« Trudi la naine » – Ursula Hegi

Trudi la naineDans l’Allemagne de la Première Guerre mondiale naquit Trudi, une gamine pétillante de joie, observatrice.
Ses parents sont connus et appréciés, ils tiennent une bibliothèque privée dans la ville de Burgdorf près de Düsseldorf. Une ville sur le Rhin.
Elle aurait tout pour être heureuse, mais très tôt elle se rend compte qu’elle est différente des autres gamins de son âge, elle est naine. Si différente que sa mère en deviendra folle et en mourra, différente car elle doit subir les brimades et moqueries de ses camarades…différente au point de ne pas avoir d’amis de son âge. Alors pour grandir, Trudi se pend par les bras. En vain, ses jambes resteront tordues, sa démarche de canard fera toujours rire certains gamins. Heureusement, son père l’adore, sacrifie sa vie et ignore les œillades de certaines habitantes de la ville. En se consacrant entièrement à elle il lui permettra de trouver sa place dans la vie, dans la ville.

Naine, parce que la nature l’a voulu ainsi, mais pas idiote, loin de là. Elle a toute sa tête, une tête un peu déformée par le handicap qui n’attire pas les garçons de son âge, mais une tête éveillée et observatrice de la vie de la petite ville, observatrice des comportements de chacun, observatrice des lentes mutations de sa ville depuis 1915 jusqu’en 1952… et sensible aux élans du cœur des uns, aux turpitudes des autres et à la passivité du plus grand nombre.
Chaque jour elle renseigne les visiteurs venant emprunter un ouvrage, les aide dans leurs choix. Ils sont nombreux.
Année après année, chapitre après chapitre, elle reçoit leurs confidences, écoute les critiques de la situation de la petite ville et du pays, analyse la lente évolution de chacun confronté aux mutations politiques, observe et s’indigne parfois de leurs engagements, face à la crise économique, à l’occupation consécutive à la défaite de 1918, à la montée du nazisme et à l’antisémitisme, jusqu’à l’arrivée des soldats américains en 1945.
Avec son père ils vivent les peurs, les horreurs des déportations, avec dégoût ils assistent à la haine et à la lâcheté de certains, assistent, impuissants aux dénonciations, et malgré les risques encourus font leur possible pour aider des amis menacés car Juifs.
Trudi, handicapée et difforme n’est pas attirante pour les hommes. Jeune femme, elle aimerait cependant trouver l’amour.
Un amour impossible…sauf si elle force le destin. 
Je ne connaissais pas cette auteure.
Bernard, un ami de mon âge a réparti ses rares richesses, sur son lit de mort, à quelques amis. Il aimait cette Allemagne, il en parlait couramment la langue. Il a souhaité me transmettre ce livre et un autre dont je parlerai plus tard. 
Merci Bernard.
Merci, car au travers de ce roman aux multiples personnages, tu m’as permis de mieux connaître l’histoire de ce pays voisin et désormais ami. L’histoire d’un village, des compromissions ou engagements de ses habitants face à la grande Histoire, leurs peurs, leurs espoirs, leurs élans.
Tu m’as offert un livre chargé d’émotions, d’indignations, de sentiments divers allant de l’amour à la haine.
Tu m’as transmis un regard sur le handicap, handicap du corps, mais pas handicap du cœur de Trudi. Bref tu m’as offert un bon moment de lecture et d’histoire.
Je t’embrasse.
On en reparlera quand je te rejoindrai.
On aura tout le temps devant nous.
Livre de poche – 2010 – Traduction :  Clément Baude – Première parution : 1994 – 730 pages

 Qui est Ursula Hegi


Quelques lignes
  • « Les adultes répétaient sans cesse qu’il fallait être honnête, mais cela signifiait uniquement dire des choses gentilles sur eux et méchantes sur soi. Faire le contraire, c’était soit être grossier, soit fanfaronner. Trudi avait hâte d’être une adulte parce que les adultes avaient toujours raison – sauf ceux d’entre eux qui étaient domestiques, ou cuisiniers, ou femmes de chambre : ils devaient obéir comme des enfants. » (1919-1920- P. 84)
  • « Pour renforcer la famille et encourager la natalité, le gouvernement accordait des prêts sans intérêts à hauteur de mille marks, soit ce que rapportait la bibliothèque en cinq mois. Pour chaque enfant donné à l’Allemagne, le remboursement était amputé d’un quart: au bout du quatrième enfant, cela devenait un don. Mais il y avait une récompense plus grande encore : l’honneur » (1934 – P. 297)
  • « C’est étonnant de voir […] comment les gens peuvent s’habituer aux choses et continuer d’appeler cela « la vie »: nous avons perdu la plupart de nos biens, nous avons été entassés dans des pièces étriquées, nous n’avons plus le droit de quitter la ville, d’utiliser les transports publics à moins de travailler à sept kilomètres ou plus de notre maison, de posséder des appareils photo ni des jumelles ni des instruments électriques, nous avons dû donner nos radios et nos bijoux, nous sommes interdits de sortie entre huit heures du soir et six heures du matin, on nous a giflés, frappés et humiliés, nos familles nous ont été arrachées…Et pourtant, nous continuons de vivre. » (1942 – P. 469)
  • « Tout le monde se bousculait pour obtenir des lettres de recommandation de ceux qui n’avaient jamais adhéré au parti et avaient résisté aux nazis, deux attitudes qui à l’époque, pourtant, étaient passées aux yeux de tous pour de la pure folie. Mais désormais il était bon de connaître un de ceux-là et encore mieux s’il vous devait quelque chose. » (1945-46 – P. 639)

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