« Automne allemand » – Stig Dagerman

Automne allemandEn 1946-47, Stig Dagerman jeune journaliste suédois de 23 ans est envoyé en Allemagne afin de témoigner pour le journal qui l’emploie. J’avais lu plusieurs livres sur la montée du nazisme, la guerre, des romans, des témoignages, mais aucun sur ces quelques mois  qui suivirent la chute du régime nazi…. Il va pendant plusieurs mois traverser l’Allemagne, depuis Hambourg à la Bavière, observer les conditions de vie des allemands, familles vivant à 25 dans des caves inondées non chauffées, enfants malades, vieillards agonisants, la faim, le marché noir, les vols, les profiteurs, le retour des prisonniers, les conditions de dénazification, mais aussi les agriculteurs qui s’enrichissent en vendant à prix d’or leurs pommes de terre et des familles qui regrettent Hitler, parce que quand il était là, « elles n’avaient pas faim »…. 

L’Allemagne pays organisé et tenu de main ferme par le régime nazi est devenu le pays du chaos, occupé par des soldats étrangers auxquels se vendent les femmes allemandes pour manger, des occupants incapables de réorganiser le pays, de l’approvisionner, un pays dans lequel jeunes et vieux s’opposent, dans lequel les lander (les régions) s’opposent, Le Bavière renvoyant dans leurs villes d’origine les émigrés allemands d’autre régions d’Allemagne. 
 
Des reportages différents sur les conditions de vie des allemands, mais aussi une analyse politique et sociologique de la situation du pays, des relations de la population avec les alliés, de l’attitude de ceux-ci, de celle tribunaux jugeant les anciens nazis qui achètent pour 100 marks des certificats à des juifs
 
Un livre dérangeant parfois, et toujours instructif pour les passionnés d’histoire contemporaine. 
 

Un auteur lucide que je ne connaissais pas. Il a préféré se donner la mort quelques années plus tard. J’ai décidé de poursuivre sa connaissance : on ne peut rester indifférent à son écriture 


