« Le Chat du Rabbin -T 5 – Jérusalem d’Afrique »- Joann Sfar

Le Chat du Rabbin -T 5 - Jérusalem d'AfriqueJules, le jeune rabbin, et jeune mari de Zlabya reçoit par bateau une caisse de livres saints venant de Russie…on apprendra plus tard que les russes vendent les livres des juifs pour gagner de l’argent…A l’ouverture la caisse une surprise les attend…un jeune homme blond et rondouillard est couché parmi les livres. Il est inconscient…..et peut-être mort..
Grand dilemme ….sous quel rite religieux l’enterrer…Est-il juif? A t-il un prépuce? Jusqu’au moment ou il se réveille en sursaut, et parle en cyrillique que personne autour de lui ne comprend.

Et Joann Sfar nous dresse plusieurs pages de dialogues et de bulles en cyrillique et en Français…jusqu’au moment ou le chat nous permet par ses traductions de comprendre, traductions que nous seuls pouvons entendre….dialogue savoureux entre le juif qui parle de la condition des juifs en Russie et le rabbin Sfar qui lui explique comment préparer l’anisette..
Toute notre fine équipe part à la chasse d’un russe pouvant permettre un minimum de compréhension, russe blanc qu’ils trouvent enfin et qui permettra, grâce à son argent de financier une expédition en Afrique noire pour découvrir la Jérusalem noire…que recherche notre jeune juif russe rondouillard
Commence alors une expédition rappelant la croisière jaune, car le déplacement se fait avec l’un des véhicules rescapés de cette aventure. Expédition pas toujours calme…le sang coule, les hommes meurent, la violence entre pour la première fois dans cette série
Chaque livre de cette série aborde, nous l’avons vu, un thème majeur particulier.
Ce cinquième tome est le livre de l’incommunicabilité entre les peuples, les hommes, les religions, incommunicabilité qui peut aller jusqu’aux conflits, jusqu’au meurtre…
Bédouins musulmans et juifs, juifs séfarades et ashkénazes, Juifs bancs et juifs noirs, Juifs et musulmans, Russes et juifs…Nombreuses sont les communautés qui s’ignorent, qui se haïssent, qui se battent et se tuent parfois pour un mot de trop. les religions se haïssent qui se tuent et qui ont cependant des interdits proches…dans la représentation du corps des humains, dans la nourriture…..tout pourrait les rapprocher, mais pourtant elles s’opposent « Écoutez, nous prions le même Dieu – C’est vous qui le dites »
Un livre qui aborde aussi les questions du racisme : « …ce qui fait la spécificité du Nègre c’est la courbure de l’angle facial » et de la bêtise de l’homme blanc qui débarque en Afrique pour tuer tout ce qui vit…Un homme blanc représenté par un Tintin idiot accompagné de Milou également idiot aux yeux de notre chat 

Un tome plus grave, plus long aussi, le sujet le mérite…et toujours le sourire pour aborder des questions graves et d’actualité, la violence entre les hommes, les religions…..;:

  • « Je charge mon revolver alors ! C’est la langue de demain ! Bang ! Bang ! Tout le monde comprend ! Ha ! Ha ! » (P. 53)

Tout le pouvoir de la BD et la force de Joann Sfar : nous faire sourire et réfléchir


