« Et vive l’Aspidistra ! » – George Orwell

Et vive l'aspidistraLe nom de George Orwell est souvent associé à deux dénonciations, à deux textes  « 1984 » d’une part et « La Ferme des Animaux » dans lesquelles il dénonce les régimes policiers et totalitaires. Le hasard des ballades sur Internet, m’a permis de connaitre d’autres textes moins connus, dont « Et Vive l’Aspidstra », non réédité et devenu indisponible en livre neuf. En occasion il atteint plus de 3 fois le prix mentionné en neuf….normal me direz-vous : « Et vive l’Aspidistra » a pour thème l’Argent, l’argent qui mène nos sociétés et dont on ne peut se passer. L’Argent nécessaire à la vie de chacun de nous. 

La famille de Gordon était autrefois aisée; mais les partages dus au nombre d’oncles et de tantes, ont laissé assez peu d’agent à ses parents. Malgré tout ils ont tout fait afin que Gordon puisse suivre des études. Il était celui qui allait remettre la famille sur les rails de l’argent. Julia sa sœur a été sacrifiée et a du trouver un emploi de serveuse dans un salon de thé. 
Gordon a des capacités indéniables, il est apprécié de ses supérieurs dans l’entreprise La nouvelle Albion, qui conçoit des « réclames », des slogans publicitaires, un mot qu’on n’employait pas à l’époque. Il savait trouver les mots justes, accrocheurs pour les affiches de sirop pour la toux, etc. Ces réclames destinées à faire vendre, à gagner de l’argent le dégoutent. Il souhaite « déclarer la guerre au dieu Argent et à tous ses pourceaux de prêtres »,  alors il quittera cet emploi bien payé afin de se  consacrer à la poésie. Mais son recueil « Souris », pour lequel Le Times écrira : « des promesses exceptionnelles », ne s’est vendu qu’à 153 exemplaires. Il n’intéresse personne, même soldé à 1 shilling, au lieu des 3 shilling six pence, prix initial. Alors, il travaille dans une librairie tristounette qui est aussi une bibliothèque privée. Il vit dans une chambre minable, et a même mis son pardessus au clou ..
Son ami, Philippe Ravelston, par ailleurs éditeur de ses textes, a beaucoup d’argent, c’est lui qui paye les repas de restaurant  et qui aussi lui prête des sommes dont il ne reverra sans doute jamais la couleur…Il est socialiste. Socialiste et riche. Un socialisme qu’Orwell égratigne : « Tout garçon de seize ans intelligent est socialiste. A cet âge-là on ne voit pas dépasser l’hameçon de l’appât assez pâteux. » Le capitalisme, comme le socialisme sont montrés du doigt. Nombreuses sont les phrases qui conservent toute leur actualité et leur pertinence
Avoir de l’argent devient une obsession pour Gordon, mais il refuse d’en gagner, il refuse de rentrer dans ce système où l’argent détruit tout. Ce manque d’argent lui interdit de recherche un meilleur travail, d’être créatif et de finir son poème « Plaisirs de Londres » de 2000 vers, « c’était le manque d’argent, uniquement le manque d’argent qui le dépouillait du pouvoir d’« écrire » ». Amoureux de Rosemary, il aimerait faire l’amour avec elle, mais il lui dit : « je t’assure que je ne peux pas faire l’amour avec toi quand je n’ai que huit pence en poche. Du moins, quand tu sais que je n’ai que huit pence. »
Et dès qu’il reçoit une somme importante qu’il n’espérait pas, c’est pour immédiatement tout dépenser en repas luxueux avec Rosemary et  Ravelston, pour se saouler d’alcools forts, au point d’être arrêté par la police et de descendre encore plus bas. 
Argent des riches, argent des pauvres, dieu Argent, quête de l’argent…Orwell dénonce ce culte de l’argent, cette quête perpétuelle de chacun, ce besoin d’en avoir toujours plus pour certains, et de pouvoir simplement vivre pour d’autres. 
Argent et Aspiditra mises au même plan par Orwell. Les deux piliers de la société anglaise. L’Aspidistra: cette plante de belle-mère, qu’on retrouvera souvent dans les descriptions d’Orwell, dans toutes les chambres louées, dans tous les appartements, riches ou pauvres, Aspidistra, que tout couple nouvellement marié s’empresse d’acquérir. 
Mais peut-on refuser, une vie entière, toute relation avec l’argent ? 

