« Ce matin, maman a été téléchargée » – Gabriel Naëj

Ce matin, maman a été téléchargée2048…avant que Mamie ou Papi ne prennent le taxi vers l’au-delà, vous aurez la possibilité, pendant les premières heures de leur voyage de faire enregistrer toute leur conscience, toutes leurs données mémorielles dans une petite capsule qui pourra être réincorporée dans la tête d’un robot à figure humaine. C’est la « métensomatose numérique ».
Point de départ de ce premier roman de Gabriel Naëj…un roman très inégal dans lequel le sourire dû à l’humour de l’écriture et de certaines situations cocasses côtoie l’ennui dû à d’autres situations que j’ai eu de la peine à comprendre. 
Raphaël Vidal le narrateur a perdu sa mère, elle va bénéficier de cette opération, et dans quelques jours il va le retrouver, elle va de nouveau être sur son dos, mais avec un autre visage, un autre corps. Celui d’un robot, un physique pas du tout en rapport avec l’image de sa mère!

L’auteur nous décrit parfois avec des mots futuristes, un monde pas folichon du tout, un monde dans lequel tout est enregistré, dans lequel les lunettes spéciales que vous portez permettent à tous de savoir ce que vous faites, de vous projeter des désirs que vous rêvez d’assouvir, des lunettes qui permettent aussi de s’interroger le jour où vous les quitter, le jour où vous vous déconnectez…Qu’aviez-vous donc à cacher ? Ce monde est absurde puisque les anciens décédés ont la possibilité d’intervenir dans la vie des vivants !
Cette société très inégalitaire, est constituée de robots et d’humains…que rien ne sépare si l’on s’en tient aux apparences physiques.
Bref un monde pas paillard pour deux sous. 
Quand Babelio m’a proposé de lire ce livre dans le cadre de l’opération Masse Critique, j’ai eu un moment d’hésitation. En effet je ne suis pas du tout attiré par la science-fiction…Je ne connais et n’apprécie que Barjavel et Orwell ! C’est dire !
Les compétences de l’auteur, chercheur en intelligence artificielle, ses titres et fonctions de professeur à la Sorbonne et à l’université Pierre et Marie Curie et de président du comité d’éthique du CNRS ont emporté ma décision. Ce comité engage notamment des « réflexions sur les questions éthiques générales suscitées par la pratique de la recherche »..(Lu sur le site du CNRS)
Alors pourquoi pas ?
L’auteur, Jean Gabriel Ganascia de son vrai nom, n’est pas un comique, un hurluberlu. Ses autres titres publiés sous son nom d’état civil en attestent. 
  • Cet homme sérieux a-t-il voulu écrire uniquement une farce « déjantée » destinée à nous faire sourire …Peut-être !
  • Ou au contraire a-t-il souhaité vulgariser une faible partie de ses compétences, et partager quelques unes de ses inquiétudes, et ainsi se projeter vers un avenir qui pourrait en partie se profiler? Tout en poussant le trait ! On est en droit de s’interroger. 
Ces lunettes que portent ces habitants du roman ne sont-elles pas comparables, selon moi, à nos portables, à nos montres connectées, à nos tablettes et ordinateurs qui permettent à Apple, à Google, à Huwaei, à Facebook, et j’en passe, d’être en mesure de savoir, même s’ils s’en défendent mollement, ce que nous faisons, où nous allons, quels sont les centres d’intérêts de nos recherches, et donc de nous proposer des produits ou services que nous n’avons jamais sollicités…
Ces données, et donc notre présent et notre passé, ne sont-ils pas enregistrés quelque part et ne pourront-ils pas être connus de nos petits enfants (ou arrières petits enfants) dans 40 ans, par une simple requête ? Ne sommes nous pas déjà espionnés par les caméras de nos appareils électroniques…? Aurons-nous droit à la confidentialité de notre vie privée et de nos secrets? Vastes questions. 
Dans le roman, les personnages font le choix de ce transfert de leurs données.
Qui le soupçonnait il y a 40 ans ? Qu’en serait-il si notre conscience pouvait également être enregistrée, nous survivre et interférer dans les décisions de nos descendants, dans la vie du monde futur…Absurde débat philosophique !
Quand 2 auteurs tels que Barjavel et  Orwell écrivaient ces romans devenus des classiques , qui se doutait qu’une partie significative de leurs « délires » prendraient corps dans notre monde?
J’avoue que ce livre m’a agacé, en partie par certains passages mais surtout par les réflexions qu’il a suscitées. Agacé voulant dans ce cas dire « titillé, intérrogé.. »!
Mais de grâce, et ce sera ma volonté : en 2048, Papi, s’il est encore là, aura 98 balais. Il ne souhaite pas bénéficier de la « métensomatose numérique ». Au moins, chers petits enfants, plus jamais vous ne pourrez l’entendre parler du bon vieux temps de sa jeunesse.
Mais quel sera votre monde et celui de vos enfants ? Quelles seront vos libertés ?
Éditions Buchet-Chastel – 2019 – 218 pages


Quelques lignes
  • « Ce matin, maman a été téléchargée. ou peut-être hiere. je viens de recevoir un texto de la clinique. « L’excorporation s’est bien déroulée. Votre mère est transférée. Nous vous attendons pour la translation. Avec notre considération distinguée ». La translation? Cela ne veut rien dire. C’est du langage codé. L’excoporation, je savais que ça arriverait un jour. elle m’en avait averti. Je ne disposais d’aucune information précise sur la nature exacte du processus. Elle m’avait expliqué que c’était une sorte de portage de l’esprit « outre corps ». Elle appelait ça la métensomatose numérique. Pour moi, c’était du chinois. » (Premières lignes. P. 9)
  • « Non, là, ce n’est que le corps désormais vide et froid. Elle, elle se trouve ici. On l’y a tout entière transportée. L’intégralité de sa conscience y loge. » (P. 19)
  • « Il y a d’abord sublimation, c’est-à-dire passage d’un état matériel de la conscience à un état numérique, puis scission sous forme de paquets cryptés, autoroutage ensuite, ce qui assure le déplacement des paquets selon une marche à la fois déterminée et imprévisible, et enfin, à l’issue du transfèrement, on constate une réunion par accrétion spontanée  » (P. 193)

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