Plus sur Stig Dagerman


Extraits
  • « Elle est bien-sûr exacte, à sa façon, cette image de l’état d’esprit qui régnait en Allemagne en ce troisième automne et que ce journaliste, et bien d’autres, ou des visiteurs étrangers de façon plus générale, ont colportée de part le monde et ainsi contribué à faire sienne. On demandait a des allemands qui vivaient dans des caves s’ils vivaient mieux sous Hitler et ces allemands répondaient : oui » (P. 22)
  • « On exigeait de ceux qui étaient en train de traverser cet automne allemand qu’ils tirent les leçons de leur malheur. Mais on oubliait que la faim est un bien piètre pédagogue. S’il est lui-même totalement à bout de ressources, celui qui a vraiment faim ne se rend pas lui-même responsable de sa faim, mais ceux dont il pense pouvoir attendre de l’aide. …. Celui qui a faim n’a pas la force de trouver d’autres causes que les plus immédiates, ce qui en l’occurrence veut dire qu’il accuse ceux qui ont renversé le régime qui jadis s’occupait de lui procurer à manger, et qui s’acquittent maintenant bien plus mal de cette tâche.  » (P. 26)
  • « Chaque ville allemande est la pire quand on doit y vivre » (P. 33)
  • « Il y a en effet en Allemagne un nombre non négligeable d’antinazis sincères qui sont plus déçus, plus apatrides et plus vaincus que les sympathisants nazis ne l’ont jamais été. Déçus parce que la libération n’a jamais été aussi complète qu’ils se l’étaient imaginé, apatrides parce qu’ils ne veulent se solidariser ni avec le mécontentement allemand – dans la composition duquel ils croient ils croient reconnaître un peu trop de nazisme camouflé- ni avec la politique alliée – dont ils contemplent avec consternation l’indulgence envers les anciens nazis – et enfin vaincus parce que d’un côté ils se demandent sî, en tant qu’allemands, ils peuvent avoir une part quelconque a la victoire finale des alliés et de l’autre ils ne sont pas absolument persuadés qu’en tant qu’antinazis ils n’ont pas une part de responsabilité dans la défaite allemande. Ils se sont condamnés à une passivité totale parce que l’activité impliquait la collaboration avec des individus douteux qu’ils ont appris à haïr pendant douze années d’oppression » (P. 39)
  • « Loin de se trouver atténuées, les différences entre les classes se sont au contraire accentuées après l’effondrement du pays » (P. 52)
  • « Il est courant de voir un procès intenté à un ancien activiste nazi se conclure par la condamnation de l’accusé à la confiscation de son appartement attribué, en contrepartie, à une ancienne victime des persécutions politiques » (P. 53)
  • « Nous avions accueilli les anglais en libérateurs mais on dirait qu’ils ne s’en sont pas aperçu…..aujourd’hui nous n’avons plus d’illusions sur les anglais, car nous avons très nettement l’impression qu’ils sabotent notre reconstruction et qu’ils se moquent pas mal de ce qui va se passer, parce qu’ils sont plus forts que nous » (P. 55)
  • « Le russe attrape le poisson rouge et le mange. Le français l’attrape et le jette après lui avoir enlevé ses jolies nageoires. L’américain le fait empailler et l’envoie aus États Unis comme souvenir. Mais c’est l’anglais qui se conduit de la façon la plus étrange : il attrape le poisson, le garde dans sa main et le caresse jusqu’à ce qu’il en meure.  » (P. 69)
  • « S’expulser entre compatriotes. Des allemands qui expulsent des allemands. C’est çe qui est de plus terrible dans tout ça » (P. 78)
  • « Mais il existe un autre conflit, qui est peut être encore plus lourd de conséquences : le conflit entre les générations, çe mépris mutuel entre la jeunesse et l’âge mûr qui écarte les jeunes des postes de responsabilité des organisations syndicales, du bureau des partis et des postes de titulaires dans les institutions démocratiques….A l’intérieur des partis et des syndicats, les jeunes disputent vraiment à leurs aînés un pouvoir que la génération précédente ne vaut pas remettre entre leurs mains (car se dit-on,ils ont grandi à l’ombre de la crois gammée) et que de leur côté, ils ne souhaitent pas confier à des gens qui sont, selon eux, responsables de l’ancienne démocratie  » (P. 86)
  • « Aucune autre jeunesse n’a connu un sort semblable….elle avait conquis le monde à dix-huit ans et tout perdu à vingt-deux ans » (P. 91)
  • « La Bavière ne sent aucune solidarité envers le reste de l’Allemagne et que contrairement à ce qu’on croit peut-être généralement, elle a connu une résistance passive au nazisme non négligeable » (P. 118)
  •  « Oh ironie made In USA : un magistrat nazi va chercher son bois dans la forêt où les nazis pendaient des enfants il y a moins de deux ans » (P. 137)
    La guerre est un tout aussi piètre pédagogue. Si l’on essayait de faire dire à l’un des Allemands de ces caves ce qu’il avait appris de la guerre, on ne s’entendait malheureusement pas répondre que c’était elle qui lui avait appris à haïr et à mépriser le régime qui l’avait déclenchée – pour la bonne raison que la menace constante de la mort ne peut enseigner que deux choses : avoir peur et mourir. »

2 réflexions sur “« Automne allemand » – Stig Dagerman

  1. Il faut aussi lire « La leçon d’allemand » de Siegfried Lenz pour découvrir le quotidien des allemands en dehors des zones de bombardements alliés (quoique), à la frontière danoise, en 1943-1945. Lenz se focalise sur deux personnages essentiellement, Max Ludwig Nansen (alias Emil Nolde, le grand peintre expressionniste allemand) et son ami d’enfance policier qui doit lui interdire de peindre, ordre de Berlin. Mais l’ambiance, bien que décrite avec beaucoup de sobriété et de pudeur, ressemble beaucoup à une totale indifférence voire ignorance des évènements internationaux. Un livre sublime.

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