« Amours » – Léonor De Récondo

amours2Le mari, la femme, la bonne, l’enfant, trio puis quatuor amoureux et parfois vulgaire sont souvent les personnages principaux de trop nombreux romans de Amoursgare, assemblages de feuilles de papier devant lesquels je passe sans même jeter un regard. Certains éditeurs en ont fait leur fond de commerce.
J’avoue bien sincèrement que ni la couverture austère de l’édition « Sabine Wespieser », ni l’édition plus sexy de l’édition « Points », ni surtout le titre ne m’auraient poussé à feuilleter et à lire ce livre, si, par hasard sur les réseaux sociaux, je n’avais été accroché par le commentaire d’un auteur journaliste travaillant à l’AFP et lauréat de prix littéraires, qui avait mentionné les simples mots « Coup de cœur »…
On peut encore écrire avec finesse, pas uniquement un roman d’amour, mais aussi un roman qui vous transporte dans le milieu bourgeois du début du XXème siècle de la campagne française.

Un roman sur cette société, dominée par les hommes, dans laquelle l’argent est roi, donne la puissance et donc le droit. Secrets de famille jalousement gardés, éducation sexuelle et émancipation des femmes, amours interdits, homosexualité, argent, pouvoir de la religion et de ses interdits,  transmission du nom, morale bourgeoise, mariages arrangés, rapport au corps et nudité, éducation des filles, éveil de la sensualité, tabous et peurs ancestrales, bassesse de la petite noblesse bourgeoise,….autant de traits de cette société hypocrite dominée par les hommes, autant de thèmes évoqués par « Amours ».

Une société  dans laquelle les femmes sont selon leur naissance, des bonnes à tout faire dont on peut abuser sans vergogne, et qu’on peut jeter après usage ou des femmes n’existant que par le pouvoir de leur mari. Quelques unes commencent à rechercher leur indépendance, à se libérer des conventions, des corsets réels, et de tous les corsets religieux ou autres qui les oppressent et qui leur sont imposés.
L’écriture de Léonor De Récondo, également musicienne précoce et de talent, n’est jamais vulgaire, jamais mièvre ou insipide, mais toujours précise, empreinte de pudeur et de retenue y compris pour décrire ces hommes et femmes, ces amours,  ces scènes de viols ou de tendresse, ces « enchevêtrements immondes », les sentiments qu’éprouvent ses personnages, cette campagne berrichonne.
Amours interdites, amours vraies, amours arrangés, amours homosexuelles, « Amours » est un plaisir à partager reconnu par plusieurs prix littéraires


Quelques extraits
  • « Victoire s’est levée et a pris un livre qu’elle a lu après son mariage : Madame Bovary. C’est le premier livre qu’elle a lu après son mariage. Sa mère lui en avait toujours interdit la lecture, la jugeant trop inconvenante pour une jeune fille. Elle s’était donc empressée de l’acheter à peine mariée, et l’avait dévoré. Même si elle trouvait cette Bovary un peu sotte, elle s’était délectée à suivre cette dépravation. Quand elle en avait entamé la lecture, dans le salon, Anselme l’avait regardée avec des yeux ronds : « Comment peux-tu lire ces balivernes? »  Il avait même rajouté : « ce livre est un ramassis de merde! »  Elle en rougit encore. Oui, il avait bien dit cela. Victoire ferme le livre. Pauvre Emma, pense-t-elle. À moi, il ne m’arriverait  jamais des choses pareilles. Ma vie a plus de tenue, plus de se sens. » 
  • « Comment un enfant pouvait-il naître de cet enchevêtrement immonde ? Bien sûr, le regard de sa belle-mère la faisait culpabiliser terriblement. Elle était persuadée que cette incapacité venait d’elle. La fertilité supposée d’Anselme, le mettait totalement hors de cause. Qu’avait-il à choisir des infertiles ? Se demandait Henriette qui avait insisté, pour que son deuil à peine fini il trouve une nouvelle épouse. » 
  • « Victoire frissonne. Le mot «amour» semble si incongru dans cette bouche qu’il est dépouillé de son sens. De quoi parle-t-il exactement ? Elle se promet soudain d’aimer plus Anselme, de s’y contraindre. Elle n’écoute plus le sermon et énumère dans son esprit ses résolutions. Reprendre en main la maison. Peut-être que tout commence par la maison. Se sentir plus investie. Faire des confitures. Oui, c’est ça. Cet après-midi, elle fera des pots de figue. Pierre en a justement cueilli dans le jardin. Bien tenir son intérieur est le début de tout, comme le dit si bien sa mère. Le cœur de Victoire se serre, car elle sait pertinemment que la seule personne qu’elle pourrait aimer est un enfant. Pourquoi Dieu ne lui accorde-t-il pas cette joie ? Victoire se triture nerveusement le lobe de l’oreille. » 
  • « Sa mère jusqu’à son mariage lui avait interdit d’avoir une glace. » 
  • « Pendant très longtemps, elle n’avait eu qu’une image fragmentée d’elle-même, une mosaïque avec en bruit de fond la rengaine maternelle qui lui disait que le corps était sans importance, et que l’on n’en faisait bon usage que lorsqu’on était enceinte. »
  • « L’image lui confirme crûment ce qu’elle avait vu auparavant : un corps chétif, des seins inutiles, des hanches trop étroites, et ce sexe broussailleux dans lequel vient se planter Anselme. Ce sexe qui ne lui procurent vie, ni plaisir. » 
  • « Je suis quoi ? Une chose dont on a réussi à se délester en se donnant bonne conscience ? On m’a dit «Souris, aie des enfants !»  Rien d’autre. Et, tu vois, je n’ai pas réussi. Sans toi, rien. Ni le sourire, ni Adrien. Pourquoi nous a-t-on tant menti durant notre enfance ? Sur la vie conjugale, sur tout ce qui est censé faire le bonheur d’une femme ? Mon mariage avec Anselme …. » Sa voix à perdu toute illusion » 

 

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