« Bilqiss » – Saphia Azzeddine

BilqissBilqiss est jugée en vue de sa lapidation parce qu’elle a enfreint une règle du Coran : elle a chanté l’adhan, l’appel à la prière alors que le muezzin était saoul depuis la veille…Une femme courageuse qui affronte un juge, intégriste : « une femme dans un pays où il valait mieux être n’importe quoi d’autre et si possible un volatile » . Elle sait depuis le début qu’elle va perdre ce procès « une mascarade de plus dans mon pays déjà mort, mais que personne n’osait prévenir ». Nombreux sont les griefs (futils à nos yeux) qui lui sont reprochés….Deux conceptions de l’Islam qui s’opposent au sein du prétoire et dans la cellule de Bilqiss, dans laquelle le juge vient la voir tous les jours…
On découvre vite pourquoi…. cette accusation peut cacher des dessous bien moins avouables et plus anciens. Bilqiss fera face avec courage à ce monde de bêtise et d’hypocrisie religieuse.

Une journaliste américaine viendra couvrir ce procès. Arrivant avec ses codes occidentaux, elle pense faire bouger les mentalités…mais la culture occidentale et la culture musulmane ont peut-être des incompatibilités culturelles…
Saphia Azzedine nous livre au travers de ses 3 personnages principaux, qui se jouent tour à tour les uns des autres, trois conceptions qui pourraient discuter et s’opposer pendant des siècles sans pouvoir se comprendre et sans savoir faire un pas l’une vers l’autre, l’intégriste, les femmes musulmanes, et l’occident. Des intégristes qui inventent des codes nouveaux,repoussant chaque jour les limites de leur bêtise et de leur hypocrisie, les femmes musulmanes dont certaines acceptent ces codes rigoristes, d’autres se rebellant, et l’occident superficiel parfois, arc-bouté lui aussi sur d’autres certitudes, sur d’autres codes.
Un plaidoyer implacable contre l’islam intégriste mais aussi contre certaines formes de l’islam : « Sept siècles déjà que nous déclinions en regardant passer le train du futur sans pouvoir monter dedans. Sept siècles que le monde musulman respirait avec un seul poumon payant au prix fort le musellement de leurs moitiés, sept siècles que l’on appelait cela une régression féconde pour ne pas admettre le marasme. Il etait loin le temps où la valeur spirituelle d’un musulman se mesurait à la quantité de livres qu’il possédait, où les bibliothèques champignonnaient comme des minarets, loin aussi le temps où les mosquées au delà des salles de prière, abritaient le savoir que les hommes et les femmes pouvait et venir goûter sans distinction »
Une découverte à partager


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Extraits

  • « J’allais bien entendu perdre ce procès. Je ne l’envisageais pas comme mon procès mais plutôt comme une mascarade de plus dans mon pays déjà mort, mais que personne n’osait prévenir. (P. 11)

  • « J’étais une femme dans un pays où il valait mieux être n’importe quoi d’autre et si possible un volatile » (P. 13)

  • « On m’avait placée dans une cage pour m’éviter d’être lynchée avant la fin du procès » (P. 14)

  • « Il déclamait avec plein de fatuité tous les delits qu’il avait relevés chez moi : du maquillage, des chaussures à talons, de la lingerie féminine dont un bustier en dentelle, un portrait d’homme, des journaux, un recueil de poésie persanne, du gingembre, une bougie parfumée, des cassettes de chansons, une peluche, des collants, un parfum, une pince à épiler et une ribambelle d’autres choses inappropriées. Je savais que tout ce qui pouvait tenter les hommes était proscrit, donc je ne m’étonnais pas de la longueur de la liste. » (P. 17)

  • « Monsieur le juge, vous avez été charpentier n’est-ce pas? Alors essayez de faire rentrer une vis de 10 dans une cheville de 2. Voilà ce que je retiens de mon mariage avec cet homme si bon » (P. 34)

