« Des cailloux dans le ventre » – Jon Bauer

Des cailloux dans le ventreIl aurait tout pour être heureux : une maman qui aime les enfants, un papa complice…Oui, mais il y a Robert un autre gamin que sa maman a accueilli, un gamin dont il devient jaloux, il a quelques années de plus que lui, il peut passer devant dans la voiture…un gamin avec lequel sa mère se comporte comme si c’était son gamin, auquel elle porte une attention particulière : ils sont « famille d’accueil » et reçoivent des enfants placés par les services sociaux. 
Alors le gamin se sent rejeté…il se définit comme le  «Le Petit Tout-Seulitaire» : il pisse encore au lit à 8 ans
Puis l’adulte de 28 ans prend la parole, un adulte tourmenté, mal dans sa peau, qui ne se « trouve toujours pas assez bien », éprouvant des difficultés pour tisser des liens avec les autres adultes, un peu mythomane…au fil des pages les époques se télescopent, on passe du coq à l’âne. Le regard et les bêtises de l’enfant qui cherche à attirer l’attention de sa mère, un gamin incapable de réfléchir aux conséquences de ses actes, alternent avec les délires de l’adulte éprouvant des difficultés pour tisser des liens avec les autres, maladroit avec les filles, incapable de s’engager, fuyant des relations et un bonheur possibles..un fils garde-malade qui a accompagné le cancer de sa mère. Mais on n’est jamais perdu.

Une mère envers laquelle il a conservé intactes ses rancunes d’enfant. Il ne lui a rien pardonné.
Un adulte et un enfant dont les actes tiennent parfois du délire. Pour être aimé il se mettra la main au feu….Jusqu’à l’accident ! Mais est-ce un accident ?   
L’enfant qui avait tout pour être heureux est devenu un adulte instable parfois mythomane, mal dans sa peau, hanté par ce Robert qui a brisé son enfance. Robert dont on apprendra vite qu’il est devenu handicapé, pourquoi, comment. On en perçoit l’intensité dramatique.
On aimerait être plus proche de ce gamin, s’en sentir complice, se faire un ami de l’adulte qu’il est devenu, mais on n’y arrive pas. L’enfant est peu attachant, l’adulte peu sympathique. 
Au fil des pages on comprend le titre. La page de garde livre son mystère, tout s’explique dans les dernières pages. 
Le thème peut apparaître larmoyant, peu attirant, mais pourtant quel roman ! Quel beau moment de lecture ! L’auteur a su alterner regard d’enfant et mal-être de l’adulte, relevant presque du domaine de la psychiatrie, un mal-être qui l’entraînera sur les chemins du délit, démontrant progressivement comment un enfant s’estimant délaissé, incompris, mal-aimé peut devenir un adulte incapable de s’intégrer dans la société, presque un délinquant irresponsable, s’évadant dans la fumée des pétards, cherchant encore l’amour et le fuyant quand il approche.
Gros coup de cœur, dans lequel alternent sourires, émotions, tendresse, désir d’amour, bêtises d’enfant et drames. Et humour !
« Que ce roman procure nourriture et réconfort à ceux qui portent encore le fardeau de leur enfance »….c’est Jon Bauer qui l’écrit dans ses remerciements

Émotions et plaisirs garantis. 


Qui est Jon Bauer

Quelques lignes
  • Papa dit qu’on peut raconter n’importe quoi du moment qu’on rajoute des détails à ses mensonges. » (P. 16)
  • « Ensemble, c’est mon mot préféré. » (P. 34)
  • « Ce matin, je me réveille tout content sauf qu’après je me souviens que Robert est là. Il me fait le même effet qu’un contrôle de maths, que le dentiste ou les dimanches soir. L’impression d’avoir un serpent dans le ventre. En plus, je les entends tous en bas, ils sont déjà ensemble comme s’ils étaient même pas allés se coucher, qu’ils avaient fait un festin de minuit et joué à des jeux. » (P. 36)
  • « Les paroles qu’elle allait prononcer sont restées sur un haricot, dans la dalle d’opération. Incinérées. La fin de cette phrase n’est peut-être plus que de la suie dans la grosse cheminée de l’hôpital. Ou des atomes de poussière en suspension dans l’air …ça me fait penser aux gouttes de pluie. » (P. 70)
  • « Les gens gentils ou méchants cela n’existe pas. Il faut un germe d’égoïsme pour plaindre les autres. Regardez le geste instinctif d’un homme qui en voit un autre se prendre un coup de pied dans les couilles. » (P. 86)
  • « Maman rentre demain et tout le monde est content sauf moi. Je crois que je suis méchant. » (P. 148)
  • « Les adultes ont un drôle d’air quand ils pleurent, vu qu’ils s’entraînent pas souvent. » (P. 265)
  • « Tout le monde n’est pas attiré par les métiers associés à la mort. De même qu’être famille d’accueil n’est pas à la portée de tous. Pas plus que la capacité à aimer correctement.
    Et savoir pardonner, ce n’est pas donné à tout le monde. » (P. 351)

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