« Nous rêvions juste de liberté » – Henri Lœvenbruck

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Bohem, Freddy, deux copains inséparables, deux personnages principaux de ce roman porté aux nues par de très nombreux lecteurs…et pourtant j’avoue que je n’ai pas été complètement retourné par toutes les pages, certaines sans doute trop éloignée de mes rêves, de mes passions, de ma vie…et de mes soucis personnels au moment de cette lecture. Sans doute les raisons pour lesquelles je n’ai peut être pas pu l’apprécier comme d’autres lecteurs. 
J’avoue que les belles bagnoles, comme les belles motos ne me font pas rêver. Je préfère la contemplation de paysages et les relations avec ceux pour lesquels la vitesse est dépassée. 
Mon coté « vieux con » peut-être aux yeux de certains. J’assume ! 

Et pourtant ce roman ne m’a pas laissé indifférent, loin de là..Je n’ai pas pu le lâcher, et j’ai été sonné par les dernières pages, par les toutes dernières lignes…
Bohem est un ado en rupture avec sa famille, un gamin qui joue souvent des poings. Son géniteur est un gros con – je n’ai pas d’autre qualificatif. Un type qui n’est pas un père, au sens où je l’entends. Un type violent, sans amour, qui ne s’intéresse pas à lui et qui le laisse vivre dans une roulotte au fond du jardin, une roulotte récupérée après la mort du gitan Papy Galo…
La passion de Bohem va pour ses copains avec lesquels il découvre le monde de la moto. Sa moto sera Lipstick, un engin qu’il se fabriquera avec amour, une moto rouge, belle à faire rougir d’envie les autres gamin. Une moto qui lui ouvrira le monde, un monde de motards, de passionnés, un monde de ballades cheveux au vent, un monde de copains, un monde de codes d’honneur, un milieu de clans, de groupes dans lesquels il faut se faire accepter, poings en avant la plupart du temps ou après une longue période d’observation et de probation. 
Freddy est son pote d’enfance, toujours sur Rascal, sa bécane. C’est ensemble qu’ils ont construit leurs motos, ensemble qu’ils parcourent ces grandes étendues, qu’ils font le coup de poing, découvrent de nouveaux passionnés aussi fous qu’eux.
C’est ce monde inconnu qui s’est ouvert à moi. Un monde de passionnés dans lequel je n’aurais pu entrer….Un monde d’amitié qui passionne l’auteur, c’est indéniable…il en parle si bien. Quant à moi, j’ai peur sur une moto, peur de la vitesse. Je préfère la lenteur contemplative du marcheur. 
La première partie, Providence, m’avait séduit. Ces gamins ballottés, mal dans leur peau étaient attachants. Ils se cherchent, font souvent le coup de poing pour se faire respecter, font parfois de sales coups. On n’arrive pas, malgré tout, à les haïr, à les rejeter. D’autres pourtant le font. L’auteur, que je découvre, nous séduit page après page grâce à son écriture, il aime ses personnages….les pages de cette partie se tournent avec bonheur. 
Dans la deuxième partie ces longues ballades deviennent un peu lassantes (à mes yeux). Oh! pas du fait de l’écriture rassurez-vous. La troisième partie est une suite de coups de théâtre, de coups tordus qu’on pressent…la nature humaine a ses faiblesse….une petite voix vous dit de poursuivre. Alors poursuivez ! Vous ne le regretterez pas.
Vous serez séduit par le regard de l’auteur sur notre monde
La claque des dernières pages, des dernières lignes est inoubliable.
Alors même si vous avez peur sur une moto, laissez-vous décoiffer par ce texte.
Editions Flammarion – 2015 – 421 pages

Quelques mots sur Henri Lœvenbruck

Quelques lignes
  • « Les vieux bouquins, on a beau les essuyer ou les secouer comme on veut, on a toujours l’impression qu’il reste de la poussière dessus-dedans. Et plus ils sont anciens, plus ils ont cette heureuse odeur d’humidité moisie qui est comme une promesse d’aventures. » (P. 57)
  • « ….au final, voler, c’est voler, et c’est sans doute vrai par ailleurs, n’empêche que nous on a jamais volé un pauvre et que l’État peut pas en dire autant. » (P. 67)
  • « …on nageait dans la merde depuis le jour de notre naissance, et il n’y avait pas un seul enfoiré pour nous jeter une bouée de sauvetage, et c’était fatigant, à force, de faire semblant de croire encore à quelque chose. » (P. 73)
  • « Dans la vie, je crois qu’il vaut mieux montrer ses vrais défauts que ses fausses qualités. Vaut mieux surprendre que décevoir. » (P. 241)
  • « Il me suivait partout, du matin jusqu’au soir, et il parlait tout le temps, et entre chaque phrase il faisait une photo, ça arrêtait pas de cliquer autour de moi, et au bout d’un moment je m’en rendais même plus compte tellement il en faisait. Merde, Chris Talbot, il m’a photographié dans toutes les conditions possibles et imaginables, il m’a photographié à poil, en train de dormir, en train de me réveiller, en train de pisser, en train de baiser, en train de péter la gueule à pas mal de types, en train de me faire casser la gueule par quelques autres, en train de me retourner le cerveau, en train de rouler, de marcher, de réparer ma bécane, de réparer la sienne, en train de parler à d’autres motards, de parler à des vieux, en train de rien foutre assis sur un rocher, il m’a photographié dedans, dehors, la nuit, le jour, et le soir je m’endormais en l’entendant gratter sur le papier, écrire des pages et des pages comme une saloperie de maniaque, et je me demandais, bordel, comment on pouvait écrire autant de pages au sujet d’un type qui roulait à moto.. » (P. 366-7)

 

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