  • « Cette femme toxique accumule bien trop de péchés pour implorer notre clémence. Elle ne porte jamais son voile correctement, cela distrait les hommes dans la rue, elle sort de chez elle sans demander l’autorisation de son plus proche voisin notre vénérable muezzin, elle s’est peint les ongles d’une couleur nacrée, cela a attiré le regard du facteur lorsqu’il lui a remis son courrier, elle porte un bracelet de pied qui émoustille les passants et surtout, monsieur le juge, lorsqu’elle s’adresse à nous, elle nous défie du regard pour nous séduire. Cette femme incarne le mal, et le mal on le tue à la source. » (P. 41)

  • « Après mille révolutions, l’ordre ne s’était toujours pas inverse, une femme était intelligente, un homme était puissant » (P. 45)

  • « -Pourquoi faites vous cela ? me demanda le juge
    -Pourquoi je fais quoi
    -Pourquoi ne portez vous jamais votre voile comme il faut ?
    -Parce que je suis une éternelle optimiste monsieur le juge. Et contrairement à celles qui le portent correctement, je n’ai pas encore abdiqué
    -Je ne comprends pas, abdiqué vis à vis de quoi?
    -J’ai encore confiance en vous, messieurs. Je nourris toujours l’espoir qu’un jour prochain, vous réussirez à vous dépasser et vous parviendrez à nous considérer tout entières sans avoir une érection » (P. 512)

  • « Le voile c’est la protection de la femme » (P. 56)

    « Dans toutes les religions, les femmes sont systématiquement perdantes, on peut les battre, on a le droit de les répudier, mais arrêter de rire, c’est atroce, non?….Historiquement la lapidation nous vient de la Loi Juive. Les Juifs lapidaient les hommes et les femmes adultères. Cela relève de la loi Mosaïque. C’est le Christ qui le premier, contesta cette pratique en s’opposant aux membres du Sanhédrin. Lorsqu’un jour ils lui présentèrent une femme adultère, le Christ répondit : « Que celui qui n’a jamais pêché lui jette la première pierre. » Et ils se retirèrent tous les uns après les autres comme la belle bande d’enfoirès qu’ils étaient.  » (P. 121)

  • « – Vous priez encore Dieu?
    – Bien sûr. Pourquoi ne le ferais-je pas?
    – Eh bien, il le semble qu’Il vous a abandonné ces derniers temps.
    – Allah ne m’a jamais abandonnée, c’est nous qui L’avons semé » (P. 131)

  • « Le sentiment désagréable d’être la vilaine américaine superficielle commençait à m’agacer » (P. 134)

  • « Des théologiens étrangers s’étaient emparés de mon histoire pour qu’elle fasse jurisprudence. Ils se penchaient sur mon cas afin de convenir d’un châtiment proportionnel à la gravité du péché. Je les imaginais amollis sur des tapis, discourant sans fin pour s’accorder sur la punition à infliger à une femme qui déclamait l’adhan en le détournant de son sens originel. Originel- rien n’était moins sur quand on savait le nombre d’illettrés qui siégeaient dans les oulémas. S’agissait-il d’un blasphème ou était-ce le fruit de la folie ? Telles étaient les considérations des savants musulmans d’aujourd’hui pendant que d’autres allaient sur la lune. Sept siècles déjà que nous déclinions en regardant passer le train du futur sans pouvoir monter dedans. Sept siècles que le monde musulman respirait avec un seul poumon payant au prix fort le musellement de leurs moitiés, sept siècles que l’on appelait cela une régression féconde pour ne pas admettre le marasme. Il etait loin le temps où la valeur spirituelle d’un musulman se mesurait à la quantité de livres qu’il possédait, où les bibliothèques champignonnaient comme des minarets, loin aussi le temps où les mosquées au delà des salles de prière, abritaient le savoir que les hommes et les femmes pouvait et venir goûter sans distinction. » (P. 142)

  • « Le Coran vous appartient-il ? Le nom d’Allah a-t-il été déposé ? Vous avez volé sa parole et L’avez pris en otage pour faire de Lui la marionnette dont vous êtes le ventriloque, Lui faire dire dès abominations et vous réfugier derrière Sa grandeur. Car Allah est grand, mais, Il peut aussi être tout petit, invisible, s’Il le décide. Et ce jour-là, vous ne vous y attendrez pas, mais vous paierez pour tout le mal que vous nous avez fait » (P. 143)

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