« Khalil » – Yasmina Khadra

KhalilIls sont cinq, quatre plus le chauffeur. Entassés dans la voiture, ils ne se connaissent pas, ils se taisent…tous concentrés sur l’objectif de leur mission au Stade de France, ce soir du 13 novembre 2015….
Concentrés face à leurs dernières heures de vie.
Concentrés face au Paradis qui les attend…
Chacun d’eux doit faire sauter la bombe qu’il porte autour du ventre dans un endroit bien déterminé du stade, afin de causer le plus grand nombre de victimes. Khalil, lui, doit faire exploser sa bombe dans une rame de métro, une rame qui devrait accueillir la foule hallucinée de passagers terrorisés par ce qu’ils viennent de vivre sur les gradins. On en frémit. Chacun de nous se souvient de cette soirée d’horreur que nous avons vécue, chacun de nous se souvient de ces autres soirées, qui ont précédé ou suivi celle-ci.
Malgré ses efforts dans cette rame bondée, Khalil n’arrivera pas à faire sauter sa bombe. Par ses propres moyens il devra donc revenir en Belgique, d’où il est parti, non sans avoir caché sa ceinture, après l’avoir examinée sous tous les angles….Et là, surprise ! je n’en dirai pas plus.. 

Revenir pour rencontrer les imams qui l’ont missionné, revenir pour demander des explications, revenir avec la crainte de passer pour un lâche, pour un dégonflé. Donc revenir pour demander une autre mission, pour repartir au combat.
Driss son ami a eu plus de chances que lui, c’est le seul, qui parmi les quatre candidats au martyr, a réussi à faire exposer sa ceinture, même si elle n’a pas causé un grand nombre de victimes…
Khadra nous plonge dans la préparation de ces crimes, dans ce monde islamiste, dans l’esprit et le passé de ce gamin paumé qui petit à petit épouse cette cause mortifère. 
Sans jamais rien excuser… 
Misère à la fois matérielle, et intellectuelle, chômage…toutes les conditions sont réunies pour lui interdire de se construire de s’épanouir…Alors quand l’esprit malsain de ces imams autoproclamé, croise sa route, l’esprit du mal fait son oeuvre. Khalil comprend qu’il ne sera jamais un belge à part entière. Il restera toujours à part, toujours étranger à cette communauté au sein de laquelle il n’arrivera pas à s’intégrer. Il vivra toujours aux cotés d’autres exclus, avec sous les yeux quand il quitte son quartier, une autre vie inaccessible. Quoi qu’il tente, quoi qu’il fasse il sera toujours l’étranger, le bougnoule. Alors quel bonheur de trouver auprès de ces imams des personnes qui l’écoutent, le comprennent et lui font prendre conscience de sa condition !
Pas d’espoir, pas de parents capables de l’accompagner, de le soutenir, pas de boulot, seule sa sœur jumelle est capable de lui apporter un peu de joie de vivre…
Qu’est-ce qu’il serait heureux si on lui confiait une autre mission, qu’il aimerait réussir…!
La suite, on la connaît et on l’appréhende aussi dans certaines situations de nos vies. 
Ecrit à la première personne, le livre est dérangeant, car il force le lecteur à se mettre à la place de Khalil, ce qui peut, face à son désespoir et au vide de sa vie, engendrer parfois un petit embryon de compassion pour ce gamin. Dans tous les cas, cette écriture ne peut que nous interroger. Cette analyse de la monstruosité qu’est le terrorisme est glaçante.
Un combat contre l’islamisme qu’il a déjà porté dans d’autres livres. Un combat qui, cette fois-ci, a pour cadre la France et des événements qui nous ont traumatisés…ça n’en est que plus perturbant. 
Éditions Julliard – 2018 – 260 pages

Quelques informations sur Yasmina Khadra


Quelques lignes
  • « Tu ne seras jamais un Belge à part entière, m’avait promis Lyès. « Tu n’auras pas de voiture avec chauffeur. Et s’il t’arrivait, par je ne sais quel miracle, de porter un costume-cravate, le regard des autres te rappellerait d’où tu viens. Quoi que tu fasses, quoi que tu réussisses, dans un laboratoire ou sur la pelouse d’un stade, il suffirait que tu donnes un coup de boule à une fiotte pour dégringoler de ton nuage d’idole et redevenir le bougnoule de toujours. Ça a toujours été comme ça. Et ce sera toujours ainsi. ». » (P. 23)
  • « L’islamisme n’est pas l’islam, c’est une idéologie, pas une religion. » (P. 55)
  • « Il ne s’agit pas de comment ça finit, mais de comment ça commence. Il suffit de bien peu de chose pour que l’on dégringole dans l’estime de soi. Et alors, bonjour les dégâts. Tout part en vrille. Ça paraît dérisoire, pourtant ça te fout l’existence entière en l’air. Il n’y a pas plus fragile qu’un apatride, Moka. »  (P. 141)
  • « À quel moment les frères avaient-ils permuté mes repères ? En avais-je eu vraiment ? Je ne crois pas. J’étais sur leur chemin, objet perdu, ils m’ont ramassé et m’ont gardé puisque personne ne m’avait réclamé. Qu’avais-je été avant ? Une feuille volante ballottée par les vents contraires. Sur cette page blanche, ils avaient promis d’écrire une épopée dont je serais le héros. Avais-je été heureux parmi eux ? Bien sûr que oui. J’étais heureux, et fier ; j’avais une visibilité, une contenance, un idéal, moi qui ne faisais que glandouiller dans les tripots avant de rentrer chez moi en rasant les murs, une main devant, une main derrière, au grand dam de mon père. Un parasite, voilà ce que j’étais avant, une larve qui, toute honte bue, vivotait aux crochets d’un père radin et d’une mère misérable. » (P. 235)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s