« Le Sympathisant » – Viet Thanh Nguyen

Le SympathisantC’est un bâtard, il se définit ainsi. On ne connaîtra jamais son nom.Né du péché d’un prêtre français et d’une jeune fille vietnamienne, il est l’un de ces nombreux eurasiens issus de la présence française au Vietnam. Il en a beaucoup souffert dans son enfance et a subit les quolibets de ses camarades.
Depuis l’armée française a été remplacée par la puissante américaine, dont tous redoutent les bombes au napalm, de sinistre mémoire. 
Nous sommes en 1975…L’armée vietcong du Nord Vietnam est aux portes de Saïgon. La puissante armée américaine et celle du Sud Vietnam subissent l’un de ses formidables coups de pied au cul qui font l’histoire. Notre homme, aide de camp d’uAvions bombardésn général de l’armée du Sud Vietnam rédige, sous les pressions des uns et des autres les listes de ceux qui pourront prendre l’un des derniers avions décollant sous les bombes.

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Tous ceux adultes ou adolescents, se souviennent en 1975 de ces photos d’avions en feu au sol, de cette débandade généralisée, de ces exécutions sommaires, de ces nombreuses photos toutes plus horribles les unes que les autres, de cette mort banalisée, mille fois photographiée. Tous ceux qui ne pourront embarqueExecutionr, savent qu’ils iront en camps de rééducation ou dans les forêts pour déminer…
C’était Saïgon, c’est depuis  Hô-Chi-Minh-Ville.
Dés les premières pages il annonce la couleur : il est une taupe de l’armée du Nord Vietnam, placée là pour espionner les faits et gestes de l’armée du Sud Vietnam et transmettre des messages écrits à l’encre sympathique à Man son supérieur.
Man est avec Bon son ami d’enfance, ils ont signé tous trois le pacte du sang, un pacte d’amitié indéfectible.
Sous les bombes, et en respect des ordres reçus de ses supérieurs il va fuir vers les États-Unis, et poursuivre sa mission..
Une mission qui amènera cet agent dormant, toujours avec l’assentiment de ses supérieurs, à accompagner des projets contraires à ses engagements politiques et à sa morale : il doit toujours rester dans l’ombre mais rendre compte, toujours rendre compte et exécuter les ordres transmis depuis Hô-Chi-Minh-Ville …
Je n’en dirai pas plus. Ce premier roman de Viet Thanh Nguyen a été couronné par le prestigieux prix Pulitzer et le Prix Edgar Allan Poe…une fois qu’on l’a ouvert, on est pris par cette histoire, par la trame historique, par cette écriture, qui feront voyager le lecteur au cœur du tournage d’un film à la gloire des Américains – on pense à Apocalypse Now, aux tentatives de reconstitution de groupes paramilitaires de reconquête du Vietnam, et…….à des dernières pages dérangeantes, fascinantes de réalisme.
Un roman confession prenant pour trame des faits historiques avérés, plongeant au cœur des pensées des uns et des autres, des manipulations psychologiques, des hésitations morales, de la turpitude et de la bassesse nées des idéologies. De l’amitié aussi….un roman qui écorche l’Amérique, la mentalité américaine, l’âme humaine. Puissant
Un calamar vous fera sourire, vous ne manquerez pas de vous interroger face aux actes du personnage principal, face aux actes de ses amis.
Brillant roman de cette rentrée littéraire, ne le manquez pas. Gros coup de cœur malgré quelques longueurs !
Merci à Babelio, à l’opération Masse critique et aux éditions Belfond pour cette découverte


Quelques extraits
  • « …au moins un million de personnes travaillaient ou avaient travaillé pour les americains dans tel ou tel secteur, qu’il s’agisse de leur cirer les chaussures, e diriger l’armée bâtie par eux à leur image ou de leur faire des fellations pour le prix d’un hamburger à Peoria ou à Poughkeepsie. » (P. 19)
  • « Les Américains aiment regarder les gens dans les yeux. Surtout quand ils les baisent par derrière. » (P. 19)
  • « On racontait que les prix des visas, des passeports et des sièges à bord des avions d’évacuation montait jusqu’à plusieurs milliers de dollars, selon le paquetage choisi et selon son niveau d’hystérie. » (P. 37)
  • « J’avais à peine l’occasion de dormir, car un agent dormant est presque toujours victime d’insomnie. » (P. 101)
  • « Je fais partie des gens qui pensent que le monde serait meilleur si le mot «meurtre» nous faisait autant grincer les dents que le mot «masturbation». (P. 111)
  • « Je ne suis pas un homme et quand un homme n’est pas un homme, il n’est personne. Et la seule manière de ne pas être personne, c’est de faire quelque chose. » (P. 133)
  • « Une presse trop libre nuit à la démocratie. [….] Si trop d’opinions circulent, le peuple ne peut pas distinguer ce qui lui est utile et profitable. » (P. 180)
  • « Ce n’est pas la chance qui nous fait réussir ou échouer. On réussit parce qu’on comprend comment fonctionne le monde et ce qu’il faut faire. On échoue parce que les autres le comprennent mieux que nous. » (P. 188)
  • « Le papier avec lequel l’Occident se torchait était plus doux que celui dans lequel le reste du monde se mouchait, même si la comparaison n’était que métaphorique. Le reste du monde eût été éberlué à la simple idée de prendre du papier pour se moucher. Le papier ça sert à écrire des choses comme cette confession, pas à essuyer les déjections. Mais ces étranges et mystérieux Occidentaux avaient des coutumes et des trésors exotiques, incarnés par le kleenex et le papier toilette double épaisseur. » (P. 198)
  • « Si notre révolution était au service du peuple, pourquoi une partie de ce peuple votait-elle en s’enfuyant ? A l’époque, je n’avais pas de réponse à ces questions. C’est seulement aujourd’hui que je commence à comprendre. » (P. 212)
  • « Le cinéma était l’arme dont se servait l’Amérique pour affaiblir le reste du monde. » (P. 225)
  • « Désarmer un idéaliste est chose facile : il suffit de lui demander pourquoi il n’est pas en première ligne sur le front du combat qu’il a choisi. » (P. 277)
  • « Nos professeurs étaient des partisans convaincus des châtiments corporels, ceux auxquels les Américains avaient renoncé, ce qui expliquait sans doute en partie pourquoi ils ne pouvaient plus gagner de guerres. » (P. 315)
  • « …les slogans étaient des costumes vides posés sur le cadavre d’une idée. » (P. 469)

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