« La formule préférée du professeur » – Yôko Ogawa

La formule préférée du professeurUn professeur de mathématiques perd la mémoire, à la suite d’un accident de la circulation. A 64 ans, il ne ne souvient que des quatre-vingt dernières minutes, et pour conserver un mémoire plus ancienne, il épingle des petits papiers sur ses vêtements   » ses petits papiers accrochés à sa veste et qui font du bruit quand il se déplace. » Il garde cependant, sans note, quelques souvenirs anciens de base-ball. Il a conservé toutes ses facultés pédagogiques, son amour et ses capacités de réflexion pour les mathématiques

 Une aide ménagère intervient à son domicile pour l’accompagner dans la vie et tous les matins doit se faire connaître. « Pour le professeur dont la mémoire s’éteignait au bout de quatre-vingt minutes, lorsque j’apparaissais dans l’entrée j’étais toujours quelqu’un qu’il rencontrait pour la première fois ». Son enfant de 10 ans qu’elle élève seule la rejoint chaque jour à la sorti de l’école.
Un trio attachant qui donne lieu à des échanges émouvants, sur la vie, le baseball, la résolutions de problèmes mathématiques. A aucun moment le récit ne devient mièvre ou larmoyant. Au contraire les échanges pourraient donner lieu à une comédie théâtrale, ayant pour seul cadre l’appartement du vieux professeur et la radio qui retransmet les matches de baseball.
L’auteure arrive à nous passionner pour les mathématiques, la tendresse est présente dans toutes les conversations, et ce vieux monsieur malgré son handicap arrive à apporter tant de choses à cette femme et à son enfant, et les fait entrer, ainsi que le lecteur, dans son monde hermétique des mathématiques. Eux aussi, arrivent à faire vivre ce professeur, à lui donner tant de moments de bonheur dans sa solitude. Un bonheur partagé grâce à cette rencontre journalière.
Le lecteur même non matheux devient le quatrième personnage et à son tour essaye de résoudre les problèmes posés par le professeur, qui reste le pédagogue qu’on aurait aimé avoir pour nous passionner pour les maths
Un livre qui ne m’a jamais lassé.. des vieux souvenirs scolaires qui remontent à la surface…. Seules les conversations sur les règles du baseball, m’ont paru un peu « hermétiques ». 

Un livre tendre et humain


Plus sur Yôko Ogawa


Extraits

  • « – Les nombres existaient déjà avant l’apparition de l’homme, que dis-je, avant celle du monde. […]
    – Aah, vraiment ? Je pensais que c’étaient les hommes qui avaient découvert les chiffres.
    – Non, c’est faux. Si c’étaient eux personne ne ferait autant d’efforts et on n’aurait pas besoin des mathématiciens. Personne n’a été témoin de leur processus d’apparition. Quand on les a remarqués, ils étaient déjà là.
    – C’est pour ça que les gens intelligents se creusent la tête afin d’élucider leur mécanisme ?
    – Nous les humains, nous sommes bien trop stupides pour avoir créé les nombres. »
  • « Les nombres étaient la main droite qu’il tendait vers l’autre pour une poignée de main, en même temps qu’ils lui servaient de manteau pour se protéger » (P 17)
  • « Pour le professeur dont la mémoire s’éteignait au bout de quatre-vingt minutes, lorsque j’apparaissais dans l’entrée j’étais toujours quelqu’un qu’il rencontrait pour la première fois » (P 17)
  • « Résoudre un problème dont la solution existe obligatoirement, c’est un peu comme faire avec un guide une randonnée en montagne vers un sommet que l’on voit. La vérité ultime des mathématiques se dissimule discrètement à l’insu de tous au bout d’un chemin qui n’en est pas un. En plus, il n’est pas sûr que cet endroit soit un sommet. Ce peut être une gorge entre deux falaises abruptes ou un fond de vallée. » (p.53/54) 
  • « C’est embarrassant de mentir, quelle que soit la nature du mensonge. et c’était encore pire de mentir au professeur. même si notre mensonge était motivé par le fait que nous tenions compte de sa maladie, c’était difficile de ne pas savoir avec certitude si c’était vraiment pour son bien »( p.81)
  • « Une autre merveille de l’enseignement du professeur était l’utilisation généreuse qu’il faisait de l’expression  » ne pas savoir ». Ne pas savoir n’était pas honteux, car cela permettait d’aller dans une autre direction à la rechercher de la vérité. Et pour lui, enseigner la réalité qu’il y avait là des possibilités intactes était presque aussi important que d’enseigner des théorèmes déjà démontrés » ( p.91)
  • « Je ne peux pas te pardonner d’avoir pensé un seul instant qu’il n’était pas capable de s’occuper de moi. »( p.105)
  • « Dieu existe. Parce qu’il n’y a pas de contradiction dans les mathématiques. Et le diable existe également. Parce qu’on ne peut pas le démontrer. » ( p. 138)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s