« Martin Eden » – Jack London

MARTIN EDENMartin est un marin d’une vingtaine d’année, qui ne connait du monde que les bateaux, les bars à marins dans lesquels les bagarres éclatent quand on a affaire avec quelques susceptibilités… Alors les couteaux sortent des poches…Martin Eden est l’un de ces marins balafré au cou à la suite d’une bagarre avec un mexicain… Il a sauvé un jeune homme de bonne famille, qui l’invite chez lui. 
Là, il découvre un monde dont il ignorait tout : le monde des bourgeois, celui de l’argent, un monde dans lequel on mange dans plusieurs assiettes avec plusieurs couverts, dont on change à chaque plat. Un monde nouveau bien éloigné du sien, le monde de l’argent, de la culture, dans lequel il se sent un peu perdu. Cette famille découvre également un monde inconnu pour elle, celui des ces marins. Il captive ses hôtes par sa conversation. Pour celui qu’il a sauvé lors de la bagarre il devient même « un sauvage fort intéressant »

La jeune fille de la famille, Ruth, l’éblouit, lui prête un livre et lui fait découvrir la plaisir de la lecture et des livres. Alors, il va lire tout ce qui lui tombe sous la main, découvrir des mondes, des histoires dont il ignorait tout, dont il ne comprendra pas toujours tout, prendre des cartes de bibliothèques. Il décide d’apprendre, d’apprendre toujours plus. Tout le passionne. Elle lui fait aussi découvrir un autre monde, celui de l’amitié puis de l’amour. Platonique mais ardent.
Depuis qu’il a onze ans il se débrouille seul. Mais c’est décidé, il va changer de vie, il découvre Kipling et achète des livres au lieu de payer son loyer. Il aimerait apprendre, entrer au collège, mais échoue aux épreuves d’entrée. Alors il apprendre seul, dans les livres.
Et décidera d’écrire ses propres histoires, des histoires de bateaux, de chasse à la baleine, de marin. Oui, lui aussi, veut comme ces auteurs qui lui offrent des nuits blanches de bonheur, partager sa vie, être aimé et reconnu.
Ruth sera sa première lectrice, elle le conseille, lui apprend le vélo.
L’un après l’autre, ses manuscrits lui sont retournés, ils n’intéressent aucun rédacteur de journal…Tant pis, de dèche en dèche, il persévère. Un jour ou l’autre il sera reconnu, aimé, c’est certain…les mois passent , les manuscrits reviennent souvent. Rares sont ceux qui sont publiés pour quelques rares dollars. 
Difficile, voire impossible de séduire ces rédacteurs obtus et bornés, d’intéresser ce monde des bourgeois lecteurs, même quand on a, comme Marin Eden, imagination fertile. Les désillusions succèdent aux désillusions, les jours de disettes aux jours de jeûne. 
Des galères que Jack London connut vraisemblablement. Il en parle avec tant de réalisme et d’émotions ! Difficile de les inventer de toute pièce. Difficile combat de ce jeune homme qui veut réussir dans la vie, réussir face à l’adversité, et qui choisit de persévérer malgré les rebuffades successives. 
Féroce analyse de cette société américaine, de ce culte de la performance, de l’argent, du succès, de la réussite. 
Autobiographique jusque dans la fin diront certains. Je n’en sais rien.
Par contre, ce dont je suis certain, c’est que le succès de Jack London lui vint de son vivant après bien des galères. Et surtout, et c’est là l’essentiel, beaucoup d’amoureux des livres et de la lecture, dont je suis, ont découvert ce bonheur très jeune, grace à des titres moins difficiles que Martin Eden, grâce à ces romans romans d’aventure, grâce à ces romans de mer, qui ont bercé notre enfance, Crocs blancs, l’Appel de la forêt, Le Loup des mers…et d’autres encore.
Merci Monsieur London, pour ces bonheurs que vous  m’avez procuré depuis mon enfance. Merci de m’avoir fait découvrir que la lecture pouvait être une aventure, qu’on pouvait être un gamin heureux autrement qu’en regardant comme un veau des feuilletons insipides sur des écrans (qui n’existaient pas quand j’étais gamin…)
Ah ! si seulement vous aviez pu vivre 40 ans de plus! Notre bonheur de lecteur serait sans doute encore plus grand.
J’espère que longtemps encore, d’autres lecteurs pourront découvrir ce bonheur grâce à vous, et que vous ne tomberez pas dans l’oubli du modernisme.
Éditions Gallimard Folio classique – 2016 – Traduction : Philippe Jaworski – Parution initiale : USA : 1909 USA – 1921 France – 544 pages

Présentation de Jack London


Quelques lignes

  • « Il était étonnamment réceptif à la musique. elle était pour lui comme une boisson forte, qui le menait à des paroxysmes de sensation, une drogue qui prenait possession de son imagination et l’emportait à travers les nuages, haut et loin dans le ciel. » (P. 58)
  • « Ce qu’ils avaient fait, il pouvait le faire. Ils étudiaient la vie dans les livres, tandis que lui s’occupait à la vivre. Son cerveau était aussi riche de connaissances que le leur, mais c’était des connaissances d’une autre sorte. » (P. 66)
  • « Que penserait-elle si elle apprenait qu’il n’avait jamais tenu une brosse à dents de sa vie ? Il décida d’en acheter une et de changer ses habitudes. Il commencerait dès demain. Sa seule réussite sociale ne suffirait pas à conquérir la jeune fille ; il faudrait encore qu’il s’amende dans tous les aspects de son mode de vie, le brossage des dents et le port du faux col inclus, même si le col amidonné représentait un renoncement à sa liberté. » (P. 75)
  • « Pour la première fois, il entendit parler de socialisme, d’anarchie, d’impôt unique et apprit qu’il existait des théories sociales antagonistes. Il entendit des centaines de mots techniques qu’il ne connaissait pas, et qui appartenaient à des domaines de la pensée auxquels ses maigres lectures ne lui avaient pas encore permis d’aborder. » (P. 99)
  • « Il glissait les timbres pour la réponse dans l’enveloppe avec son manuscrit, jetait l’enveloppe dans la boîte, et trois semaines ou un mois plus tard, le facteur gravissait l’escalier et lui remettait le manuscrit. Il était évidemment impossible qu’il y eut des êtres humains dans le monde éditorial à l’autre bout de la chaîne ; il n’y avait que des roues, des engrenages, des godets graisseurs -une mécanique ingénieuse actionnée par des automates. » (P. 281) 
  • « Il voyait le jeune voyou qu’il avait été portant un chapeau Stetson à bord raide, un veston croisé de coupe carrée, roulant les épaules, rêvant d’être un dur parmi les durs, ambition qu’il ne cherchait pas à se cacher à lui-même, ni à atténuer. » (P. 328)

2 réflexions sur “« Martin Eden » – Jack London

  1. Merci à vous pour cet article: vous m’avez donné une très forte envie de relire ce livre! Ce que je vais m’empresser de faire.

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