« Un fils obéissant » – Laurent Seksik

Un fils obéissantUn an après la mort de son père, Laurent Seksik se rend sur sa tombe à Tel-Aviv. Quels mots va-t-il prononcer devant ses amis réunis à l’occasion de cet anniversaire….?
A ce jour je n’ai lu de cet auteur que « Le cas Eduard Einstein », dans lequel il m’a permis de découvrir un aspect de la personnalité de ce savant, un Einstein bien peu paternel, bien peu soucieux de sa famille, bien peu humain. Et il m’avait passionné.
J’avais apprécié la force de son texte, et sa compétence pour faire découvrir toute la complexité d’un homme…
Aussi il me fut impossible de résister au plaisir de figurer, grâce à Babelio, parmi les premiers lecteurs de son dernier bébé…Et je ne le regrette pas. Un grand merci à Babelio.
Les thèmes et périodes de ce roman, mais est-ce un roman, sont nombreux et s’entremêlent avec bonheur. Jamais le lecteur n’est désorienté.

Certes père et fils s’admiraient, se respectaient et s’aimaient avec tendresse. Le « Merde ! » adressé au père par le fils -je ne vous dirai pas dans quelles conditions il fut prononcé – n’a pas altéré leur relation, mais au contraire l’a, à mon avis, renforcée. 
Son père lui transmis une image sans doute idéale qui servit de base à son travail de recherche et donc d’auteur, quand il présenta Albert Einstein abandonnant son fils Eduard schizophrène , ou quand il évoqua dans « Romain Gary s’en va-t-en guerre » le père que s’inventa Romain Gary. Il le dit lui-même : « …. je compris que tous mes romans, excepté le livre sur Zweig, exploraient la relation entre un père et son fils. »
Oui, il fait revivre ce père, ses connaissances, son expertise, sa capacité d’écoute, oui, il affiche ouvertement cette douleur de l’avoir perdu, mais aussi fasciné par cette personnalité, il rappelle aussi le père qu’il fut lui, Laurent. Oh non! pas le père d’enfants de chair et d’os qu’il gardera secret, mais l’auteur qu’il est, le parcours qu’il suivit et surtout les livres dont il assume la paternité, comment leurs thèmes s’imposèrent à lui, et le travail de recherche et de vulgarisation qu’il fit pour les faire naître et vivre…. Bref en employant le « Je », il nous permet de mieux le connaitre, de l’apprécier, et de découvrir aussi certaines de ses indignations face à notre monde.
Laurent Seksik saura aussi nous faire sourire en évoquant la Jacobine, boisson gazeuse familiale et se parfois moquer avec bienveillance de certaines traditions juives.
Il est un bosseur, un fort en math qui passa avec succès les concours qui lui permirent de devenir médecin. Un peu malgré lui toutefois! Il a, un temps, envisagé d’être psychiatre, il nous l’apprendra au détour d’une phrase. Il a en lui cette passion pour creuser l’âme humaine, pour tenter d’en apprécier les contours, et le partager avec son lecteur.
Mais il décida d’être auteur…un choix passionnel semé d’embûches ! Certains l’aidèrent. Il sait leur dire merci. Par son parcours de vie et ses choix, il a obéi à ses parents.      
La médecine a certainement perdu un médecin compétent et estimé, mais, nous autres lecteurs, avons gagné un auteur humain et tendre qui, avec ce livre accomplit, c’est lui qui le dit, un travail de deuil. 

Un travail pas du tout larmoyant, mais utile pour chacun de nous et plaisant. 

Editions Flammarion – 2018 – 247 pages

Quelques mots sur Laurent Seksik


Quelques lignes
  • « Je pleurais matin, midi et soir, comme pour respecter une prescription de l’au-delà, pleurais, aussi inapte à endiguer ma peine que si, en quittant ce monde, mon père avait emporté mon entière volonté. Je pleurais sans raison, pareil au déséquilibré qui rit pour un rien, pleurais à la moindre allusion triste ou joyeuse que faisait la vie quand au passage de mon père sur cette terre. Je pleurais comme certains esprits simples disent qu’un homme ne devrait jamais pleurer, anéanti de douleur, un édifice effondré sur mes épaules, je pleurais de désespoir, liquéfié, dissous, manquent de souffle et d’air. Mais le plus étrange était que ce saccage intime qui ma laissait plus abattu qu’un boxeur après son combat, loin de m’affliger, s’accomplissait dans une sorte d’extase, car cet abîme de désolation, plongée à l’écart du monde, m’accordait de partager un dernier moment avec mon père. » (P. 11)
  • « Quand mes camarade aspiraient à guérir la planète, je m’évertuais seulement à soigner ma neurasthénie. » (P.44)
  • « Un écrivain qui n’a pas peur des mots est un assassin en puissance. » (P. 98)
  • « Je le vois comme un puzzle qui, une fois la dernière pièce posée, résoudra une partie de l’énigme d’une vie, répondra peut-être aussi à la question de pourquoi j’écris. Peut-être que le mot « fin » viendra aussi clore cette période de deuil d’une année, m’aidera à tourner la page sans pour autant me conduire à l’oubli sans doute aussi question de la façon dont j’ai accompagné mon père jusque dans ses derniers instants. » (P. 101)

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