« La disparition de Josef Mengele » – Olivier Guez

La disparition de Josef MengelePendant quatre ans presque, de 1945 à 1949, Joseph Mengele s’est caché en Allemagne et en Europe. Il vivait là sous le nez des nouvelles autorités de la RFA, et des américains. Puis il réussit à partir vers des cieux moins dangereux pour lui, vers l’Argentine, après être passé par la Suisse, suivant en cela le chemin d’exil de nombreux autres criminels nazis.
Perón et son régime accueillaient à bras ouverts tous ces criminels de guerre nazis…Combien comme Mengele purent y couler des jours heureux sous de fausses identités?
Mengele était sans doute l’un des pires bourreaux nazis.

Il était celui qui sélectionnait, sur la rampe d’arrivée des trains arrivant à Auschwitz, de l’Europe entière, les Juifs qui devaient mourir immédiatement, et ceux qui pouvaient encore attendre quelques semaines, quelques mois, avant de mourir dans les souffrances de la faim et du froid
Médecin, il sélectionnait surtout ceux qui pourraient faire l’objet de ses  expériences qu’il qualifiait de scientifiques… Les bossus, les handicapés de naissance, les jumeaux représentaient un intérêt tout particulier à ses yeux… Il voulait comprendre. Alors toutes les expériences les plus horribles lui étaient permises, aussi bien en faisant longtemps souffrir ces gamins ou leurs mères, qu’en faisant bouillir des cadavres afin d’analyser leurs squelettes … « Docteur Mengele est un nom magique…, la personne que tout le monde craint le plus dans le camp. Rien qu’à l’entendre, tout le monde tremble. » Toute l’horreur du nazisme concentrée en un seul homme.Mengele1
Olivier Guez, raconte ces horreurs pour mieux nous faire comprendre l’ignominie, de Mengele, de ce salaud…les mots manquent pour le décrire.
Mais surtout pour nous démontrer qu’il a bénéficié de nombreux concours de circonstances d’une part, et surtout , d’autre part, d’un certain laxisme des autorités américaines et des fonctionnaires allemands de la RFA, qui lui délivrèrent les documents administratifs nécessaires pour quitter le pays sous son identité. Hasards ou complicités?
L’argent de sa famille, fabricant reconnu de machines agricoles lui a permis de vivre des jours presque heureux en Amérique du Sud…Presque, car il fut quand même contraint de se cacher, de changer d’identité, de passer d’un pays à l’autre.
Il vivait dans la crainte du Mossad qui avait réussi à capturer Eichman, qui, lui, fut exécuté.
Olivier Guez dépeint à la fois la relative facilité avec laquelle ce salaud réussit à quitter l’Allemagne et à vivre en Amérique du Sud, dans différents pays, sous de fausses identités, pendant longtemps grâce à l’argent familial, mais aussi les tourments de cet homme de plus en plus seul, de plus en plus lâché par les siens, par sa famille, contraint sur ses vieux jours de vivre caché, sans argent, craignant en permanence d’être reconnu par un survivant.
Mengele2.jpgUn homme qui se considérait même comme une victime : il n’avait fait que son devoir. Jamais il ne douta de l’intérêt et du bien fondé de ses « recherches ». Combien comme lui n’eurent pas à s’expliquer devant la justice des hommes !
Mengele : un nom de sinistre mémoire que même sa famille dut abandonner  pour l’entreprise. Une entreprise qu’ils durent vendre.
230 pages de rappels d’Histoire et de parties romancées, et surtout d’indignations diverses qui bousculent le lecteur. Une Histoire dérangeante par bien des aspects. Même si elle est peut-être en partie romancée

Indispensable pour ne jamais oublier


Qui est Olivier Guez

Juste un passage
  • Mengele a un geste d’irritation, on l’interrompt rarement. « Mon devoir, lui dit-il droit dans les yeux, mon devoir de soldat de la science allemande : protéger la communauté organique biologique, purifier le sang, le débarrasser de ses corps étrangers. » Il devait classer, trier et éliminer les inaptes qui arrivaient par milliers tous les jours au camp. « J’ai essayé de désigner le plus grand nombre de travailleurs afin d’épargner un maximum de vies. Les jumeaux avec qui j’ai fait progresser la science me doivent aussi la vie », ose-t-il. Rolf le regarde de travers. Mengele essaie d’expliquer son principe de sélection : dans un hôpital militaire, tous les blessés ne sont pas opérables. Certains doivent mourir, c’est la guerre, ainsi sont régies les lois de la vie, seuls les plus forts subsistent. À l’arrivée des convois, il y avait tant et plus de morts vivants. Qu’en faire ? Auschwitz n’était pas un asile mais un camp de travail, dit Mengele : mieux valait leur épargner d’énièmes souffrances en les éliminant immédiatement. « Crois-moi, ce n’était pas facile tous les jours. Tu comprends ? » Non, Rolf ne comprend pas, absolument pas, mais il ne contredit pas son père. S’il le laisse parler, Mengele va peut-être enfin lâcher un aveu, un regret. « J’ai obéi aux ordres parce que j’aimais l’Allemagne et que telle était la politique de son Führer. De notre Führer : légalement et moralement, je devais remplir ma mission. Je n’avais pas le choix. Je n’ai pas inventé Auschwitz ni les chambres à gaz et les fours crématoires. Je n’étais qu’un rouage parmi d’autres. Si certains excès ont été commis, moi, je n’en suis pas responsable, je… » Rolf se lève et tourne le dos à son père, il n’écoute plus. Il se masse le crâne en regardant par la fenêtre des gamins jouer au ballon.. » (P. 205)

Une réflexion sur “« La disparition de Josef Mengele » – Olivier Guez

  1. En effet, témoignage nécessaire pour pallier la mémoire défaillante des hommes – comme le rappelle bien Olivier Guez à la fin de son livre. Mengele est un nom qu’on n’enseigne pas à l’école française et pourtant on devrait !

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