« Notes d’un embusqué » – Aurèle Patorni

notes-dun-embusqueUn tout petit livre, très vite lu, interdit lors de sa sortie en 1919, qui devait certainement gêner un grand nombre de personnes, érudites ou non, d’hommes politiques, d’hommes de toutes conditions, de pousse au crime, qui avaient trouvé le « bon filon » pour ne pas risquer leur vie dans les tranchées. 
Un livre de petites citations, de « bonnes raisons » pour ne pas monter au front, et tout faire pour rester à l’arrière. Ces planqués que l’auteur débusque dans leurs propos d’hommes politiques, de députés, de harangueurs poussant à l’héroïsme. 
Un livre qui donne une autre image de cette France de 1914-18, qui vit comme tout pays en guerre, ses profiteurs, ses planqués….l’hypocrisie en temps de guerre. 

« J’ai trouvé la différence entre les termes « filon » et  « embusqué ». Le mot « filon »est employé par chacun pour définir sa condition personnelle ou celle de ses amis, tandis que le mot »embusqué » définit la conditions de personnes étrangères »
Une image de la France à connaitre….une image et des propos qu’ont plus ou moins connus tous ceux qui ont fait leur service militaire.
Deux lectures peuvent être faites…une lecture historique nous transportant pendant la guerre 14-18 et une lecture moderne critique, confirmant que, sur de nombreux points, ce livre n’a pas vieilli…Il  suffit de remplacer le mot « embusqué » par celui de « pistonné ». 
De tout temps nombreux ont été ceux ou celles qui ont profité de la situation privilégiée d’un ami, d’un conjoint pour trouver le bon filon…l’actualité nous en donne la preuve


Quelques extraits
  • « Je ne vois que des civils autour de moi…mais ils vont bientôt partir, disent-ils; ils sont comme moi en attente. En effet, un matin je reçois une convocation, mais eux ne voient rien venir…pourtant ils ont fait le nécessaire, m’assurent-ils. » (P.16)
  • « Rencontre hier matin mon ami Martial. Il se rend utile, lui….il va au front, en mission, pour un grand journal….il distribue des cigarettes aux soldats. Quel brave cœur! » (P. 18)
  • « J’ai eu la définition du mot embusqué. Ce sont ceux disent les journaux qui devraient être au front et qui se cachent à l’arrière. Quels sont ceux qui doivent être au front? Les forts ? Mais il y a beaucoup d’hommes de cinquante ans qui sont forts. On me répond que ceux-ci sont dispensés par une loi. Mais moi aussi, je suis dispensé par une loi. Je comprends de moins en moins pourquoi on m’a appelé embusqué » (P. 19)
  • « Hier dans le tramway, j’ai rencontré un poilu fraîchement blessé. J’ai pensé qu’il allait me décerner le titre à la mode. Mais, il s’est approché de moi, m’a demandé du feu et m’a dit : « T’as le filon, veinard, restes-y mon vieux ». » (P. 19)
  • « J’ai encore entendu aujourd’hui ce mot « filon ». Dans le métro, un homme a dit à un autre: « Tache de trouver le filon ». Une gente dame a confié à sa voisine : « Je suis contente, Henri a un bon filon ». Mais en me voyant, elle a dit à voix basse : « encore un embusqué ». » (P. 20)
  • « Je préfère de beaucoup les dessins de Monsieur Lucien Métivet à ses aphorismes. M. Lucien Métivet écrit en parlant des Allemands : « Ces gens-la ont déshonoré la guerre… » Il y a donc des guerres honorables ? » (P. 20)
  • « L’envie est le propre de l’homme;Le fantassin envie l’artilleur;
    L’artilleur, le train des équipages;
    Le train des équipages, l’automobiliste;
    L’automobiliste, le secrétaire d’état-major;
    Et le secrétaire, le civil; 
    Mais le civil n’a pas d’envie. » (P. 26)
    « J’ai monté ma première garde à Pantin, devant la boutique d’un épicier. Il n’y faisait pas chaud, par cette nuit d’hiver, vers minuit. Hélas ! D’autres ont plus froid ; cela ne me contente point, mais me détourne de mon apitoiement sur moi-même. Mais pourquoi l’épicier, en rentrant du cinéma, bien enveloppé dans sa peau de bique m’a t-il appelé Embusqué !
    Encore! » (P. 30)
    « Définition pour le prochain dictionnaire de l’Académie :
    ACCAPAREUR : Celui, celle qui détient le monopole des denrées
    NOUVEAU RICHE : Celui qui s’est enrichi au détriment de ceux qu’il appauvrissait
    MERCANTI : Marchand qui suivait les armées
    VOLEUR : Mot inusité, populacier. » (P. 31)
    « On a d’abord dit : les morts. Tout simplement.
    Puis on a dit : les disparus.
    Puis …………. : les pertes.
    Puis …………. : les effectifs réduits.
    Puis …………. : les effectifs diminués.
    Enfin M. Lichtenberger, dans La Guerre Sociale de juin 1915, les appelait : Quelques milliers de tonnes de substances organisées.
    Mais quand on a imprimé le mot « déchets », j’ai commencé à craindre pour la raison humaine. » (P.35)
    « Les médecins qui font passer les conseils de révision ont de grands avantages sur leurs collègues. Le soucis du diagnostic leur est évité. Les clients les devancent et les renseignent tout de suite sur leur maladie. » (P. 36)
    « Le fait de se soustraire au tribu du sang reçoit des appellations différentes.
    C’est ainsi que : 
    l’auxilaire ………..fricote
    l’ouvrier …………s’embusque 
    Le soldat…………déserte
    mais le civil………se démerde » (P. 38

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