« Le Congrès » – Jean-Guy Soumy

Le CongrésUne découverte..passionnante
Le titre et la couverture ne m’auraient pas attiré, si ne n’avais pas entendu une critique à la télévision ….et j’ai appris – et je l’ai vérifié sur des sites et des documents historiques – que l’Église engageait, sous Louis XIV, à la suite de plaintes, des procès en impuissance, afin d’annuler des mariages et ceci dans le cas où le mari était impuissant et ne pouvait donner d’enfant au couple. 

Cette décision s’appuyait sur un interrogatoire du mari et de son épouse puis sur des expertises de médecins vérifiant si Monsieur était capable d’avoir une érection…. sur commande, des examens menés par des marâtres quant à l’état de Madame….

Et si ces examens ne permettaient pas de décider, le couple devait alors subir l’épreuve du « Congrès ». Devant une assemblée de médecins, d’hommes d’Église, et un public volontaire attiré par le spectacle, Monsieur devait honorer publiquement Madame, le monde médical et l’Eglise attendant que l’acte soit accompli pour vérifier qualité du sperme du monsieur, la réalité de la pénétration, etc ….
« Dresser, pénétrer, mouiller »...beau programme ..
Tout est dit sur cette pornographie voulue par l’Eglise et cautionnée par le roi. 
Bref une véritable épreuve pour un couple.
Surtout pour un couple comme celui de Jehane et de Guillaume Vallade qui s’aiment. 
Leur histoire se déroule durant les guerres de religion:
Guillaume vit dans la vallée de la Creuse. Un jour une famille protestante, fuyant la France, en route pour la Rochelle où elle doit embarquer, se réfugie chez lui pour la nuit. Il les accompagne durant plusieurs jours et très attiré par la femme du couple, Esther, il lui promet de prévenir sa soeur Jehane, ayant abjuré et restée en France, du bon départ de la famille vers l’Angleterre…. Il épouse celle-ci, dans laquelle il retrouve Esther, contre l’avis de son père qui avait prévu pour lui un mariage avec une jeune fille d’une famille plus aisée. 
Le jeune couple est monté à Paris, Guillaume s’étant engagé auprès de son père pour poursuivre les chantiers de celui-ci,  architecte qui dirige et construit Versailles avec ses équipes.
Tout irait bien pour Guillaume si sa belle soeur, veuve, ne lorgnait pas, pour son fils, sur la totalité de l’héritage de son beau père très malade. 
Seul moyen d’arriver à ses buts : faire condamner Guillaume et le déshonorer, devant l’Eglise, ses ouvriers et le surintendant qui le fait travailler pour le roi…et comme après plus d’un an de mariage ils n’ont pas encore d’enfant, elle dépose une plainte pour impuissance. 
Guillaume a été blessé à l’aine à l’occasion d’un combat…le couple subira donc toutes les épreuves du congrès 
J’ai découvert cette ignominie, ce viol entre époux, pratiquée à l’époque seulement en France,  plusieurs sources la confirment. Des vies d’hommes et de femmes, des vies de couples brisées par des médecins, par des hommes d’Église au nom de connaissances approximatives, au nom de Dieu.
Je ne connaissais pas cet auteur.
Le roman qui débute sans trop de relief ni de force, quant à l’intrigue à mon goût, prend toute sa force à l’occasion des différentes épreuves du « Congrès », et devient bouleversant et dérangeant. Toute la bassesse et l’hypocrisie de la médecine alliée à l’emprise de l’Église dans la vie des hommes de ce 17ème siècle  
Un bon moment de lecture, que je conseille vivement

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Extraits
  • « Selon vos détracteurs vous êtes inapte au labourage d’amour… Vous l’étiez avant de vous marier et vous avez convolé en connaissance de cause. Ce qui représente une atteinte grave aux sacrements du mariage » (P. 135)
  • « L’impuissant commet le plus affreux crime de mensonge ! J’accuse de stellionataires et d’imposteurs ceux qui font supposer de fausses marchandises pour véritables. En commettant cette mystification, ils deviennent faux monnayeurs! ….ceux qui s’enrôlent dans la milice sainte et sacrée de l’amour légitime sans les instruments dotaux nécessaires pour accomplir la solennité des noces doivent être punis d’infamie et de déshonneur. » (P. 141)
  • « Il ne peut atteindre qu’une puissance imparfaite. La cicatrice, dont on appréciera la profondeur atteint la base des organes. Elle crée ainsi une sorte de vide par lequel s’échappe la chaleur nécessaire à l’échauffement libidinal. Cela ne fait aucun doute. »(P. 174)
  • « La plaie dont souffre le sujet a provoqué un défaut de force et une sorte d’imbécillité du tempérament qui n’est occasionnée ni par la vieillesse ni par aucune maladie passagère. En d’autres termes nous avons affaire à un empêchement dirimant » (P. 175)
  • « Les attendus du jugement reprenaient les conclusions des experts, médecins et chirurgiens qui estimaient que ma réussite à l’épreuve ne prouvait rien dans la mesure où j’avais la vessie pleine, ce qui, à les en croire disqualifiait l’érection en la favorisant outrageusement. De plus ma semence avait été jugée trop laiteuse pour être féconde. » (P. 260) 

 

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