« La condition humaine » – André Malraux

La Condition humaineAdo, j’avais eu beaucoup de peine à entrer dans ce livre, et très vite, je l’avais laissé de coté, le style, me semblait lourd, l’action me paraissait confuse…Puis récemment, au hasard d’un vide grenier, j’ai retenté l’expérience. 
Cet ouvrage fut couronné par le Prix Goncourt en 1933, il y a plus de quatre-vingt ans…rares sans doute sont ceux et celles qui s’en souviennent….
Impossible également de trouver un lecteur qui se souvient des événements dont Malraux nous parle….ils remontent à 1927…. et pourtant ce livre conserve une grand intérêt et par bien des points une singulière actualité.

Malraux écrivain aventurier, connait l’Orient qui sans doute l’a fasciné. Il eut des démêlés avec la justice après ses aventures Kmères. C’était un homme d’engagement, un homme de convictions qui épousa les idées communistes lors de la guerre d’Espagne et évolua beaucoup par la suite. Les soixante-huitards s’en souviendront sans doute. 
Un grand intérêt historique tout d’abord : premiers soubresauts de la révolution chinoise, premiers attentats, premiers coups de feu, premiers crimes, premiers communistes, premiers terroristes ….premières répressions. Malraux qui par ailleurs connaît bien l’Orient est précis et pointilleux dans la mise en scène de son livre, trop sans doute car il m’a dérouté un peu m’a parfois perdu dans des détails. 
Malraux met en scène 6 personnages principaux, chacun incarnant par ses pensées et par ses actes, une attitude face à la vie et la mort. Ils sont en quelque sorte le reflet de personnages ou de types de personnalités qui ont fait l’Histoire,
  • Kyo est le héros engagé le meneur, prêt à donner sa vie pour ses idées, 
  • Tchen, son compagnon de combat, est un homme d’action, tenté par le sacrifice de soi, par le terrorisme, il préfigure les kamikazes ou les terroristes fanatiques,
  • Katow quant à lui est le héros généreux et humble. 
A coté d’eux, deux personnages moins charismatiques mais tout aussi importants, 
  • Ferral, tout d’abord, il représente le colon, le monde de la finance, et des affaires. Il dirige un groupe d’entreprises prêtes à tout pour faire du fric, toujours plus de fric. Le fric et les femmes qu’il utilise pour son plaisir sans les aimer…Il veut dominer le monde des affaires – les siennes pas toujours nettes – et les femmes. Fric et érotisme le font avancer. Il rejette toute idée de révolution. 
Et puis il y Clappique, baron un tantinet bouffon, beau parleur, sans personnalité, qui ne fait rien pour sauver ses amis communistes 
et Gisors, père de Kyo, il est l’ancien auquel on se confie, bien qu’il cède facilement aux mirages de l’opium.
Malraux l’aventurier, qui par ailleurs connaît bien l’Orient, nous fait partager quelques jours de combat, d’incertitude, et e répression de mars et avril 1927 . Quelques scènes de combat, mais surtout une réflexion sur l’humiliation source d’engagement pour certains et de passivité pour d’autres, le don de soi, le sens de la vie, la dignité, la condition des femmes en Chine…parfois avec humour….J’ai bien aimé l’image du bouchon et de la bouteille utilisée pour nous parler des relations hommes-femmes…C’est Malraux le penseur, engagé dans ses combats politiques…il ne laisse pas indifférent.  Il nous engage à réfléchir sur les notions de combat en politique, l’éloignement des dirigeants politiques et du peuple, le terrorisme aveugle, l’idéal en politique…
Les plus anciens se souviennent de lui, de l’homme de culture, de l’homme politique controversé parfois, de son discours lors de l’entrée de Jean Moulin au Panthéon, Jean Moulin qu’il rejoindra plus tard.
Alors que penser de La Condition humaine….J’ai apprécié le coté historique du roman, certains des personnages, les idées que chacun d’eux représente…L’écriture qui révèle la grande culture de l’écrivain et son engagement pour ses idées, m’a paru un peu lourde et parfois difficile….Il est important me semble t-il de replacer le roman dans son contexte historique, de se documenter avant cette lecture sur la période, sur la Chine d’avant Mao…cette lecture en sera facilitée.

Je n’avais pas apprécié certains des engagements de Malraux, ministre de De Gaulle. J’avoue que la lecture de ce livre me réconcilie en partie avec l’homme et me donne envie d’en savoir plus sur l’écrivain

Editions Gallimard – Coll. FOLIO – Première parution 1933 – 2015 – 338 pages


Quelques lignes
  • « Lentement empli du long cri d’une sirène, le vent qui apportait la rumeur presque éteinte de la ville en état de siège et le sifflet des vedettes qui rejoignaient les bateaux de guerre, passa sur les ampoules misérables allumées au fond des impasses et des ruelles ; autour d’elles, des murs en décomposition sortaient de l’ombre déserte, révélés, avec toutes leurs taches par cette lumière que rien ne faisait vaciller et d’où semblait émaner une sordide éternité. Cachés par ces murs, un demi-million d’hommes : ceux des filatures, ceux qui travaillent seize heures par jour depuis l’enfance, le peuple de l’ulcère, de la scoliose, de la famine. Les verres qui protégeaient les ampoules se brouillèrent et, en quelques minutes, la grande pluie de Chine, furieuse, précipitée, prit possession de la ville. » (P. 23)
  • « Je quitte une gosse de dix-huit ans qui a essayé de se suicider avec une lame de rasoir de sûreté dans le palanquin du mariage. On la forçait à épouser une brute respectable… On l’a apportée avec sa robe rouge de mariée, toute pleine de sang. La mère derrière, une petite ombre rabougrie qui sanglotait, naturellement… Quand je lui ai dit que la gosse ne mourrait pas, elle m’a dit : « Pauvre petite ! Elle avait pourtant eu presque la chance de mourir… » La chance… Ça en dit plus long que nos discours sur l’état des femmes ici… » (P. 48)
  • « Il savait quelle gêne troublait ses camarades, malgré leur courage : lancer les bombes, même de la façon la plus dangereuse, c’était l’aventure ; la résolution de mourir, c’était autre chose ; le contraire, peut-être. » (P. 184)
  • « On peut tromper la vie longtemps, mais elle finit toujours par faire de nous ce pour quoi nous sommes faits. Tout vieillard est un aveu, allez, et si tant de vieillesses sont vides, c’est que tant d’hommes l’étaient et le cachaient. Mois cela même est sans importance. Il faudrait que les hommes pussent savoir qu’il n’y a pas de réel, qu’il est des mondes de contemplation — avec ou sans opium — où tout est vain… » (P. 333) 
  • « « Il faut neuf mois pour faire un homme, et un seul jour pour le tuer. » Nous l’avons su autant qu’on peut le savoir l’un et l’autre… May, écoutez : il ne faut pas neuf mois, il faut soixante ans pour faire un homme, soixante ans de sacrifices, de volonté, de… de tant de choses ! Et quand cet homme est fait, quand il n’y a plus en lui rien de l’enfance, ni de l’adolescence, quand, vraiment, il est un homme, il n’est plus bon qu’à mourir. » (337) 

Une réflexion sur “« La condition humaine » – André Malraux

  1. Je ne suis pas de sa génération et ne vois en lui que le voleur des temples d’Angkor sauvé par toute sa bande de potes parisiens . Il était alors ministre de la culture !
    Un scandale et une honte nationale savamment cachés au peuple.
    Et dire que la mediatheque de Narbonne porte son nom.

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