« Alejo Carpentier : De la Bretagne à Cuba » – Jean-Louis Coatrieux

Alejo Carpentier- De la Bretagne à Cuba« Nous avons tous une propension à ranger les livres dans une catégorie connue comme si cela pouvait nous aider dans leur lecture. Aucune ne semble pouvoir contenir celui-ci. »….première phrase du livre. Accroche attirante, oh combien vraie ! 
N’y cherchez pas une biographie complète de l’homme Alejo Carpentier, ni un roman, non, il s’agit plutôt d’une enquête sur un point particulier, les origines de l’auteur cubain, qui semble-t-il a marqué, son temps et la littérature sud-américaine notamment du fait de ses engagements humains et politiques.

L’homme était secret, on découvrit après sa mort qu’il était né à Lausanne et non à Cuba, et très vite je devins désireux d’en apprendre beaucoup plus sur Alejo Carpentier. En effet l’homme est si multiple et le sujet semble si vaste que Louis Coatrieux ne pourra que montrer quelques facettes du personnage et faire venir l’eau à la bouche du lecteur dans ces 150 pages.
Le livre requiert une attention de tous les instants, car l’auteur jongle avec les périodes, depuis Trafalgar où s’illustra un ancêtre breton d’Alejo Carpentier, jusqu’aux années 1980, date de sa mort, et jongle avec les divers Carpentier et leur époque. Alejo Carpentier, homme aux rencontres multiples, vivait à Cuba. À Paris, il approcha Desnos, Queneau, Picasso, Prévert et j’en passe. Ses parents musiciens connurent Pablo Casals, César Frank, avec lesquels il travaillèrent. 
En jonglant avec les siècles il jongle aussi avec les prénoms des Carpentier ancêtres d’Alejo, et j’étais un peu perdu, je cherchais un arbre généalogique permettant de me repérer,  que je trouvai quand j’atteignis les pages 78-79…que mon marque-page ne quitta plus. Bien utiles, elle ne sont pas annoncées…Pensez-y !
Alors oui, il avait des origines bretonnes lointaines, mais elle n’ont pas été déterminantes, selon moi, dans ses engagements et sa vie.
Afin d’écrire ce livre Louis Coatrieux s’est appuyé sur de nombreux documents, les écrits d’Alejo, des photos de famille, des actes judiciaires, des correspondances… Son travail est important et mérite d’être souligné. Louis Caotrieux est multiple, narrateur racontant des évènements de la vie d’Alejo, biographe et historien reprenant des archives, et écrivain imaginant des écrits qui pourraient être attribués à l’un ou l’autre de personnages croisés dans le livre…
Celui-ci mis à ma disposition par Babelio, dans le cadre de l’opération Masse critique, m’a permis de découvrir deux auteurs, d’une part Louis Coatrieux, mais surtout, c’est sans doute l’une des ambitions de Coatrieux, Alejo Carpentier dont j’ignorais l’existence, l’autre étant sans doute de montrer que la Bretagne a donné au monde de grands hommes. J’en suis confus…nous avons été contemporains pendant mes trente premières années de vie. Un auteur cubain, né en Europe d’un père français et d’une mère russe, qui fut lauréat de plusieurs prix littéraires, Médicis étranger, Cervantès….avec lequel je vais faire mieux connaissance.

Un grand merci à Babelio


Qui est Louis Coatrieux


Quelques extraits
  • Je ne veux pas de récriminations concrètes dans ma lettre mais lui faire sentir avec subtilité le mensonge et la cruauté de son acte voilà sept ans. Je lui montrerai comment comment je me suis retrouvé un jour, à dix-sept ans, sans métier, sans argent, sans recours devant la vie. [….] Je compte très peu pour lui. […] Je me sens suffisamment solide et sûr de moi pour refuser la moindre autorité paternelle. » (P. 37-7)
  • « ‌Années de guerre, de défaite et d’occupation. Comment supporter ce temps de vide et d’attente? Comment simplement penser? Les lectures ne guérissent rien quand il y a trop de fantômes. Et demain est trop loin pour y croire encore. La frontière entre les deux France n’existe déjà plus. » (P. 102)
  • « Ses engagements à gauche contre les dictatures témoignaient contre lui dans la famille . » (P. 128)
  • « Tous les sujets lui sont bons dès qu’ils s’accrochent à l’histoire et aux arts, car ce sont eux qui rassemblent le monde quand il se déchire. Des brèves sur la société des hommes et des femmes qui l’habitent au mieux, en s’arrêtant parfois de rire, en s’entêtant toujours à vivre Il n’aura pourtant pas connu comme sa mère les décombres de la seconde guerre mondiale. L’épisode de son emprisonnement politique à Cuba, plus contestataire que révolutionnaire, lui offrira une stature de rebelle luttant pour la liberté. la pauvreté de ses premières années à Paris s’est vite effacée pour laisser la place à une situation aisée sinon bourgeoise. Il voyage beaucoup, accumule des correspondances invraisemblables entre ce qu’il voit et ce qu’il ressent, des analogies extravagantes où s’inventent des destins hors mesure faisant corps avec l’Histoire. » (P. 133)

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