuisine mal et qui bâille au lit se fera supplanter par une laide inculte qui sait préparer un plat de saka-saka et qui envoie son amoureux au delà du septième ciel » (P. 217)
  • « Le pétrole c’est le pouvoir! Quand il y a une guerre, c’est qu’il y a du pétrole. Sinon, dites moi, pourquoi les nations ne se battent pas pour l’eau? Imaginez un pays qui n’aurait pas d’eau, est-ce que sa population survivrait? Le pétrole a foutu la pagaille entre les nordistes et les sudistes. Et comme des conseils on a eu une guerre civile rien que pour ça!  » (P. 221)
  • « Le goût salé de la mer, c’est à cause des larmes de nos ancêtres qui pleuraient pendant le voyage funeste de la traite négrière » (P. 256)

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