« L’histoire de Ponciá » – Conceicao Evaristo

L'histoire de PonciaPonciá Vicêncio est une descendante d’esclave noirs. Son acte de naissance mentionne qu’elle est brune de peau. Elle vit seule dans une pauvre masure. La vie n’a pas été facile pour elle. Marié à une homme silencieux et sale, elle aurait eu eu sept enfants, si elle n’avait pas fait des fausses couches répétitives. Elle a quitté sa mère et son frère et décidé d’aller vers la ville tenter d’y trouver un travail, un avenir.
Comme son grand-père, comme sa mère, elle aime travailler l’argile de la rivière, en faire sortir des formes, des statues..Parmi celles-ci celle de son grand-père, esclave,  lui tient particulièrement à cœur…Ses quatre enfants, bien que libres, avaient été vendus par le maître Blanc. Dans son désespoir il avait tué sa femme, la mère de ses enfants avec une faux et s’était tranché la main…Un désespoir, une tristesse cette « saudade » qui habite depuis des générations ces esclaves noirs et leurs descendants. Cette souffrance, cette « saudade ne s’explique pas, elle se vit ». Mêlant nostalgie, manque, mélancolie, elle se transmet de génération en génération. 

Alors « brusquement, sur un coup de tête », Ponciá a quitté cette campagne sans avenir et vit dans une de ces favela décrites par Conceicao Evaristo  dans « Banzo, mémoires de la favela »
Son frère Luandi et sa mère quitteront aussi leur masure pour tenter de trouver un avenir en ville..Et chacun tentera de retrouver les deux autres dans cette ville qu’ils ne connaissent pas….
« L’histoire de Ponciá » est l’histoire de ces trois quêtes des autres, de ces trois recherches, de ces trois nostalgies, de ces trois êtres généreux, comme ces esclaves l’étaient, comme ces noirs le sont encore…trois personnages qui tentent de retrouver un petit bonheur, celui d’être ensemble.
On perçoit dans l’écriture toute en poésie et en retenue de Conceicao Evaristo, toute la tristesse, toute la détresse de la femme, de la romancière qui n’accepte pas et qui témoigne de cette douleur, de cette blessure faite au peuple noir brésilien….afin qu’aucun brésilien, quelle que soit sa couleur de peau, n’oublie ce passé. Un passé qui doit dorénavant faire partie de la culture de chaque citoyen. 
« La canne à sucre, le café, les récoltes, le bétail, les terres, tout avait un propriétaire – le Blanc. Aux Noirs restaient la misère, la faim, la souffrance, la révolte suicidaire. » 
C’est pour cela que ce texte fait partie du programme du baccalauréat brésilien.
Paula Anacaona a crée et gère les Editions Anacaona qui ont pour objet de promouvoir des auteurs et des textes brésiliens  trop méconnus en France. Elle m’a permis de découvrir Conceicao Evaristo. Je l’en remercie vivement.
C’est bien dommage que cette culture, que cet immense pays soit trop méconnus… ne vous privez pas de cette découverte


Quelques lignes
  • « Ponciá avait tissé une toile de rêves dont elle voyait aujourd’hui les fils se défaire peu à peu. Tout devenait un abîme, un grand vide. » (P. 30)
  • « À la campagne, un autre savoir était nécessaire. Il fallait connaître les phases de la lune, les saisons des semis et des récoltes, des pluies et des sécheresses. Les tisanes contre la mal de peau, d’estomac, d’intestin. Les décoctions pour soulager les mystères de la femme.Les rebouteries pour traiter les dermatoses, les foulures, les fractures ou les mauvais sorts lancés aux enfants. Le savoir utile à la campagne différait en tout du savoir nécessaire en ville. Autant laisser la petite apprendre à lire. Sa destinée serait peut-être autre. » (P. 31)
  • « Brusquement, sur un coup de tête, Ponciá Vicêncio avait décidé de quitter le village où elle était née. Elle était lasse de cette vie. Lasse de travailler la terre glaise avec sa mère, d’aller et venir sur les terres du Blanc, de revenir les mains vides. Laisse de voir la majeure partie de la récolte des Noirs, cultivée par les femmes et les enfants sur leurs terres pendant que leurs hommes s’échinaient sur celles du maître, remise au coronels. Lasse enfin de cette lutte folle et sans gloire à laquelle ils se livraient, pour se lever chaque jour plus pauvres tandis que d’autres s’enrichissaient en permanence. » (P.37)
  • « Même quand ils s’étaient connus, même quand ils se souriaient et s’aimaient encore, Ponciá n’avait jamais réussi à lui ouvrir autre chose que son corps-jambes. Elle essayait parfois, mais en vain – l’homme, taciturne restait muré dans son silence. » (P. 47)
  • « La guérisseuse lui avait dit qu’elle n’échapperait pas à l’héritage de grand-père Vicêncio. Il s’imposerait à elle où qu’elle soit, dans le temps et l’espace. Ponciá entendait cela depuis qu’elle était toute jeune? Quel était donc cet héritage? » (P. 63)
  • « Ce Blanc qui était maître de tout, depuis le temps d’avant et plus loin encore. » (P. 64)
  • « Elle était revenue pour chercher les siens. S’ils avaient été là et n’avaient pas voulu partir, elle serait surement restée. Mais elle n’avait trouvé personne. Elle les avait senti pendant la nuit mais elle avait besoin d’eux la journée tout le temps. Elle devait donc poursuivre son voyage et découvrir où ils avaient élu domicile. Elle devait rencontrer les vivants et les morts quelque part. Seule, elle était vide. »(P. 66)
  • « Il se souvint des conversations avec son père. Il disait que les femmes étaient des étoiles. Leur beauté illuminait la nuit que les hommes enfouissaient dans leur cœur. Elles habitaient sur d’autres terres, avaient d’autres façons d’être, d’autres rêves. » (P. 91)
  • « Il avait faim et n’avait rien à manger. Il avait bien un peu d’argent mais sur les terres des Noirs la nourriture ne se vendait pas. Celui qui avait faim n’avait qu’à pousser la porte et demander à manger. On partageait le pain sans rien accepter en échange. Le plaisir à offrir, à partager le repas était sincère. On pouvait aussi dormir n’importe où. Le gîte était offert à tout voyageur -tant que celui-ci ne se formalisait pas de la pauvreté de son hôte. » (P. 94)

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