« Matin rouge » – Chantal Delsol

matin-rougeAndreas est un jeune gamin vivant en Egypte dans les années 30. Son père, Nikos Damanisko, grec émigré dirige un commerce florissant d’éponges naturelles. Il élève Andreas avec rigueur, en l’incitant plutôt à lire qu’à jouer. Le gamin maîtrise plusieurs langues. Et surtout il est élevé dans la rigueur morale et l’amour du Parti, le Parti communiste dont son père est l’un des membres actifs. Aussi après la mort de son père, et à l’issue de la guerre, c’est tout naturellement qu’Andreas cherchera à aider le Parti communiste grec dans la guerre qu’il mène pour s’imposer. Il part vers Marseille, Paris, ne trouvera pas la guerre pour laquelle il s’est engagé et arrive finalement en Tchécoslovaquie, où le Parti lui donne à diriger une école d’enfant grecs. Stupeur, il découvre que ces gamins ont été enlevés de force à leur famille afin d’être « éduqués ». Indigné, il se révoltera, deviendra prisonnier des camps, sera battu. Libéré il deviendra un dissident participant notamment au printemps de Prague. 

Un livre en trois parties.
  • Dans la première se déroulant principalement en Egypte, le lecteur vit aux cotés de cette famille, prend conscience de l’éducation donnée aux gamins, éducation qui leur inculque les principes de la doctrine communiste, une doctrine idyllique dont il ne perçoit pas les dangers et manipulations
  • « La guerre introuvable » deuxième partie, nous fait entrer dans un monde inconnu, dont les livres, les romans n’ont à ma connaissance jamais parlé, celui de ces gamins grecs volés à leur famille après la Deuxième Guerre Mondiale et déportés par le Parti loin de chez eux afin d’être « éduqués », des gamins de trois à douze ans. Andreas commencera à se poser des questions, se rend progressivement compte des manipulations dont il a été victime, de l’endoctrinement qu’il a reçu et que le Parti donne à ces gamins afin d’en faire des hommes et femmes tout dévoués à la cause communiste. Progressivement il se rebellera contre cette « délation érigée en système » ,  contre cette doctrine, contre ses hommes. « Andreas chantait en avalant des larmes de désespoir. Il y avait là l’annonce de plusieurs deuils à la fois : celui de la guerre, celui de la victoire, celui de la confiance. »
  • Le titre de la troisième partie « l’Apostat » la résume à lui seul. Andreas ne peut plus vivre en harmonie avec cette doctrine qu’il abandonne et dénonce dans des phrases très dures.
« Matin rouge » est le roman de la vie d’Ilios Yannakis,  politologue et historien spécialiste de l’histoire du communisme et des pays d’Europe centrale et orientale, coauteur de « Un pavé dans l’histoire. Le débat français sur Le Livre noir du communisme” »
J’ai découvert cet homme et « Matin rouge » le jour de sa mort, en janvier 2017, quand sur les réseaux sociaux, Brice Couturier évoqua son passé.
Un livre édité en 2005, mais difficilement trouvable. C’est auprès de Recyclivre que j’ai réussi à l’obtenir, un « site internet de vente de livres d’occasion original qui crée un lien solidaire entre ses clients et les populations défavorisées. Le destin d’un livre dont on souhaite se séparer n’est ni la cave, ni la poubelle jaune, ni la déchetterie. RecycLivre offre aux particuliers, aux entreprises, aux collectivités et aux associations un service gratuit de récupération de livres d’occasion, et leur donne une deuxième vie en les proposant à la vente sur internet. » Son adresse : https://www.recyclivre.com/shop/

Un livre pas toujours facile qui m’a permis de découvrir à la fois une part d’Histoire et une association que tout amoureux des livres plus ou moins anciens et introuvables doit garder dans la liste de ses adresses utiles.


Qui est Chantal Delsol


Quelques lignes
  • Pourrait-on aimer un pays autant que celui-ci? Oublier que l’on avait accosté là, rejeté de partout, avec un simple billet de bateau, sans qu’on vous demande aucun passeport ni certificat de bonne conduite. Pourrait-on vivre dans n’importe quel ailleurs mieux que dans ce villes du delta où toutes les nationalités se mêlaient sans une bagarre, où les écoles de toutes les langues, les cimetières de toutes les confessions s’installaient côte à côte sans élever entre eux aucun mur ? Où le mot étranger n’existait pas ! » (P. 28)
  • « C’est ici, à Alexandrie, qu’est né le communisme égyptien, racontait Nikos. La révolution viendra du nord et s’étendra partout. Elle sera violente. Terrible. » (P. 36)
  • « Je compris plus tard d’où venait l’insolence de cet agent haut placé venu inspecter les primitifs que nous étions. Il nous considérait moins comme des minables que comme des traîtres : car il y avait chez nous un juif, Rosenthal, qu’ils accusèrent immédiatement d’être un agent de l’Intelligence Service, et dont ils exigèrent l’expulsion. » (P. 39)
  • « La guerre dont ils n’avaient aperçu que l’écume, s’enfuit à pas de loup sans avoir signalé ses hurlements. » (P. 68)
  • « Andreas avait appris de son père que rien ne vaut une larme, sauf la révolution. » (P. 70)
  • « Voler l’argent d’un bourgeois, c’est normal ; l’argent d’un prolétaire, c’est délictueux ; l’argent du Parti, c’est criminel. » (P. 102)
  • « Les rues, les maisons, les ponts, tout rappelait l’Occident. Pourtant, la démarche des passants, leur façon de raser les murs, leurs vêtements mal coupés laissaient dans l’atmosphère une tristesse inexplicable. La ville ressemblait à une femme trop belle qu’un malheur aurait éteinte. » (P. 141)
  • « Pourtant aucun d’eux ne comprenait vraiment pourquoi ils avaient été séparés de leurs familles pour être éduqués dans un pays si différent du leur, nanti d’une langue martienne et d’habitudes pour eux ahurissantes. » (P. 152)
  • « Le Parti a décidé cela pour leur bien, un point c’est tout. » (P. 153)
  • « Les partisans sont venus un jour au village ; ils ont dit à mes parents que les enfants recevraient là-bas une éducation, qu’ils seraient bien traités. La vie était difficile depuis le début de la guerre. Mon père a dit : «Allez, on vous rejoindra.» Nous ne les avons jamais revus. Où êtes vous allés ? Ici, directement ? Non, non, d’abord en Yougoslavie, dans un camp où l’on faisait l’école sous les arbres ; et puis Tito nous a trahis » (P. 179)
  • « Je vais lui écrire. Une lettre pleine de bonnes nouvelles. Seuls les mensonges passent la frontière, n’est-ce pas ? La vérité est arrêtée au passage. » (P. 195)
  • « Je vis dans une société d’aliénés. Un asile psychiatrique à l’échelle continentale. Plus tard, on ne nous croira pas. » (P. 246)
  • « L’urgence de se sauver lui-même de l’aberration, de la démence, de la cruauté lui apparaissait comme une sorte d’impérieux devoir, qui retenait toute son attention. » (P. 247)
  • « […] l’histoire pourra inscrire avec certitude le communisme dans le catégorie des maladies mentales. Il restera à en déterminer les causes, sociales ou physiques, économiques, spirituelles, à en décortiquer les mécanismes aberrants, à en décrire les conséquences incalculables . » (P. 267)

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