« Sauver Mozart » – Raphaël Jerusalmy

Sauver MozartOtto Steiner, patient dans un sanatorium de Salzburg, nous fait partager, dans son journal du 7 juillet 1939 au 2 août 1940, sa vie de malade, la dégradation des soins, due à la mobilisation de tout le régime nazi pour l’effort de guerre. « Ni juif, ni non juif », il nous décrit avec un humour grinçant et cruel et grâce à des phrases courtes et percutantes les restrictions imposées au peuple mais peut être surtout aux malades incurables, les étages qui se vident du jour au lendemain de leurs malades dont le régime se débarrasse : « Je n’aurai peut être pas besoin de me suicider. On parle beaucoup d’euthanasie ces derniers temps…. ». Étages destinés aux premiers soldats, revenant du front, que le régime cache.Il sait que sa fin approche : « On verra ce qui tiendra plus longtemps, mes poumons ou mon porte-monnaie ».

Mélomane averti, il dit de lui : « Je n’ai plus de graisse, ni de muscles. mais il me reste mes nerfs. Et la musique… ». Cette musique qu’il ne peut plus écouter…. Il nous décrit la brutalité de ce régime de « décadents », qui ne comprennent rien à la musique, qui bâclent sa musique, celle de Mozart : « Ils résonnent dans ma tête. Ils me battent les tympans ».
Alors quand il a l’occasion d’apporter son concours à l’organisation du « Festspiele », festival de musique de rayonnement du Reich à Salzburg, c’est avec bonheur qu’il s’en occupe malgré son état de santé qui empire, pour « Sauver Mozart » de ces décadents.
Je n’en dirai pas plus afin de ne pas dévoiler la chute, ce sourire final…
Un bonheur de lecteur de 150 pages


Plus sur Raphaël Jerusalmy


Extraits

  • « Je n’aurai peut être pas besoin de me suicider. On parle beaucoup d’euthanasie ces derniers temps (P.39)
  • « Ce journal m’agace. Il me renvoie une image déformante de moi-même, comme le miroir fêlé du couloir.Une image qui ressemble de plus en plus aux autres, ceux de la salle 5, ceux du réfectoire, avec leurs yeux vides, leurs rictus de film d’épouvante à deux sous. Comme s’ils s’étaient tous mis d’accord pour me faire la même grimace.e craquelée, dans ce cahier fripé. n’est aps moi que je vois dans leurs yeux de vampires, dans la glace. Je ne me retrouve absolument pas dans ces phrases trop courtes, saccadées, que j’ai pourtant écrites de ma propre main. Je les relis parfois avec curiosité comme le Mémoires d’un inconnu. Ou d’une fantôme. » (P.45)
  • « Faire du festival un vulgaire outil de propagande, un amusement troupier, c’est un comble. Prendre Mozart en otage. L’avilir ainsi. N’y a-t-il donc personne pour empêcher un tel outrage? Cette fois, ils dépassent les bornes! On ne peut tout de même pas les laisser faire une chose pareille. Sans s’insurger, sans réagir. Il faut mettre fin à cette mascarade. A tout prix. Il faut sauver Mozart! (P.53)
  • « Je n’ai plus de graisse, ni de muscles. mais il me reste mes nerfs. Et la musique.
  • Je n’ai jamais aussi bien compris la musique que depuis que je n’en écoute plus. Depuis que j’en suis privé par la force des choses. Mais elle a d’autres moyens de se faire entendre. Pas besoin de gramophone. ni de partition. Le génie musical, c’est le souffle qui traverse la flute enchantée avant même qu’elle n’émette un seul son. L’attente qui précède l’entente. C’est le geste, l’attitude, l’émotion. Rien à voir avec les notes. je me souviens de centaines d’airs, des paroles de tous le grands airs d’opéra, en italien, en allemand, en français, des noms des maestros et des divas, des applaudissements. Ils résonnent dans ma tête. Ils me battent les tympans. S’ils me prennent ma musique… (P.57)
  • « Un chrétien, c’est un juif qui délire » (P.134)
  • « Je n’ai jamais suivi aucun mouvement. C’est cela que m’a légué mon père, bien malgré lui, la non appartenance. Je ne suis ni juif, ni non juif. Un peu par sa faute » (P.109)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s