« La vaine attente » – Nadeem Aslam

la-vaine-attenteUne maison en Afghanistan, pays où règne la guerre depuis 25 ans, dans une zone où soldats russes, intégristes talibans, GI américains ont fait leur loi, se sont affrontés se sont succédés, se trouve une vieille maison habitée par un vieux médecin d’origine anglaise converti à l’islam.
Leur maison est ouverte à tous, elle le cadre de ce roman, dans lequel vont se croiser, se rencontrer divers personnages tous à la recherche de quelqu’un qui leur manque, qu’ils attendent en vain:
  • Marcus qui a perdu son épouse afghane morte lapidée désespère de retrouver sa fille Zameen et son petit fils Bihzad
  • David américain ayant aidé les afghans dans leur lutte contre les soviétiques, amant de Zamen
  • Une jeune femme russe à la recherche de son frère soldat Bénédikt
  • Casa, jeune orphelin afghan endoctriné par les talibans

Un roman à tiroir aux multiples facettes
  • Tout d’abord un roman dans lequel s’affrontent obscurantisme religieux et culture,

Obscurantisme religieux des intégristes musulmans interprétant l’Islam qui devient un ouvrage permettant la lapidation de femmes, la répudiation des épouses, le port du voile, la violence, l’absence de scolarisation des filles, une formation des garçons dans les madrasas…  » Les enseignants de madrasa avaient appris aux enfants que la duplicité des femmes était sans borne, leurs agissements condamnables, qu’elles étaient mauvaises et vicieuses, que toutes les épreuves, tous les malheurs venaient des femmes, que Mahomet, la paix soit avec lui, avait dit que quand une femme sort de la maison, Satan est ravi » .Ces intégristes ont fait de l’Afghanistan  » une terre dont l’assise était la peur et non le roc, où la terreur avait remplacé l’air que l’on respire ». Ils détruisent les livres, et toutes les peintures représentant des animaux vivants. Culture d’autre part représentée par Marcus et son épouse « qui n’en savaient gère plus sur les différentes disciplines qui permettaient l’exercice de l’imagination. Ils avaient reçu une formation de médecin, mais leurs connaissances étaient par ailleurs lacunaires et ils n’avaient pas tardé à ressentir le besoin de se familiariser avec l’histoire, les religions, la peinture, la musique. C’est ainsi qu’ils s’étaient mis à collectionner les livres devenant des lecteurs assidus, acquérant une culture historique, le goût des grands romans, de la grande poésie « . Ils ont ainsi accumulé une grande quantité de livres qu’ils ont cloués au plafond pour les écarter du regard de ces intégristes, et ont caché les peintures murales sous des couches de boue. Les peintures de chaque pièce de la maison sont dédiées à un sens la vue, l’ouïe, le toucher, l’odorat, le goût. Marcus homme raffiné était créateur de parfums et a conservé son atelier abandonné

  • Un roman violent

Violence de 25 années de guerre, violence des attentats, des mutilations, de cette culture qu’une minorité impose. Un pays où se croisent des espions de toute nationalité, où les américains qui ont aidé et armé la talibans dans leur lutte conter les soviétiques se retrouvent après le 11 septembre en lutte avec leur anciens alliés. Un pays où les mines sont présentes, où des clans s’opposent dans la violence depuis près de 150 ans, où les hommes se divertissent dans la violence des buzkashi, dans lesquels on s’affronte pour la dépouille d’un bouc…ou d’un homme. « Vingt-Cinq années de guerre. Une période au cours de laquelle certains vautours d’Afghanistan ont acquis le goût de la chair humaine : quand il arrivait qu’un animal mort voisine avec un cadavre humain, ils délaissent systématiquement le premier au profit du second « 

  •  Un roman complexe,

Dans lequel les retours en arrières sont permanents, rendant la lecture parfois difficile. Je me demande si cette complexité, ces retours en arrière ne sont pas voulus par l’auteur, justement pour faire comprendre au lecteur que l’Afghanistan est un pays complexe dans lequel rien n’est simple, rien n’est tout à fait blanc ou tout à, fait noir, un pays dans lequel « Il suffit de tirer un fil pour constater qu’il est relié au reste du monde » 

