« Et ses démons » – Edward Limonov

« Et ses démonsVieux, ta vie entière s’est accompagnée de l’activité parallèle des démons. Ils ne t’ont jamais lâché, faisant toujours leur apparition, se rappelant à toi, embrasant tes nuits sans effusion de sang, te protégeant et t’assaillant à la fois. » (P. 228)
Et ils sont nombreux ces démons qui le hantent, nombreux et pas toujours faciles à identifier…Limonov, homme et écrivain, que je ne connais, honte à moi, que par le livre de Carrère ne m’avait pas attiré. Il faut dire que la présentation que Carrère en fait n’est pas très enthousiasmante. 
Il écrivait : « Limonov lui, a été voyou en Ukraine, idole de l’underground soviétique,  clochard, valet de chambre d’un milliardaire à Manhattan, écrivain à la mode à Paris, soldat perdu dans la Balkans, et maintenant dans l’immense bordel de l’après communisme, vieux chef charismatique d’un parti de jeunes desperados. Lui-même se voit comme un héros, on peut le considérer comme un salaud : je suspends mon jugement (P. 34). 

Comment résister à la proposition de Babelio de mieux connaître cet homme, de le connaître par son propre regard ?
Un jour Limonov doit faire face à de graves problèmes de comportement : son corps ne répond plus, il est incapable de se couper les ongles, de nouer ses lacets…ses gardes du corps trouvent qu’il traîne la jambe…Par ses relations, il arrive à obtenir rapidement un rendez-vous avec un neurologue qui après examens et scanner, diagnostique un épanchement de sang, de la taille d’un banane dans le cerveau. Parce qu’il a de l’argent il est opéré très rapidement dans une de ces cliniques privées gérées par des hommes d’affaires qui, dorénavant fleurissent en Russie… une « clinique euro-fasciste…essoreuse à fric »  dans laquelle l’opèrent des médecins de renom, sous le contrôle de « nazi-ingénieurs des normes »...
On perçoit dès les premières pages l’homme très critique face à l’évolution actuelle de la Russie…c’est indubitablement l’un de ces démons qui le hantent et le menacent. Il l’évoque très souvent et, afin de s’en protéger, des gardes du corps sont toujours à ses côtés. Son malaise n’est-il pas le fait d’un empoisonnement? Empoisonnements qu’il redoute dans plusieurs pages, empoisonnements pratiqués par le FSB (successeur du KGB – dont Poutine fut l’un des officiers), qui font encore disparaître nombre de ses opposants.
Jamais Limonov parlant de lui, n’emploiera le « Je ». Il parle de lui à la troisième personne, ou encore plus souvent en se nommant  « Le Président ».. titre justifié par son engagement politique à la tête du parti « L’Autre Russie » dont il rappelle l’action notamment dans le Donbass. Est-dû à une haute opinion de lui-même?
Parmi les autres démons les femmes ou plutôt « les putes »..
Difficile de s’attacher à l’homme, qui ne peut toutefois nullement laisser indifférent. D’ailleurs cherche-t-il à être aimé ? Je ne le pense pas. Il mène sa vie, dont il nous présente quelques faits, sans chronologie, ce qui est parfois difficile à suivre, si on ne prend pas le temps de se documenter par ailleurs sur la Grande Histoire. Des chapitres un peu décousus, qui donnent envie d’en savoir un peu plus sur lui, présenté par les médias comme l’un des plus grands auteurs russes, et qui donnent un aperçu d’autre part de certaines évolutions de la Russie de Poutine et des menaces qui pèsent sur les opposants de ce chef d’Etat
Utile donc ! Même si ce n’est pas un « saint-homme » qui nous en parle.
Parlant de lui il écrit : « Il n’aimait en fait que les soldats, les conspirateurs et les putes et s’il se mettait en peine de discours pour les gens ordinaires, au fond, il ne les aimait pas. S’il le fallait, il allait vers eux, leur parlait, savait les convaincre et les impressionner, mais en réalité il se forçait. Ces derniers temps, la dernière année, il trouvait même les membres du parti apathiques et mous. » (P. 213)
Je vais donc sur ce pas, relire Carrère et lire Limonov

Merci à Masse critique pour cette découverte

Editions Bartillat – Traduction : Monique Slodzian – 2018 – 231 pages 

Qui est Edward Limonov


Quelques lignes
  • « En chemin, il poursuivait les infirmières de propos acides, leur expliquant que le personnage principal de leur mystère facho-médical devait être le patient et non le règlement. » (P. 33)
  • « Curieusement, il croyait dur comme fer que parmi ses ennemis finirait par se trouver un casse-cou (ou une organisation assez hardie) pour le détruire physiquement. » (P. 43)
  • « Vingt ans auparavant, ceux qui se trouvaient là, dans cette cour de cimetière, fondaient un parti politique. Un Parti composé d’étudiants en cours d’études, d’ouvriers, de voyous et de musiciens. le pays les a persécutés autant qu’il a pu. Ils sont passés par la case prison, une bonne quinzaine a été tuée, ils sont devenus un parti de morts. Les vivants se sont mariés et ont fait des gosses. » (P. 203)
  • « En général, les membres du Parti mouraient jeunes….. » (P. 212)

Une réflexion sur “« Et ses démons » – Edward Limonov

  1. Merci Jean – Pierre pour ce remarquable compte-rendu du dernier livre de Limonov.
    Il est vrai que la seule lecture du livre de Carrère (paru en 2011 et basé sur une enquête principalement menée en 2007) ne nous donne qu’une petite idée du personnage.
    Le rôle joué par Limonov en Russie et son positionnement vis à vis de Poutine ont considérablement évolué ces dernières années.
    Il y a quantité d’informations récentes sur le « SITE SUR LIMONOV » :
    http://www.tout-sur-limonov.fr

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