« La louve » – Paul-Henry Bizon

LA louve

La famille Vollot est installée en Vendée depuis des générations. C’est une famille de bouchers chez qui le client est assuré de trouver de la bonne viande. Ils connaissent les bêtes qu’ils tuent, es éleveurs qui les font naître et grandir. Rien à voir avec cette viande en barquette qu’on commence à trouver dans les supérettes. Romain, qui a fait une école de commerce envisage de développer l’affaire en y associant ses frères. Mais Camille souffre d’un stress post traumatique après un drame familial survenant peu de temps avant les événements du 11 septembre. Camille s’isole, s’éloigne de la famille, s’installe à Nantes, accompagné par Victoire son amie, qui l’épaulera chaque jour afin de le sortir de sa détresse. Là, grâce à une vieille femme, il découvre la terre, et les légumes bio, la permaculture et à la culture sous les arbres, l’agroforesterie…une technique ancienne de culture,  dans laquelle il s’épanouit…Progressivement, ce baba-cool prêchera afin de convertir, à ces nouvelles techniques, d’autres agriculteurs  qui trouveront là un moyen d’éviter la fermeture de leur exploitation...

Un escroc notoire, Raoul Sarkis, revient à Paris après seize ans de purgatoire en Pologne.
Les deux histoires avancent en parallèle…On se doute bien que ces deux hommes, le taiseux et le baratineur, qui n’ont rien en commun vont se rencontrer…pour s’opposer ou pour s’associer ?
Pureté morale d’un coté, vice, magouilles et mensonges de l’autre. La rencontre et la confrontation des deux est attendue…Mais je n’en parlerai pas
Paul-Henri Bizon déroule une série de coups tordus, d’esbroufes, de malversations et de pièges et de mensonges…très documentés, semblant parfois un peu tirés par les cheveux. Il flingue à tout va,  épingle  hommes politiques, célébrités, banques, agriculteurs en mal de diversification, bobos, guides gastronomiques, nouvelle cuisine et restaurateurs de talents…Il règle des comptes avec tout ce petit monde « en prendra pour son grade », se croisera et se fréquentera en vrais et faux amis. Dure réalité des affaires.
On se dit « Quelle imagination ! »…Et puis en se documentant un peu, merci Internet….Big Brother qui garde tout en mémoire, nous apprendra que ce roman reprend en partie des faits réels que Paul-Henri Bizon a eu à connaître dans son autre métier, celui de directeur d’une agence de communication,  intervenant notamment dans le monde de hôtellerie et de la gastronomie. Une magouille qui avait pour nom « La Jeune Rue » visant à transformer un quartier de Paris en marché gastronomique bio. Une opération qui laissera de nombreux impayés.
Le besoin de diversification agricole, de sauvetage des sols de notre territoire, vidés de leurs nutriments naturels est important. Ces sols qui s’appauvrissent chaque année et ne produisent que parce qu’ils sont bourrés d’engrais chimiques…notre santé en prend un coup. Le problème est grave.
Des solutions existent. Dans ce premier roman Paul Henri Bizon nous les décrit. Elles se heurtent à des intérêts financiers importants, à l’immobilisme du monde agricole, captif de ces fournisseurs d’engrais et du marché qui attend pour nourrir ces grands surfaces des volumes importants. Un cercle vicieux difficile à faire éclater. 
La Louve, association d’agriculteurs bio, initiée par Camille, est une expérience pilote, incapable d’approcher un marché national. Elle ne peut approvisionner qu’un marché de niche…en utilisant des réseaux traditionnels. Sauf si ces affairistes lui proposent le salut.
On sait comment produire des aliments, viandes, légumes, fruits sains, mais une production et une commercialisation de masse nécessitent une refonte complète de notre système…Un monde de producteurs qui n’alimentent à ce jour que des élites, souvent bobos…Et comme dans tout nouveau marché dans lequel on peut « se faire du fric », les amateurs de magouilles s’y précipiteront très vite, car les agriculteurs sont souvent désarmés en matière commerciale. 
L’amateur de lecture que je suis, cherchant dans chacune de ses rencontres littéraires, un fond de vérité ou des faits historique, n’a pas été déçu. L’amateur de romans y trouvera son lot de surprises, de coups tordus, ses personnages attachants ou à fuir….Un bon moment de lecture qui ne manquera pas d’interpeller le coté consommateur de chacun…
Merci à Babelio et à Masse Critique pour cette découverte


Quelques extraits
  • « La culture de la terre est un langage. Aucun monde n’existe sans parole, sinon le désespoir. » (P. 42)j
  • « Assassiner des hommes ou des vaches, c’est pareil. C’est simpliste. Le meurtre, quel qu’il soit, maintient notre conscience à son plus bas niveau. Au fond, l’important n’est pas que l’homme devienne végétarien et qu’il nie le meurtre, mais qu’il en assume le désir en pleine conscience, comme les peuples indiens d’Amérique du Nord, par exemple, que vos Abel et Caïn de colons ont massacrés. D’ailleurs, l’histoire de ces frères est un motif commun à l’humanité. Dans les traditions de tous les peuples qu’il m’a été donné de rencontrer à travers la planète, il survit des légendes qui s’y apparentent, mais ce sont des récits qui rappellent à l’homme son devoir de conscience du monde, jamais des carcans moraux. »(P. 55)
  • « Enfants, Camille et Victoire avaient été inséparables; adolescents, ils étaient tombés amoureux comme cela coule de source à la campagne.[….] Leur amour avait résisté au drame et à la maladie de Camille, à l’usure des jours, au silence, aux rêves de gloire, aux sarcasmes des amis étudiants de Victoire moquant son étrange fiancé. » (P. 63)
  • « Alors que le Guide Michelin avait eu tendance, notamment en province, à défendre des principes plus conservateurs – produits de la tradition française obligatoires, comme le foie gras, carte fixe au mépris des saisons, nappage des tables…, Le Fooding avait choisi de promouvoir un esprit novateur tous azimuts et recensé près de mille adresses… » (P. 92)
  • « Le fooding est un snobisme de «pauvres-mais-pas-tout-à-fait». Ils ont de quoi manger, alors la bouffe a remplacé la poésie, la télévision. C’est même en train de devenir un nouveau showbiz et les fils de famille […] l’ont très bien compris. » (P. 95)
  • « La Louve : marché paysan coopératif….[…..] Son objectif était de défendre un bassin paysan en s’affranchissant de la figure trop réductrice du «petit producteur» et de proposer une production certifiée et homogène d’ampleur capable d’approvisionner de grandes épiceries, voire des réseaux de cantines ou de maisons de retraite. » (P. 102-110)
  • « Ses futurs clients et investisseurs, les yuppies parisiens de sa génération, n’avaient aucun goût. Admirateurs d’avocats incultes comme Sarkozy ou Copé, la plupart ne juraient que par l’argent et ne s’en cachaient pas. » (P. 128)
  • « Ces gens ne l’intéressaient pas le moins du monde mais il ne pouvait pas se passer d’eux. L’important était qu ils soient tous sur la photo de famille et que ce projet se mette en place le plus vite possible pour commencer à faire circuler l’argent. » (P. 146)
  • « De l’argent, des filles et de la drogue, et tout le monde le suivrait en enfer. » (P. 152)

Une réflexion sur “« La louve » – Paul-Henry Bizon

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