Un peu longuet quelques fois, mais un grand Orwell. C’est bien dommage que ce livre ne soit pas disponible et ne soit pas réédité. En effet Orwell développe dans chacun de ses livres ses idées, chacune délivrant un message nouveau. Chaque livre nous permet de mieux comprendre sa perception du monde. Son humanisme


Qui est George Orwell


Quelques extraits qui m’ont touché
  • « Que d’argent un tel raffinement implique ! Car, en définitive, qu’y a-t-il là derrière, sinon de l’argent ? De l’argent pour le genre approprié d’instruction, de l’argent pour les amis influents, de l’argent pour des loisirs et la paix de l’esprit, de l’argent pour des voyages en Italie. L’argent écrit les livres, l’argent les vend. Ne me donnez pas la vertu, ô Seigneur, donnez-moi de l’argent, seulement de l’argent.Que d’argent un tel raffinement implique. » (P. 18)
  • « L’argent, une fois de plus ; tout est une question d’argent. Tous les rapports humains doivent être acquis avec de l’argent. Si vous n’avez pas d’argent, les hommes ne se soucieront pas de vous, les femmes ne vous aimeront pas ; du moins, veux-je dire, de façon qui importe un tant soit peu. Et comme ils ont raison, somme toute ! Car, sans argent, vous êtes peu digne d’être aimé. Quand je parlerais les langues des hommes et des anges. Mais d’ailleurs, si je n’ai pas d’argent, je ne les parle pas, les langues des hommes et des anges. » (P. 25)
  • « …l’aspidistra dans son pot vert pré. C’était un spécimen particulièrement minable. Il n’avait que sept feuilles et jamais ne paraissait devoir en pousser de nouvelles. Gordon menait une sorte de guerre secrète contre l’aspidistra. Plus d’une fois il avait tenté en cachette de le tuer – le privant d’eau, broyant des bouts de cigarettes ardents contre sa tige, allant même jusqu’à mélanger du sel à sa terre. Mais ces sales machins sont quasiment immortels. Dans presque toutes les conditions, ils sont capables de se maintenir en vie, malades, flétris. Gordon se leva et délibérément essuya ses doigts mouillés de pétrole sur les feuilles de l’aspidistra. » (P. 44)
  • « Un enfant, conscient de sa pauvreté, sera au martyre, en snob, à un point qu’un adulte ne peut guère imaginer. A cette époque, surtout à l’école préparatoire, la vie de Gordon avait été une longue suite d’efforts tournés vers un seul but : tenir bon et tâcher de faire croire que ses parents étaient plus riches qu’ils ne l’étaient. » (P. 62)
  • « — Mais qu’est-ce que le socialisme signifierait donc, selon toi ?
    — Oh ! Quelque chose dans le genre du Meilleur des mondes d’Aldous Huxley ; seulement pas si amusant. Quatre heures par jour dans une usine modèle, à serrer à bloc l’écrou n° 6003. Rations distribuées, dans du papier imperméable à la graisse, à la cuisine communale. Excursions à pied en commun de la maison de Marx à la maison de Lénine et retour. Cliniques d’avortement gratuites dans tous les coins. Tout ça c’est très bien dans son genre, bien sûr. Seulement nous n’en voulons pas. » » (P. 126)
  • « Les riches sont élégants jusque dans leurs vices. Mais si on n’a pas d’argent, on ne sait même pas le dépenser de la bonne façon quand on vient à en avoir. On ne sait que le gaspiller follement en faisant de l’esbroufe, comme le marin dans un bordel, la première fois qu’il va à terre. » (P. 257)

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