« Avis à mon exécuteur » – Romain Slocombe

Avis à mon exécuteurUn livre dans le livre…
2012 : un passant retrouve, en Suisse dans les poubelles d’un vieil homme originaire d’Europe centrale, mort d’une crise cardiaque, de vieux livres et une grosse liasse de documents dactylographiés pour la plupart et souvent en russe : …le manuscrit d’un livre : « le Grand Mensonge » – les crimes secrets de Staline en Russie, en France et en Espagne, et ma rupture avec le parti bolchevique et le communisme par Victor Krebnitsky ancien agent du renseignement soviétique en Europe ».

Romain Slocombe nous dévoile ce livre : Fiction, récit autobiographique ou livre d’espionnage ou d’histoire….?

Les mémoires du général russe Victor Krebnitsky ancien agent du renseignement soviétique, nous en apprennent beaucoup sur le régime soviétique, la vie de ses agents à Moscou et dans le monde, la paranoïa du régime et de Staline, les épurations pour cause de complots supposé, les mots ou écrits qui peuvent vous faire exécuter d’une balle dans la nuque, les machinations policières et judiciaires, la méfiance généralisée : l’ami de toujours pouvant être celui qui vous tuera… les chefs de l’Armée rouge fusillés….Toutes choses qu’on connaissait plus ou moins sur le régime stalinien.
Mais le livre « le Grand Mensonge » nous dévoile également des secrets d’histoire, cachés : Lénine empoisonné par Staline, Staline faisant le jeu d’Hitler en exécutant les réfugiés antinazi, Staline ancien agent  du Tsar, Staline volant l’or des espagnols pendant la guerre civile, un régime stalinien qui « donne aux services secrets russes à l’étranger la mainmise sur le recrutement des volontaires internationaux qui affluaient pour défendre la République contre le fascisme…..la possibilité d’une révolution « trotskiste » en Espagne représentait pour Stalîne le pire des cauchemars », et donc exécutant des volontaires trotskistes. 
« Devenu maître de l’Espagne, pays d’importance stratégique vitale pour la France et le Royaume-Uni, Staline serait une force avec laquelle on devrait compter, un allié convoité. Le monde s’imagine que les actions de l’URSS en Espagne étaient liées d’une manière ou d’une autre à la révolution mondiale. Mais ce n’était pas vrai. Le problème de la révolution mondiale avait depuis longtemps perdu toute réalité pour le secrétaire général du Parti. C’était uniquement une question de politique étrangère russe« 
Après cette lecture du livre de Victor Krebnitsky… Romain Slocombe, on regarde d’un autre œil, plusieurs intellectuels qui ont soutenu cette politique stalinienne, en Europe, en différentes occasions : Henri Barbusse, Romain Rolland, les Américains Dashiell Hammett et Lillian Hellman, l’Allemand Bertolt Brecht, Elsa Triolet, Louis Aragon…
Louis Aragon écrivant à la suite d’un portrait de Staline fait par Picasso : « On peut inventer des fleurs, des chèvres, des taureaux, et même des hommes, des femmes – mais notre Stalîne, on ne peut pas l’inventer. Parce que pour Stalîne, l’invention – même si Picasso est l’inventeur, est forcément inférieure à la réalité »
Romain Slocombe précise en page 487 : « Un roman qui s’inspire de la vie et de la mort de Samuel Ginsberg connu sous le nom du général Walter G. Krivitsky (1899 – 1941) et de l’assassinat de son camarade et ami d’enfance Ignace Reiss … »
Une fin sans surprise qu’on connait dès les premières pages : « Si on me trouve suicidé, c’est que j’aurais été assassiné »
Une très importante bibliographie a été utilisée par l’auteur pour écrire ce livre.

On se perd parfois un peu dans tous ces personnages, mais c’est un livre qui m’a passionné.


Plus sur Romain Slocombe


 

Extraits
  • « N’importe quel idiot peut tuer quelqu’un, mais réaliser une mort naturelle, ça c’est vraiment de l’art » (P.35 selon le NKVD)
  • « Devenu maître de l’Espagne, pays d’importance stratégique vitale pour la France et le Royaume-Uni, Stalîne serait une force avec laquelle on devrait compter, un allié convoité. Le monde s’imagine que les actions de l’URSS en Espagne étaient liées d’une manière ou d’une autre à la révolution mondiale. Mais ce n’était pas vrai. Le problème de la révolution mondiale avait depuis longtemps perdu toute réalité pour le secrétaire général du Parti. C’était uniquement une question de politique étrangère russe  » (P. 92)
  • « Les espagnols ne reverront jamais leur or, de même qu’ils ne peuvent pas voir leurs propres oreilles » (P. 160)
  • « Ce crématorium sera utile pour éliminer la catégorie de gens qu’il est impossible de juger car nous ne trouverons jamais rien de convaincant à leur reprocher » (P. 104)
  • « Les sentinelles étaient déplacées à intervalles irréguliers, parfois de dix minutes seulement au moyen du système appelé l’échiquier : on les envoyait d’un point à un autre sans préavis et selon un dispositif compliqué au moyen de signaux émis par le poste central de contrôle. Il s’ensuivait qu’aucun garde ne pouvait deviner à quel poste il se trouverait en faction à une heure déterminée. De la sorte il devenait impossible aux gardes, en cas de complot ou de projet d’assassinat de s’entendre pour faire passer un visiteur non autorisé » (P. 267)
  • « On peut dire sans exagérer que tout japonais vivant à l’étranger est un espion, et que tout citoyen allemand vivant l’étranger est une agent de la Gestapo. Staline faisait le travail de Hitler en exterminant les réfugiés antinazis » (P. 276)
  •  « La valeur d’un citoyen se mesure à l’élégance de la villégiature où il peut séjourner, à son appartement, à ses meubles, à ses vêtements, à sa situation dans la hiérarchie administrative » (P. 294)
  •  « Un membre du parti communiste, s’il est réellement loyal, ne doit pas s’indigner d’une erreur qui le frappe, lui ou son prochain. Il doit comprendre qu’une transformation totale de la société ne peut se passer d’erreurs de ce genre qui risquent de toucher une population importante. Même s’il est innocent, le communiste est tenu d’accomplir son devoir consciencieusement pour l’Etat, le Parti et la révolution, car objectivement son véritable destin est là, et non dans ce qu’il a décidé ou rêvé pour lui-même. « (P. 373)

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