Un roman qui permet de mieux connaitre l’Afghanistan, le Pakistan son voisin, qui m’a finalement beaucoup plu, parce qu’il m’a fait mieux connaitre une culture totalement opposée à notre culture occidentale, parce qu’il m’a fait réfléchir et qui une fois refermé me donne encore des frissons;

Une petite lueur d’espoir : « Une des rares choses que l’on puisse affirmer avec certitude à propos de l’amour, c’est qu’il est suffisamment petit pour être enfermé dans un cœur, mais que, si on l’étire, il est capable d’envelopper le monde entier. « 


Qui est Nadeem Aslam

Quelques lignes
  • « Les enseignants de madrasa avaient appris aux enfants que la duplicité des femmes était sans borne, leurs agissements condamnables, qu’elles étaient mauvaises et vicieuses, que toutes les épreuves, tous les malheurs venaient des femmes, que Mahomet, la paix soit avec lui, avait dit que quand une femme sort de la maison, Satan est ravi. »(P.200)
  • « Ils avaient d’emblée interdit l’école aux filles, mais bientôt les garçons connurent le même sort, sans que personne puisse intervenir. Les hommes qui voyaient une femme fouettée détournaient les yeux et hâtaient le pas; s’ils essayaient de s’interposer, ils étaient assaillis à leur tour. Mieux valait passer son chemin. L’Afghanistan devint une terre dont l’assise était la peur et non le roc, où la terreur avait remplacé l’air que l’on respire (P.218)
  • « La grandeur d’une tribu se mesure à la puissance de son ennemi » (P.224)
  • « Le coran dit clairement dans la sourate 16 : « A certains musulmans; Allah a donné plus qu’à d’autres. Ceux qui sont ainsi favorisés ne permettront pas à leurs esclaves d’avoir une part égale de ce qu’ils possèdent. Ce serait aller à l’encontre de la bonté d’Allah » (P.232)
  • « Les larmes pouvaient aussi s’expliquer par le besoin qu’éprouve le corps de se débarrasser des oligo-éléments générateurs de stress en évacuant certains métaux de l’organisme » (P.299)
  • « Adoptez toujours les opinions contraires à celles des femmes-il y a un grand mérite dans cette opposition…..Ne demandez jamais son avis à une femme car il est sans valeur » (P.301)
  • « Tels les singes dans leurs rapports avec les serpents, les américains ont appris des mots comme « djihad », « Al-Qaida », « taliban », madrasa » et malins comme ils sont, ils manient suffisamment bien ces mots pour être en mesure de miner l’Islam, de transformer des musulmans ordinaires en ennemis des combattants du djihad. A la place de ‘djihadi’ on conseille aux journaux et à la radio d’employer le mot ‘d’irhabi’ qui signifie ‘terroriste’ et aussi ‘hirabah’ « guerre profane’ au lieu de « djihad » ou encore « mufsidown », « fauteur de troubles » au lieu de « moujahidin » (P.315)
  • « Jules César a écrit dans ses mémoires « C’est dans l’immense pouvoir des druides que résidait la faiblesse de la politique celte. Il n’est pas un État contrôlé par des prêtres tenant leur autorité de sanctions surnaturelles qui soit capable de véritables progrès »  » (P.321)
  •  « Vingt-Cinq années de guerre. Une période au cours de laquelle certains vautours d’Afghanistan ont acquis le goût de la chair humaine : quand il arrivait qu’un animal mort voisine avec un cadavre humain, ils délaissent systématiquement le premier au profit du second  » (P.340)
  • « Il arrive que des hommes d’Al-Qaïda épousent des américaines et s’offrent ainsi un camouflage parfait sous le masque de citoyens respectueux de la loi, vivant sans se faire remarquer près du théâtre de leurs futures opérations. « (P.341)

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