« Meurtriers sans visage » – Henning Mankell

Meurtriers sans visagePendant une froide nuit nuit d’hiver suédois un couple de vieux agriculteurs est découvert sauvagement assassiné.
Nous sommes en Scanie, province du sud de la Suède
L’homme a été torturé et son épouse est laissée pour morte, avec une corde autour du cou pour l’étrangler…le nœud de la corde est un nœud inconnu en Suède.
Curieusement, les assassins ont pris soin de donner à manger au cheval.
Elle ne dira qu’un seul mot avant de mourir sur son lit d’hôpital : le mot « étranger ». Un mot qui, une fois divulgué par la presse, réveillera les pulsions racistes et attisera les haines d’une partie de la population …. en Suède comme dans beaucoup de pays de nos jours. 

Sur fond d’enquête policière classique menée par Kurt Wallander « Meurtriers sans visage »  est aussi un témoignage sur une certaine Suède, qui accueille des demandeurs d’asile dans des camps de réfugiés, une Suède qui doit compter avec certaines organisations nationalistes qui haïssent les étrangers. Des camps de réfugiés qui brûlent….comme ailleurs. 
Kurt Wallander est un héros attachant, stéréotype du flic assez solitaire et expérimenté des romans policiers, alcoolique, roulant vite, ne comptant pas ses heures, en instance de divorce…et servi par son intuition, tombant sous le charme des belles dames même si elles sont procureurs. Il a ses soucis, son père commence à perdre la tête et devient de plus en plus irascible, et sa fille le fuit.
C’est aussi un flic qui a des états d’âme de citoyen, qui s’interroge sur l’évolution de la société, sur le droit d’asile, ses limites, sur la justice.
Le roman nous apporte son lot de surprises, et j’avoue que j’étais bien loin de soupçonner le dénouement.

Un bon moment de lecture détente, qui remplacera bien des soirées télé devant de séries policières plus ou moins débiles tirées par les cheveux.   



Quelques extraits
  • « Il se lève avec précaution de ce lit qui grince. Cela fait quarante ans qu’il dort dedans. C’est le seul meuble qu’ils aient acheté en se mariant. C’est aussi le seul lit qu’ils utiliseront pendant toute leur vie. » (P. 8)
  • « Avec l’âge, on devient de plus en plus craintif, on installe de plus en plus de serrures. Vieillir, c’est être en proie à l’inquiétude. L’inquiétude envers tout ce qui vous faisait peur quand on était enfant revient quand on est vieux… » (P. 10)
  • « Ce qu’il vit dépassa tout ce qu’il avait pu imaginer. Et de loin. Par la suite, il devait dire que c’était ce qu’il avait vu de pire dans sa vie. Et pourtant, il en avait vu pas mal. La chambre à coucher du vieux couple était maculée de sang. » (P. 19)
  • « Il lui arrivait très rarement de demander à Ebba de l’aider à trouver la personne qu’il cherchait à joindre. Il n’avait pas encore réussi à s’habituer à l’idée d’avoir une secrétaire. S’il avait quelque chose à faire, c’était à lui de s’en charger et personne d’autre. Il lui était déjà arrivé de penser que c’était une mauvaise habitude qu’il avait contractée dès ses jeunes années. Seuls les riches et les gens haut placés envoient les autres faire le boulot ingrat. Etre incapable de trouver un numéro dans l’annuaire ou de le composer soi-même lui semblait être le signe d’une paresse inadmissible… » (P. 101)
  • « En matière de police, tout l’art est de procéder à des déductions. Pour mieux les rejeter ou les affiner par la suite. » (P. 111)
  • « S’offrir quelques minutes de solitude était tout différent. Le fait de ne plus penser du tout apportait un profond sentiment de paix. Se contenter d’écouter, de voir, rester immobile. » (P.177)
  • « Vingt minutes plus tard, tout le monde était présent, sauf Martinson et Svedberg.
    – Svedberg est parti jeter un coup d’oeil dans une carrière, dit Rydberg. Quelqu’un nous a appelés pour nous signaler la présence suspecte d’une voiture à cet endroit. Martinson, lui, est sur la piste d’un des membres de ce club de propriétaires de Citroën qui sait, paraît-il, tout sur ce genre de bagnole en Scanie. C’est un dermatologue de Lund.
    – Un dermatologue de Lund ? s’étonna Kurt Wallander.
    – Il y a bien des putes qui collectionnent des timbres-poste, dit Rydberg. Pourquoi pas des dermatologues cinglés de Citroën ? » (P. 232)

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