« Un visage d’ange » – Lisa Ballantyne

Un visage d'angeSebastian, gamin de onze ans est accusé du meurtre de son camarade Ben, âgé de huit ans, retrouvé mort dans un square, le visage écrasé . Sebastian, arrêté nie farouchement, malgré les taches de sang sur ses vêtements, le sang de Ben et le témoignage d’un homme qui les a vu se battre. Il est incarcéré dans l’attente de son jugement, devant un tribunal d’adultes…En effet en Angleterre,  dès dix ans on est responsable de ses crimes. 
Il prend, contre l’avis de son père, Daniel Hunter pour avocat. Il est un jeune avocat, un sollicitor, celui qui conseillera Sebastian, qui recherchera tous les éléments prouvant l’innocence du gamin, mais ne plaidera pas. Seuls les barrister, portant perruque peuvent le faire…Son amie Irene plaidera.
Au fil des pages on découvre la personnalité du gamin, doté d’un QI de 140, mais passant aux yeux de voisins pour un « tyran familial » souvent, violent avec les autres gosses, un gamin vivant aussi dans un milieu familial violent. Longue et difficile enquête de Daniel, et malgré tous les témoignages qui l’accablent, Sebastian continue de nier et d’affirmer son innocence. 

Daniel s’attache au gamin, comme le gamin s’attache à lui. Ils ont beaucoup de points communs, chacun fait remonter à l’esprit de Daniel son enfance mouvementée. « Il se rappela ses onze ans. Il avait été un enfant difficile. Un enfant capable de réactions violentes. Comment avait-il échappé à ce destin-là? » 
Fils d’une mère qui se droguait il lui a été retiré, et placé par les assistantes sociales chez une nounou, Minnie, vielle femme généreuse, élevant des poules. Elle l’aimait et faisait tout pour lui. Malgré tout, dès le début du roman on apprend qu’il l’a menacée avec un couteau, qu’il lui en veut terriblement, sans savoir pourquoi. Il l’a quitté après une dispute lui disant même : « Je voudrais que tu sois morte »
Pourquoi une telle violence? Que s’est-il passé entre eux? Progressivement on découvrira les hauts et les bas de leur relation, mais il faudra attendre les dernières pages pour connaitre l’origine de cette haine de Daniel qui remplaça son amour pour Minnie.
Je n’en dirai pas plus sur le livre, sur l’histoire, sur ces histoires parallèles, racontées en alternance, celle de Sebastian et celle de Daniel. Deux destins d’enfants écorchés, manipulés par le système judiciaire anglais. Un système qui fait peu cas de leur jeunesse, un système que l’on connaît mal, assez éloigné du nôtre. Une découverte pas du tout rébarbative, bien au contraire. Instructive et révoltante. Et qui nous interroge : A quel âge doit-on être reconnu comme pénalement responsable de ses actes? 
J’avoue que j’ai eu de la peine à me faire une opinion quant à la culpabilité ou à l’innocence de Sebastian : la psychologie des personnages est décortiquée, les expertises judiciaires sèment le doute, les questions pernicieuses des juges ou de l’avocat de la famille de Ben, nous révoltent.
Une histoire qui fait froid dans le dos.
Un livre qu’on a de la peine à lâcher


Quelques extraits

  • « Il avait apparemment été battu à mort sous un buisson de l’aire de jeux de Bernard Park, dans l’après-midi du dimanche. On lui avait écrasé une brique sur le visage, le fracturant l’orbite. Le meurtrier s’était servi de cette arme et de quelques branches et de feuilles pour masquer les blessures de la victime. » (P. 14)
  • « Il avait été un sauvageon. Qui d’autre que Minnie aurait pu accueillir un tel garnement? L’assistante sociale l’avait bien prévenu. Minnie était la seule à vouloir le prendre. » (P. 146)
  • « Daniel avait toujours couru – toujours fui. Fui la maison de sa mère et les petits amis qui y habitaient. Fui ses familles d’accueil pour retrouver sa mère. Fui Minnie pour décamper à Londres, à l’université. Il avait toujours envie de courir, en ressentait encore le besoin, la faim rageuse qui tendait ses muscles, mais vers quoi courir désormais. » (P. 147)
  • « Non seulement la prison est un châtiment passé de mode, mais en plus, elle coûte la peau des fesses. » (P. 156)
  • « -Je trouve que vous avez eu de la chance, reprit Sebastian en dévisageant son avocat. 
    – Et pourquoi ça ?
    – Vous n’avez pas eu de père. » (P. 210)
  • « Que l’enfant soit reconnu coupable, et le juge n’aurait de choix que de le condamner à la détention dans les prisons de la reine. La durée de la détention de Sebastian ne serait alors pas fixée par des professionnels de la justice, mais par le ministre de l’Intérieur. Le destin de l’enfant ne serait plus soumis à des décisions purement légales : il deviendrait un problème politique ; le ministre sans doute, prolongerait sa peine pour apaiser la colère du public et des médias. » (P. 378)

 

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