« Le dernier jour d’un condamné » – Victor Hugo

 Le dernier jour d'un condamnéUn petit livre dérangeant, vite lu, mais qui reste longtemps présent à l’esprit….Ah Hugo! Irremplaçable
On ne sait pas pourquoi cet homme a été condamné à mort, quel crime il a commis…on l’accompagne pendant les 6 semaines entre le jugement et l’exécution, du cachot sordide jusqu’aux dernières attentions précédant la mise à mort, jusqu’aux derniers instants rituels…la coupe de cheveux, la découpe du col de la chemise, la montée des marches..6 semaines de torture morale
Un clac! une claque!

Dérangeant quand on a vécu l’époque des exécutions capitales, celle de Buffet qui avait tué et celle de Bontemps qui n’avait pas de sang sur les mains, celle de Christian Ranucci qui était peut-être innocent, quand on a entendu son grand-père raconter une exécution vue dans sa jeunesse…un spectacle rare dans une vie de jeune homme au début du XXème siècle…un grand père qui m’en a parlé une seule fois, les larmes aux yeux….la charrette, les cris et applaudissements de la foule…Le silence, les cris et les larmes aussi..

  • Dérangeant, alors qu’un condamné à mort devant une cour d’assise ne pouvait faire appel et n’avait d’autre choix que se pourvoir en cassation ou espérer une grâce présidentielle…Combien d’innocents ont été assassinés par la justice.
  • Dérangeant parce que cette peine n’a jamais limité la criminalité
  • Dérangeant à une époque où de nombreuses personnes sont exécutées au nom de croyances religieuses sous d’autres cieux
  • Dérangeant parce que Hugo au delà du monstre qu’était peut être son héros, nous fait vivre les angoisses de tout homme devant la mort, certaine, cruelle, devant ce temps qui passe avant l’échéance, de cet homme abandonné par tous y compris par sa gamine…

Un grand Hugo


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Extraits

  • « Les mots manquent aux émotions. »

  • « Et puis , on ne souffre pas , en sont-ils surs ? Qui le leur a dit ? Conte-t-on que jamais une tête coupée se soit dressée sanglante au bord du panier , et qu’elle ait crié au peuple : Cela ne fait pas mal !
    Y a-t-il des morts de leur façon qui soient venus les remercier et leur dire : C’est bien inventé . Tenez-vous-en là . La mécanique est bonne . »

  • « Condamné à mort !
    Eh bien, pourquoi non ? Les hommes, je me rappelle l’avoir lu dans je ne sais quel livre où il n’y avait que cela de bon, les hommes sont tous condamnés à mort avec des sursis indéfinis.Qu’y a-t-il donc de si changé à ma situation ? »

  • « Que ce que j’écris ici puisse être un jour utile à d’autres, que cela arrête le juge prêt à juger, que cela sauve des malheureux, innocents ou coupables, de l’agonie à laquelle je suis condamné, pourquoi ? à quoi bon ? qu’importe ? Quand ma tête aura été coupée, qu’est-ce que cela me fait qu’on en coupe d’autres ? »

  • « Hélas ! n’aimer ardemment qu’un seul être au monde, l’aimer avec tout son amour, et l’avoir devant soi, qui vous voit et vous regarde, vous parle et vous répond, et ne vous connait pas ! Ne vouloir de consolation que de lui, et qu’il soit le seul qui ne sache pas qu’il vous en faut parce que vous allez mourir ! »

  • « Ils m’apprennent à parler argot, à rouscailler bigorne, comme ils disent. C’est toute une langue entée sur la langue générale comme une espèce d’excroissance hideuse, comme une verrue. Quelquefois une énergie singulière, un pittoresque effrayant : il y a du raisiné sur le trimar (du sang sur le chemin), épouser la veuve (être pendu), comme si la corde du gibet était veuve de tous les pendus. La tête d’un voleur a deux noms : la sorbonne, quand elle médite, raisonne et conseille le crime ; la tronche, quand le bourreau la coupe. »

  • « Ah ! qu’une prison est quelque chose d’infâme ! Il y a un venin qui y salit tout. Tout s’y flétrit, même la chanson d’une fille de quinze ans ! Vous y trouvez un oiseau,il a de la boue sur son aile ; vous y cueillez une jolie fleur, vous la respirez ; elle pue. »

  • « La porte du tombeau ne s’ouvre pas en dedans. »

  • « A la hauteur de mon chevet, il y a deux coeurs enflammés, percés d’une flèche, et au-dessus « Amour pour la vie ». Le malheureux ne prenait pas un long engagement »

  • « Condamné à mort !
    Voilà cinq semaines que j’habite avec cette pensée, toujours seul avec elle, toujours glacé de sa présence, toujours courbé sous son poids !
    Autrefois, car il me semble qu’il y a plutôt des années que des semaines, j’étais un homme comme un autre homme. Chaque jour, chaque heure, chaque minute avait son idée. Mon esprit, jeune et riche, était plein de fantaisies. Il s’amusait à me les dérouler les unes après les autres, sans ordre et sans fin, brodant d’inépuisables arabesques cette rude et mince étoffe de la vie »

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