Plus sur Joann Sfar


Extraits
  • « Pour Dieu je pas savoir mais le parti communiste, j’ai confiance. Si services soviétiques disent que ça existe, tu peux être tranquille. La seule chose bien dans la Révolution, c’est les espions. » (P. 79)
  • « On pourrait peut-être lui parler en hébreu – Ma fille, ça ne se parle pas l’hébreu – Le latino, le castillan, ça c’est des langues mais l’hébreu c’est juste pour faire des prières » (P. 15)
  • « J’aime bien traverser l’existence en me disant qu’il y a certaines bonnes choses que je n’aurai pas » (P. 29)
  • « Vous voulez tout le déguisement du jeune homme pour ne pas voir votre vie dans son entier. Le temps qui nous est offert suit le même chemin qu’un caillou qu’on lance : il finit forcément par retomber dans l’herbe. C’est peut-être important, de savoir où en est le caillou dans sa trajectoire. Le jeune qui a peur de la vie et qui veut rester enfant, le vieux qui se pare de tous les oripeaux de l’homme vigoureux, ils croient retenir le temps. En réalité, ils ne font que détourner le regard. » (P. 30)
  • « – Dis donc toi ; tu m’as pris ma fille et tu vas m’interdire d’avoir même une image d’elle ! – J’essaie de vous empêcher de transgresser la Loi – Occupe-toi de tes fesses » (P. 31)
  • « Le vieux explique que la peinture, c’est de l’idolâtre. Qu’en interdisant les images, la Torah nous oblige à trouver des satisfactions dans l’univers réel tel que Dieu l’a crée et non dans une fantasmagorie » (P. 32)
  • « Il dit que Dieu a fait très bon travail en créant les femmes jolies et qu’il dit merci. Son golem n’est pas pour copier à Dieu. C’est pour faire contempler comment Dieu être bon ouvrier » (P. 33)
  • « Tu n’es pas jaloux d’un type capable de peindre ton épouse ? Tu ne sais pas les idées que ça leur donne, aux femmes, quand on les peint ? Elle n’a rien dit depuis tout à l’heure, mais as-tu vu la tête qu’elle fait ? Tu ne t’aperçois pas que ce regard-là, elle ne te l’a jamais offert ? A moi non plus, du reste. Je crois que je vais me mettre à la peinture » (P. 35)
  • « Parce que pour nous en Russie, un juif, ça n’est pas un Russe, ça rester un juif. – Quelle différence ? – Ne le prenez pas mal, mais ça change tout – Un russe on peut provoquer en duel ; un juif, on brûle.. Un Russe, on séduit sa femme, un juif, on se sert » (P. 36)
  • « – Quelle preuve avons-nous que nos ancêtres avaient la peau claire ? –  La preuve, c’est que… La preuve, c’est que regarde : les Noirs, ils ont l’esclavage, les Juifs, ils ont les pogroms. C’est très loud à porter. Alors imagine un peuple qui aurait les deux à la fois, c’est pas possible ! – Vous devez leur expliquer que j’ai des preuves de ce que j’avance. – Des photos couleur de Moïse ? » (P. 38)
  • « Pas étonnant que tu ne comprennes rien à la musique, mon âne fidèle, tu ne respectes jamais les moments silencieux. » (P. 41)
  • « – L’ancêtre sera honoré qu’on vienne le voir en camion – Si c’était moi, je préférerais le silence » (P. 43)
  • « – Bon. Mais ça te fait quoi, quand tu peins ? – Comme toi si tu croques une proie. Tu trouves qu’elle était plus jolie quand elle courait dans le paysage mais c’est plus fort que toi : tu ne peux pas t’empêcher d’y planter tes crocs. » (P. 45)
  • « – Vous avez acheté votre camion il y a une semaine. S’il tombe en panne, vous le remplacerez facilement. Pour nous, un âne, un chat, c’est important. – Parce que ça nous dure longtemps » (P. 48)
  • « Ne parlez pas de religion, ce sont des fanatiques » (P. 48)
  • « – Si vous voulez, dorénavant, j’appellerai cet animal Soliman – Ça serait une grave humiliation ! Je porte le prénom d’un prophète. Nommer une bête par ce nom sacré constituerait une terrible indélicatesse  – Pardon. Dans ce cas, je continuerai à ne pas lui donner de nom, mais je prierai pour vous. – Vous êtes juif ? – Oui – Vos prières ne vont pas loin – Si vous souhaitez me faire plaisir, embrassez la foi du prophète Mohamed – Écoutez, nous prions le même Dieu – C’est vous qui le dites » (P. 49)
  • « Ça fait soixante-quinze ans que j’arpente cette planète en rendant grâce à mon prophète cinq fois par jour. Je ne supporte pas qu’un gamin en colère vienne me donner des leçons de religion. Croyez-moi, notre Dieu n’est pas haineux. Il aime la science et les arts. Il n’est jamais aussi heureux que lorsque ses enfants sont paisibles. Quel dommage qu’il laisse tant d’ignorants parler en son nom » (P. 52)
  • « L’amitié entre les peuples, c’est caca ! Vive l’amitié entre les hommes ! » (P. 53)
  • « Voilà ce qu’on va faire : je vais garder ma religion parce que je connais déjà toutes mes prières en hébreu,et si je devais les réapprendre autrement, ça me ferai trop de travail. Et je suis vieux, je n’ai plus la mémoire qu’il faut. Mais ça ne veut pas dire que ma religion est mieux que la vôtre » (P. 57)
  • « – Je suis fier de mon chat. Avant, il parlait à tort et à travers. À présent, il fait attention. Pendant toute cette dispute absurde, je tremblais qu’il ne s’en mêle. Et il n’a rien dit :’c’est bien mon chat – Je n’ai rien dit, Ô maître, mais je n’ai pas rien fait. Pendant que tout le monde discutait, j’ai lacéré à coups de griffes là portrait du prince. A présent sur son tableau, à la place du visage, il y a mes traces de pattes. Quand on prêche le rigorisme, il faut en subir les conséquences. Moi je suis plus royaliste que le roi. » (P. 62)
  • « – Dis-leur qu’au lieu des cadeaux on aurait pu négocier une visite au harem – Hein ? Mais pendant que vous regardiez le moteur, j’y suis allé, moi. – Et c’est comment ? – Trop d’humains. Pas assez de chattes » (P. 65)
  • « – Tu crois que tous les noirs se connaissent ? – Mais non !- Si ! C’est exactement ce que tu crois. C’est grand, l’Afrique, et ici je ne connais pas plus que toi. Je ne trouve pas qu’ils me ressemblent, ici. C’est comme si je te demandais de m’expliquer la Hollande sous prétexte que tu es blanc. » (P. 73)
  • « – C’est des années d’étude pour devenir juif – Chat dis à ton maître que mon village était plein de juifs qui n’avaient jamais rien étudié – Oui mais si les gens qui sont juifs sont des ignorants, c’est la faute de Dieu. Tandis que si moi je convertis une personne qui ne connaît aucun des 613 commandements, c’est moi le coupable. – Eh bien, toi coupable ! Pas grave ! Faire vite ! Je veux la marier ! » (P. 74)

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