« Bois sauvage » – Jesmyn Ward

bois-sauvageEsch adolescente de 14 ans nous raconte les 10 jours qui précèdent l’arrivée de Katrina, l’ouragan qui dévasta le sud des Etats Unis, puis le 11ème jour terrible. Esch seule gamine au milieu d’une famille noire composées uniquement d’hommes, la maman étant décédée en donnant naissance au petit dernier Junior. Une famille qui survit, sans beaucoup de moyens, unie autour d’un père souvent saoul, un frère aîné qui souhaite faire une carrière de basketteur, Junior et un autre qui ne vit que pour sa chienne pitbull qui vient de mettre bas…le « personnage féminin » présent en permanence au cours de ces 11 jours…comme sur la couverture du livre, une chienne de combat, sa fierté.

Tous unis pour préparer la maison au pire, pour masquer les fenêtres de la maison, avec les pauvres planches pourries qu’on démonte du poulailler. Esch l’adolescente gentille avec les garçons, enceinte et le cachant à ses frères et à son père, enceinte de Manny qui ne l’aime pas, enceinte par qu’elle ne se refuse pas aux garçons parce qu’il est  » plus facile de laisser faire que de lui demander d’arrêter, plus facile de me faire prendre que de le repousser, plus facile que de l’entendre répéter : « Mais pourquoi?  » 
« Me taire et accepter plutôt que répondre ? ».
Une gamine qui lit l’histoire de Médée dans l’antiquité, histoire qu’elle fait sienne.

Un roman fort, sur le sud noir des Etats Unis, sur la pauvreté, la famille, le clan. Un petit air de Steinbeck ou de Faulkner.

Une fois ouvert, je n’ai pas pu le lâcher

Pas étonnant que l’auteure, Jesmyn Ward,  auteur noire du Mississipi ait reçu Le National Book Award, récompense littéraire américaine majeure et méritée, pour cet ouvrage.


Qui est Jesmyn Ward


Quelques extraits

  •  » Après que maman est morte, papa disait : « Mais qu’est-ce t’as à pleurer ? Arrête. C’est pas parce que tu pleures que ça va changer quelque chose ». On n’a jamais arrêté. On a fait plus doucement. On s’est cachés, c’est tout. J’ai appris à pleurer sans faire couler les larmes, ou juste une, des fois, j’ai appris à avaler, ça a un goût d’eau tiède, salées, elles me tombent au fon de la gorge. C’est tout ce qu’on pouvait faire. Alors j’avale, je regarde au travers et je cours. « 

  • « C’est rien comparé à ce qu’à souffert maman en accouchant de Junior. Comme nous, il a vu le jour dans la chambre des parents, au milieu de la clairière que son père a créée de ses mains avant de nous construire notre maison. On l’appelle maintenant la Fosse. J’avais huit ans, je suis la seule fille de la famille et j’avais rien pu faire. Papa dit que maman voulait pas qu’on l’aide, que Randall et moi étions sortis vite, sous l’ampoule nue au-dessus du lit, alors elle pensait que ça serait pareil avec Junior, mais elle se trompait « 

  • « On est restés dans le grenier ouvert jusqu’à ce que le vent vrombisse plus comme des avions de chasse, qu’il tousse juste un peu moins. On est restés dans le grenier ouvert jusqu’à ce que le ciel, couleur d’orange pourrie, passe à un gris moins sale. On est restés dans le grenier ouvert jusqu’à ce que l’eau arrête de bouillir comme une soupe et qu’elle recule lentement, centimètre par centimètre, vers la forêt. On est restés dans le grenier ouvert jusqu’à ce que la pluie de transforme en petites gouttes. On est restés dans le grenier ouvert jusqu’à ce qu’on ait très froid et qu’il reste assez de vent pour nous geler sur place. Blottis les uns contre les autres, on a essayé de se frotter pour se redonner chaud, mais c’était impossible. On était comme des branches mouillées, entassées, rien que des débris humains au milieu de tout le reste »

 

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