« 1986 » – Yu Hua

1986Je hais ces quatrièmes de couverture, ces commentaires qui en disent trop sur les livres, qui les résument. Malgré tout j’ai été intrigué et attiré par ce livre
D’abord par la couverture et le titre qui rappelle 1984 d’Orwell ou 2084 de Sansal,  mais 1986 n’est pas une dystopie, un roman d’anticipation.
Ensuite parce qu’en quelques quatre-vingt pages il me permettait de découvrir un auteur inconnu, de faire un voyage littéraire vers la Chine et, je le pensais, d’en connaitre un peu plus sur la révolution culturelle chinoise. Déception…La révolution culturelle est passée sous silence, seuls ses effets sur un homme devenu fou sont décrits…

Par contre la découverte de cet auteur m’incite à en savoir un peu plus sur lui, de découvrir d’autres titres
En quelques pages il nous fait vivre à la fois les motifs et l’arrestation de cet homme, son retour dans la civilisation. Un retour dans une tête et un corps de fou. ….Un retour qui permet à chacun, sans que l’auteur l’écrive, d’envisager toute l’horreur, toutes les violences physiques et morales qu’ont eu à supporter les hommes et femmes arrêtés et condamnés par les gardes rouges pour déviances.
Quatre-vingt pages également pour nous faire partager la vie de son épouse, de sa fille qui n’espéraient plus rien, une famille qui l’avait presque oublié, et qui avait reconstruit une autre vie 
Ce non-dit est traduit par la folie de cet homme.
Un non-dit dérangeant, hallucinant, bien plus fort que la description des camps, des sévices, etc.« C’était par une nuit obscure comme celle-là que son mari avait été emmené. La soudaine irruption de la bande de gardes rouges  et le bruissement des pantoufles que son mari avait aux pieds en partant s’étaient liés pour toujours à cette nuit noire. Plus de dix années s’étaient écoulées, et depuis  tout ce temps, chaque soir était plongé dans les mêmes ténèbres. Elle ne pouvait surmonter la peur que lui inspirait la nuit. C’est ainsi que cette nuit, qu’elle avait soigneusement enterrée depuis plus de dix ans, avait resurgi. ».
Le fantôme du passé qui vous hante et resurgit

Je reparlerai de Yu Hua. 


Qui est Yu Hua


Quelques extraits
  • « Les filles qui n’étaient pas restées à la maison et les garçons qui ne flânaient pas dans les rues se pressaient au cinéma, au club du syndicat, ainsi qu’aux cours du soir. S’ils s’asseyaient sur les bancs de l’école, c’était le plus souvent non pour assister aux cours, mais pour trouver l’âme sœur. Car la plupart avaient les yeux fixés sur les personnes de l’autre sexe, et non sur le tableau noir. » (P. 26)
  • « Cependant face à elle, venait un fou dont l’aspect l’étonnant et l’effraya. Elle vit que celui-ci lui souriait bizarrement, de la bave coulant au coin de ses lèvres. Elle lâcha un cri d’effroi et prit ses jambes à son cou, imitée par sa copine. Elles coururent très loin et ne s’arrêtèrent qu’après avoir tourné l’angle d’une rue. Puis elles se regardèrent toutes les deux, se mirent à glousser et se tordirent de rire. » (P. 33)
  • « Sa mère était assise toute seule chez elle, livide. Elle savait que celle-ci ruminait à nouveau ses sombres pensées. Depuis peu sa mère était souvent dans cet état, et cela faisait déjà trois jours qu’elle n’était pas allée travailler. » (P. 34)
  • « Il était sûr que tout cela s’était passé la veille au soir. Il avait quitté la maison la veille au soir. On l’avait emmené, sa femme était toujours assise sur le bord du lit, elle les avait regardés l’emmener apathique. Sa fille avait pleuré, pourquoi avait-il fallu qu’elle pleure? » (P. 81)