« Avec mon meilleur souvenir » – Françoise Sagan

Avec mon meilleur souvenirL‘image de Françoise Sagan, image bobo, bohème, drogue, alcool, jeu, images véhiculées par les médias …images superficielles ne m’incitait pas trop à mieux la connaître. J’avoue humblement et avec honte que je n’avais lu aucun de ses titres. 
Par hasard, j’ai découvert « Avec mon meilleur souvenir ».
140 pages pour une dizaine de textes ou de portraits de personnages connus de la littérature ou du spectacle croisés par Françoise Sagan

Un livre qui est nullement une biographie. Non seulement – et c’est beaucoup ! – un livre de coups de cœur pour des personnes célèbres rencontrées, de passions irrépressibles et intemporelles lui apportant le bonheur, de passion, voire d’addiction pour la vitesse, le jeu, la lecture, le théâtre…des images un peu bohème parfois, collant à la personnalité de Françoise Sagan, images d’une période révolue, rouler à 160 km/h, stationner en bord de plage à Saint-Tropez…les plus âgés, comme moi retrouveront des images, des sensations, des personnages qui ont fait notre jeunesse.
Un petit coté superficiel, « Paris-Mach » parfois quand elle nous parle du festival de Cannes, de Juliette Greco, du Saint-Tropez qu’elle a connu, et dont elle a contribué à assurer la perte, mais de ça, elle n’en parle pas…
Elle évoque quelques bon moments, quelques belles rencontres, mais occulte en partie cet accident qui faillit lui coûter la vie, la rendit dépendante de la drogue, de l’alcool, de la cigarette, toutes ces images qui viennent malheureusement à l’esprit quand on évoque son nom
Si ce livre parle aux plus anciens et rallume leur nostalgie pour ces personnes et cette époque disparues, je ne suis pas certain qu’il passionne les plus jeunes en quête de nouveauté…Sauf s’ils veulent découvrir un peu plus la vie de leurs parents, les années 60, 70 et cette auteure.  
Par contre certains textes raviront tous ceux qui aiment les livres et la lecture
Pour ma part, je vais tenter de rattraper mon retard de lecteur, et je reparlerai sans doute de Françoise Sagan
Éditeur : Gallimard – 2014 – Première parution : 1984 – 150 pages


Quelques lignes
  • « Le nombre d’amis anonymes et complices que l’on peut se faire en vingt-cinq ans de jeu dépasse l’imagination. On rencontre le même visage tous les soirs, toutes les nuits, pendant trois mois, puis, parfois, l’année suivante, puis parfois pendant trois ans. On ne se parle pas, on se dit juste « bonjour », on se sourit avec approbation ou regret suivant la trajectoire de l’autre, on partage sa chance ou sa malchance, on est unis par des liens plus solides que ne les auraient créés les plus intimes de toutes les confidences. Il y a quelques amis ainsi qu’on ne perd pas (comme il y en a dont on apprend la mort par hasard, par un valet de pied, et cela vous cause comme un chagrin absurde, plus profond qu’on ne l’imaginait). Il y a aussi les joueurs qui jouent trop vite, que l’on voit clinquants au début du mois d’août dans des voitures rutilantes, dont on voit la mine un peu plus creusée chaque jour au Bar du Soleil, et dont on apprend la fuite éperdue au bout de quinze jours. « Adieu, veaux, vaches, cochons, couvées… » Adieu l’aube sous la coupole, adieu la mer blanche et la plage vide, adieu le galop des premiers chevaux caracolant dans une lumière que l’on fuit, les yeux piqués par la nicotine. » (P. 32)
  • « Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les tempo de la vitesse ne sont pas ceux de la musique. Dans une symphonie, ce n’est pas l’allégro, le vivace ou le furioso qui correspond au deux cents à l’heure, mais l’andante, mouvement lent, majestueux, sorte de plage où l’on parvient au-dessus d’une certaine vitesse, et où la voiture ne se débat plus, n’accélère plus et où, tout au contraire, elle se laisse aller, en même temps que le corps, à une sorte de vertige éveillé, attentif, et que l’on a coutume de nommer « grisant ». Cela se passe la nuit sur une route perdue, et parfois le jour dans des régions désertes. Cela se passe à des moments où les expressions « interdiction », « port obligatoire », « assurances sociales », « hôpital », « mort », ne veulent plus rien dire, annulées par un mot simple, utilisé par les hommes à toutes les époques, à propos d’un bolide argenté ou d’un cheval alezan : le mot « vitesse ». Cette vitesse où quelque chose en soi dépasse quelque chose d’extérieur à soi, cet instant où les violences incontrôlées s’échappent d’un engin ou d’un animal redevenu sauvage et que l’intelligence et la sensibilité, l’adresse – la sensualité aussi – contrôlent à peine, insuffisamment en tout cas pour ne pas en faire un plaisir, insuffisamment pour ne pas lui laisser la possibilité d’être un plaisir mortel. Odieuse époque que la nôtre, celle où le risque, l’imprévu, l’irraisonnable sont perpétuellement rejetés, confrontés à des chiffres, des déficits ou des calculs ; époque misérable où l’on interdit aux gens de se tuer non pour la valeur incalculable de leur âme mais pour le prix d’ores et déjà calculé de leur carcasse. » (P. 64)

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