« La mort du Roi Tsongor » – Laurent Gaudé

la mort du roi tsongorLe jour se lève sur le royaume de Massaba. Aujourd’hui sera jour de fête, le roi Tsongor doit marier sa fille Samilia avec Kouame, roi des Terres du Ciel. La fête sera somptueuse, les cadeaux arrivent de toute  part et s’amoncellent. La princesse, heureuse, va faire connaissance avec son futur mari Kouame accompagné de sa garde personnelle. Cette journée exceptionnelle devrait se dérouler à merveille, mais…
Mais, Sango Kerim, compagnon de jeu des enfants du roi et de la princesse arrive lui aussi, avec son armée et rappelle au roi que Samilia s’était promise à lui dans son enfance.
Elle lui revient donc..

Katabolonga décidera aussi que ce jour sera le jour où il tuera le roi. C’est une promesse faite il y a bien longtemps quand le roi l’avait pris à son service pour porter le tabouret d’or. Katabolonga était le dernier survivant de la tribu des Rampants exterminée par le roi conquérant. Tous deux étaient pourtant devenus très proches et amis. Le roi savait que tôt ou tard Katabolonga tiendrait sa promesse, et s’était engagé à ne rien tenter pour l’en empêcher.
Le jour de fête tant attendu va se transformer en déclaration de guerre entre les armées de Kouame, de Sango Kerim, et celle du roi. Seul Souba, fils de Tsongor, ne prendra pas part aux combats. Sur son lit de mort, son père lui a en effet demandé de construire sept beaux tombeaux et de déposer son corps embaumé dans l’un d’eux. Il sera le seul à décider et à savoir où le roi sera enterré. Ainsi, dans chaque coin de l’immense royaume, les sujets royaux auront la possibilité de se recueillir devant un tombeau. Souba s’éloigne des combats et part seul sur une mule.
Premières pages d’un roman foisonnant….
Les enfants du roi se déchireront, chacun ayant choisi son camp, quant à Samilia…
Six chapitres intenses de combats, de sièges de villes, de destruction, bataille après bataille. Les armées, toutes plus terrifiantes les unes que les autres, s’épuisent. Pas de canon, pas de poudre. Les crânes éclatent sous les massues, les têtes roulent, les poitrines sont transpercées par les épées, le flèches, les lances…Gaudé sait peindre avec une rare intensité cette fureur, cette férocité, ce sang, ce bruit, ces cris, ces combats…ces retournements de situation, ces chefs de guerre orgueilleux, ces armées qui au fil des pages s’épuisent, sans que l’une n’arrive à prendre le dessus sur l’autre.
Roman mais aussi conte poétique..
Sur son lit de mort, de temps en temps, Tsongor parlera à son serviteur et ami Katabolonga.
« La mort du Roi Tsongor » est un roman foisonnant, un roman sans date ni lieu. Un roman sur l’amitié, l’engagement et la fidélité aux promesses, la trahison…. 
Chacun reste campé sur ses positions, sur ses principes, sur ses engagements. Et parce qu’il est sans date ni lieu, il nous renvoie à des passions, à des combats idéologiques ou territoriaux actuels qui peuvent se prolonger par la guerre, une guerre sans vainqueur ni vaincu.
La nature humaine est ainsi faite : d’abord montrer ses muscles en toute situation…et s’en servir.
Editions Babel – 2016 – Première parution 2002 – 205 pages

Qui est Laurent Gaudé


Quelques lignes

  • « Tout l’empire ne tarderait pas à pleurer. La nouvelle maintenant allait le devancer. S’étendre. Croître sans cesse. Et on entendrait bientôt la vaste complainte de tout un continent. Il souriait. Le voile noir claquait à ses oreilles. Les pleureuses gémissaient. Il fallait que son père soit pleuré. Et il l’était. D’un bout à l’autre du royaume. Qu’on laisse passer le messager. De son pas lent et régulier. D’un bout à l’autre du royaume. Qu’on le laisse passer et que l’on partage sa peine. » (P. 83)
  • « Lorsque le combat cessa et que les deux armées remontèrent dans les collines, défaites, épuisées, trempées de sang et de sueur, on eût dit qu’elles avaient accouché, dans la plaine, d’une troisième armée. Une armée immobile. Allongée face contre terre. L’armée des morts qui était née après dix heures de contractions sanglantes. L’armée de tous ceux qui resteraient à jamais dans la poussière de la plaine, au pied de Massaba. » (P. 85)
  • « Je suis né deux heures avant toi. Cela suffit pour que je sois roi. » (P. 93)

 

 

 

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