« L’insoutenable légèreté de l’être » – Milan Kundera

L'insoutenable légèreté de l'être« L’insoutenable légèreté de l’être » est resté pendant des années dans ma liste de livres à lire…et chaque fois l’actualité, une quatrième de couverture, un conseil de lecteur autre,  l’oubli …..l’emportaient….Que de temps perdu, que de regrets…enfin réparés…Un grand moment de bonheur…..Un vrai coup de cœur
Difficile de lâcher ce livre.

En nous racontant de banales histoires d’amours vécues essentiellement par deux personnages principaux, Tomas, Teresa, et deux personnages plus secondaires,  Franz et Sabina, il arrive à mettre des mots sur des moments, sur des sensations, des époques de notre vie que nous avons connus…des mots qui nous permettent de nous identifier sans peine aux personnages…et tout ceci sans scène d’amour racoleuse, hard…Des sentiments, des états d’âme qui sont ceux de chacun de nous.
Que de thèmes abordés, que de messages de vie…Surtout quand ces couples, et plus particulièrement celui de Tomas et Teresa est confronté à Prague à l’arrivée des chars russes en août 1968. Teresa photographie les chars russes, les scènes de désolation du peuple tchèque, et vend ses photos aux journaux occidentaux, Teresa passionnément amoureuse de Tomas. Tomas quant à lui est chirurgien de renom, coureur de jupons, Tomas qui hésite à rester en Tchécoslovaquie …Départ vers la Suisse; mais retour en Tchécoslovaquie et engagement contre la politique du gouvernement….un engagement qui lui coûtera cher…très cher. « L’homme ne peut jamais savoir ce qu’il faut vouloir car il n’a qu’une vie et il ne peut ni la comparer à des vies antérieures ni la rectifier dans des vies ultérieures »  (P. 15)
La police tchèque, collaborant avec les russes, use de toutes les bassesses de toute l’hypocrisie, pour asservir la population, dégrader les hommes, les abaisser…On comprend pourquoi Milan Kundera homme libre a quitté son pays…D’autres y mourront de désespoir. Un engagement politique indiscutable de Milan Kundera : « Les régimes criminels n’ont pas été façonnés par des criminels mais par des enthousiastes convaincus d’avoir découvert l’unique voie du paradis. Et ils défendaient vaillamment cette voie, exécutant pour cela beaucoup de monde. Plus tard il devint clair comme le jour que le paradis n’existait pas et que les enthousiastes étaient donc des assassins  » (P. 222)
Un livre qui permet de mieux connaitre cette époque, cette période….J’étais jeune et de France je manifestais aux cotés d’autres contre les russes …qui se moquaient complètement de nos états d’âme.
Un coureur de jupons, une femme aimante, qui supporte ses infidélités, qui supporte mal l’odeur du sexe d’autres femmes dans les cheveux de son homme…mais des êtres qui s’épaulent dans les pires difficultés…
Et « L’insoutenable légèreté de l’être » devient un livre de réflexion sur la vie, le temps qui passe, sur l’amour de l’autre, l’amour avec un grand A, celui de l’âme humaine, l’amour physique, l’amour des animaux aussi, incompréhension entre les êtres, la trahison, le courage, l’honneur, l’engagement politique : « C’est une pratique moyenâgeuse d’exiger d’un homme qu’il rétracte ce qu’il a écrit. Qu’est-ce que ça veut dire « rétracter » ? A l’époque moderne, on ne peut pas rétracter une idée, on ne ne peut que la réfuter » (P. 226)…
Et quand vous lisez après de nombreux autres lecteurs ce livre en provenance du fonds d’une médiathèque municipale, vous verrez sans peine que tel passage qui vous émeut, qui vous touche, en a touché beaucoup d’autres, qui n’ont pas eu votre délicatesse, qui ont corné les pages, souligné les passages, apposé des « x » dans les marges…..tous n’ont pas le même respect pour les livres et les autres lecteurs…et j’avoue que, dans aucun autre livre, je n’ai rencontré autant de pages cornées, autant de passages soulignés….c’est un signe.
« L’insoutenable légèreté de l’être » est également un livre de réflexion sur le kitsch, qui permet de cacher « la merde du monde« . Un kitsch qui prend des visages multiples, kitsch religieux, kitsch politique – communiste, fasciste, démocratique-, kitsch nationaux…, un livre de réflexion philosophique, qui cite d’autres philosophes, comme Nietzsche
Bref, un livre aux multiples lectures. Un livre que je relirai certainement, parce qu’on en sort différent, avec un regard autre…sur notre monde, notre vie.


