« Juifs de France, pourquoi partir ? » – Serge Moati

Juifs de France, pourquoi partirDécouvert au Salon du livre de Narbonne, « Juifs de France, pourquoi partir ? », est un coup de poing, comme Moati en a souvent donné dans chacun des films qu’il tourna en qualité de réalisateur ou dans ses livres. Un véritable travail d’enquête mené par ce journaliste.  Un journaliste qui se définit comme « Juif mais pas que.. » qui  » ne porte pas la kippa« 
Il « décide d’écrire ce livre sur l’angoisse actuelle des «juifs français», ou des «Français juifs», et, animés, pour beaucoup, d’un désir fort d’Israël.« 

Le livre est écrit un peu comme l’aurait été le scénario de l’une ses émissions spéciales de télé : de nombreux entretiens avec des français juifs, souhaitant « faire leur alya » , c’est à dire quitter le France, ou l’ayant quitté. Plus de 20 000 sur 500 000 juifs français l’ont fait en 3 ans. Un phénomène de société, comme disent les journalistes. Certains, que Serge Moati rencontrera sont revenus en France désenchantés de la vie qu’ils trouvèrent en Israël, non équivalence de diplômes,  difficultés pour trouver du travail dans leur spécialité, vie chère, difficultés d’intégration….« En France j’étais juive, ici, je ne sais plus qui je suis. C’est une perte d’identité totale. Je suis en état de survie. Juste de survie ». D’autres font des allers-retour réguliers entre la France et Israël, comme s’ils n’arrivaient pas à se décider.
Dans ces entretiens ils évoquent à des degrés divers, le plus souvent leurs peurs face à l’insécurité faisant suite aux divers attentats touchant des juifs en France : torture et assassinat d’Ilan Halimi, tuerie de Mohammed Merah, attentats contre l’Hyper-Casher : « …il y a eu huit cent cinquante et un actes antisémites en 2014 contre des synagogues, des écoles ou bien dans les transports en commun ». Certains, les plus rares, évoquent la religion comme motivation première de leur départ. Des actes qui se rajoutent dans l’inconscient collectif de cette population aux traces laissées par les pogroms, la déportation et l’extermination de masse.
Tous ces entretiens analysés par Serge Moati permettent ainsi de mieux connaître et de mieux comprendre des tensions qu’on ne perçoit souvent pas au sein de notre société, nous interrogent sur les mutations de notre société, dans laquelle chaque groupe religieux, social ou d’origine revendique son identité, ses spécificités..Des identités qui se télescopent en créant des tensions violentes parfois.
Cette problématique est identique en Israël…ce n’est pas parce que vous êtes juif, religieux ou non, que vous arriverez à vous intégrer, les russes restent entre russes, les français entre français…
Moati analyse sans complaisance la société israélienne, les mutations qu’elle a connu avec l’arrivée de la droite au pouvoir, des mutations qui font passer le phénomène religieux au premier plan, au détriment de la démocratie.  Une société multi-culturelle dans la laquelle juifs et arabes cohabitent, dans la douleur parfois, une société « à la limite du racisme ». 
Un texte utile pour comprendre ce que représente le fait d’être juif et pour dépeindre comment les Juifs sont perçus en France 2017… dérangeant… et aussi pour mieux connaître ce touche à tout, journaliste, écrivain, réalisateur, etc. qu’est Serge Moati.
Un texte qui nous interroge aussi sur les fractures que connaissent de nombreuses sociétés du fait des revendications identitaires de groupes de population.

Des fractures violentes souvent.


Qui est Serge Moati

Quelques lignes
  • « …en 1881 vingt-cinq mille juifs seulement vivaient près des lieux saints du judaïsme… » (P. 29)
  • « La Bible, ce n’est tout de même pas un cadastre ! Et les Arabes, eux, habitaient vraiment ici, depuis des siècles, ils cultivaient la terre, peuplaient les villes et tout ça ! Sans avoir besoin des prières sans cesse répétées de ces juifs qui, d’ailleurs n’avaient jamais mis les pieds en «Terre sainte», depuis le trop méconnu Titus, sa prise de Jérusalem, et le fort regrettable incendie du Temple. » (P. 30-1)
  • « Dis-moi, nous on est un peuple ? Une religion? Ou quoi? «Juif», c’est quand même pas une nationalité ! Si ? 
    On est tout à la fois ! Plus une civilisation et une culture ! Ça te va? » (P. 32)
  • « Déjà en 2009, 14 % des Français disaient que les «juifs de France» ou les «juifs français» ou bien encore les «Français juifs» ou, enfin les «juifs» tout court – comment dire? – n’étaient pas des «Français comme les autres»! » (P. 40)
  • « Pourquoi les hommes ont-ils honte et sont-ils angoissés à l’idée de porter la kippa, alors que les femmes musulmanes, elles, elles portent le voile sans problème. » (P. 45)
  • « On n’a pas intérêt à se promener avec un drapeau israélien. Alors que avec un  drapeau algérien, on a tous les droits. » (P. 57)
  • « Ils ont souvent une très mauvaise réputation d’affairistes et de brigands, de voleurs et de bandits, partis de France pour se réfugier en Israël d’où ils ne peuvent être extradés.[..] Les Israéliens, qui sont pourtant les gens les plus culottés de la terre, disent que les Français sont encore pires qu’eux, se croient tout permis, et s’imaginent en pays conquis ! Les Israéliens, qui ne sont pas connus pour leur politesse, ont trouvé leurs maîtres : les juifs séfarades venus de France ! Meilleurs aussi en bling-bling ! Incroyable ! » (P. 103)
  • « Il faut savoir que pour l’islam, le monde est divisé en deux grandes parties : le Dar el Islam, la «maison de l’islam», sous leur domination, bien sûr, et le Dar el Harb, c’est-à-dire la «maison de la guerre». Et entre ces deux grandes maisons, il y a le Jihad, la guerre qui sera totale jusqu’à la fin des temps. Pour eux la paix ne peut advenir que de l’islamisation du monde. » (P.  123)
  • « Dans le mot «islam» il y a la racine salam, qui veut dire «paix». Ce salam si proche du shalom hébreux. » (P. 124)
  • « Au nom de ce même Dieu, d’autres, violemment, à coups de missiles, de roquettes ou de couteux les combattent. Au final tous s’entretuent. Et Dieu, obstinément regarde ailleurs. C’est quand même incroyable que cet ingrat semble aimer aussi peu ceux qui professent de tant l’aimer. » (P. 159)
  • « Il en faut, de l’amour, pour supporter les sirènes d’alarme, les attentats et le reste. […] On fait l’armée, on fait la guerre, on voit la mort de près et on connaît le prix de la vie » (P. 184)

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