Plus sur Milan Kundera


Extraits
  • « Thomas se disait : coucher avec une femme et dormir avec elle, voilà deux passions non seulement différentes mais presque contradictoires. L’amour ne se manifeste pas par le désir de faire l’amour (ce désir s’applique à une innombrable multitude de femmes) mais par le désir du sommeil partagé (ce désir-la ne concerne qu’une seule femme) » (P. 25)
  • « Sa situation était sans issue : aux yeux de ses maîtresses, il était marqué du sceau infamant de son amour pour Teresa, aux yeux de Teresa du sceau infamant de ses aventures avec ses maîtresses » (P. 34)
  • « Celui qui veut quitter le lieu où il vit n’est pas heureux » (P. 39)
  • « L’homme, parce qu’il n’a qu’une seule vie, n’a aucune possibilité de vérifier l’hypothèse par l’expérience de sorte qu’il ne saura jamais s’il a eu tort ou raison d’obéir à son sentiment » (P. 48)
    • L’âme et le corps
    « Cette situation montre clairement que la haine de la mère pour la fille etait plus forte que la jalousie que lui inspirait son mari. La faute de la fille étant infinie, elle englobait même les infidélités de son mari. Que la fille veuille s’émanciper et ose revendiquer des droits – comme celui dans la salle de bains – est beaucoup plus inacceptable pour la mère qu’une. Éventuelle intention sexuelle du mari à l’égard de Teresa » (P. 60)
  • « Le hasard a de ces sortilèges, pas la nécessité. Pour qu’un amour soit inoubliable, il faut que les hasards s’y rejoignent dès le premier instant comme les oiseaux sur les épaules de Saint-Francois » (P. 65)
  • « Notre vie quotidienne est bombardée de hasards, plus exactement de rencontres fortuites entre les gens et les événements, ce qu’on appelle des coïncidences [ ] mais on peut avec raison reprocher à l’homme d’être aveugle à ces hasards et de priver ainsi la vie de sa dimension de beauté  » (P. 66)
  • « Le rêve n’est pas seulement une communication, c’est aussi une activité esthétique, un jeu de l’imagination, et ce jeu est en lui-même une valeur. Le rêve est la preuve qu’imaginer, rêver ce qui n’a pas été, est l’un des plus profonds besoins de l’homme. Là est la raison du perfide danger qui se cache dans le rêve. Mais si le rêve n’était pas beau, on pourrait facilement l’oublier. » (P. 77)
  • « Celui qui veut continuellement s’élever doit s’attendre à avoir un jour le vertige » (P. 79)
  • « Son drame n’était pas le drame de la pesanteur, mais de la légèreté. Ce qui s’était abattu sur elle, ce n’était pas un fardeau, mais l’insoutenable légèreté de l’être » (P. 156)
  • « On peut trahir des parents, un époux, un amour, une patrie, amis que restera-t-il à trahir quand il n’y aura plus ni parents, ni mari, ni amour, ni patrie ? » (P. 156)
  • « Les questions vraiment graves ne sont pas celles que peut formuler un enfant. Seules les questions les plus naïves sont vraiment de graves questions. Ce sont les interrogations auxquelles il n’y a pas de réponse. Une question à laquelle il n’y a pas de réponse est une barrière au delà de laquelle il n’y a plus de chemin. Autrement dit : ce sont précisément les questions auxquelles il n’y a pas de réponse qui marquent les limites des possibilités humaines et qui tracent les frontières de notre existence. » (P. 175)
  • « Qu’est-ce que la coquetterie ? On pourrait dire que c’est un comportement qui pourrait suggérer que le rapprochement sexuel est possible, sans que cette éventualité puisse être perçue comme une certitude. Autrement dit la coquetterie est une promesse non garantie de coït » (P. 179)
  • « C’est une pratique moyenâgeuse d’exiger d’un homme qu’il rétracte ce qu’il a écrit. Qu’est-ce que ça veut dire « rétracter » ? A l’époque moderne, on ne peut pas rétracter une idée, on ne ne peut que la réfuter » (P. 226)
  • « Entre Hitler et Einstein, entre Brejnev et Soljenitsyne, il y a beaucoup plus de ressemblances que de différences. Si on pouvait l’exprimer arithmétiquement il y a un millionième de dissemblable et neuf cent-quatre-vingt-dix-neuf mille neuf cent-quatre-vingt-dix-neuf millionièmes de semblable » (P. 251)
  • « Ils trouveront dans les archives de la police la vie de tous les intellectuels enregistrée sur bandes magnétiques ! Savez-vous l’effort que ça représente, pour l’historien, de reconstituer la vie sexuelle d’un Voltaire, d’un Kant, d’un Tolstoï ? Dans le cas des Tchèques ils n’auront aucun doute. Tout est enregistré, le moindre soupir » (P. 267)
  • « La vie humaine n’a lieu qu’une seule fois et nous ne pourrons jamais vérifier quelle était la bonne et qu’elle était la mauvaise décision, parce que dans toute situation, nous ne pouvons décider qu’une seule fois. Il ne nous est pas donné une deuxième, une troisième, une quatrième vie pour que nous puisions comparer différentes décisions » (P. 279)
  • « La merde est un problème théologique plus ardu que le mal. Dieu a donné la liberté à l’homme et on peut donc admettre qu’il n’est pas responsable des crimes de l’humanité. Mais la responsabilité de la merde incombe entièrement à celui qui a crée l’homme et à lui seul » (P. 308)
  • « De ce point de vue, ce qu’on appelle le goulag peut être considéré comme une fosse septique où le kitsch totalitaire jette ses ordures » (P. 316)
  • « L’idée de la Grande Marche, c’est le kitsch politique qui unit les gens de gauche de tous les temps et de toutes les tendances. La Grande Marche c’est ce superbe cheminement en avant , le cheminement vers la fraternité, l’égalité, la justice, le bonheur et plus loin encore, malgré tous les obstacles, car il faut qu’il y a ait des obstacles pour que la marche puisse être la Grande Marche. La dictature du prolétariat ou la démocratie? Le refus de la société de consommation ou l’augmentation de la production ? La guillotine ou l’abolition de la peine de mort ? Ça n’a aucune importance. Ce qui fait d’un homme de gauche un homme de gauche, ce n’est pas telle ou telle théorie, mais sa capacité à intégrer n’importe quelle théorie dans le kitsch appelé Grande Marche. » (P. 324)
  • « Il n’est pas du tout certain que Dieu ait vraiment voulu que l’homme règne sur les autres créatures. Il est plus probable que l’homme a inventé Dieu pour sanctifier le pouvoir qu’il a usurpé sur la vache et le cheval. Oui, le droit de tuer un cerf ou une vache, c’est la seule chose sur laquelle l’humanité tout entière soit fraternellement d’accord, même pendant les guerres les plus sanglantes » (P. 361)
  • « Il lui semble plutôt que le couple humain est créé de telle sorte que l’amour de l’homme et de la femme est a priori d’une nature inférieure à ce que peut être (tout au moins dans la meilleure de ses variantes) l’amour entre l’homme et le chien, cette bizarrerie de l’histoire de l’homme, que le Créateur, vraisemblablement n’avait pas planifiée » (P. 375)
  • « Si nous sommes incapables d’aimer, c’est peut-être parce que nous désirons être aimés, c’est à dire que nous voulons quelque chose de l’autre (l’amour), au lieu de venir à lui sans revendications et ne vouloir que sa simple présence » (P. 375)
  • « L’amour entre l’homme et le chien est idyllique. C’est un amour sans conflits, sans scènes déchirantes, sans évolutions » (P. 376)
  • « Par rapport à l’humain, le chien n’a guère de privilèges, mais il en a un qui est appréciable : dans son cas l’euthanasie n’est pas interdite par la loi ; l’animal a droit à une mort miséricordieuse. » (P. 377)

 

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