« Une nuit à Aden » – T2 – Emad Jarar

Une nuit à Aden, tome 2Un voyage déroutant dans une aventure, dans une lecture faite de contrastes entre des pages plaisantes et intellectuellement enrichissantes et d’autres au contraire plus fades, plus mièvres, qui ne m’ont pas enthousiasmé…Un livre d’oppositions entre des plus et des moins, des plus-plus et des moins-moins…Un livre dans lequel la dure réalité passionnante, côtoie certaines invraisemblances. 
Nous retrouvons dans ce deuxième tome Emad dont nous avions fait connaissance dans le tome 1. Emad, d’origine palestinienne, est banquier à Wall-Street.  Ce premier texte m’avait passionné. Il n’était pas toujours facile, ni évident. Il m’avait permis de découvrir le Coran, de la religion musulmane, de redécouvrir les principes moraux et philosophiques des autres textes du Livre, judaïsme, catholicisme…et surtout les dérives islamistes de certains musulmans utilisant certains versets du Coran détournés pour leur cause, modifiant un texte, le Coran, d’essence divine.

Dans ce deuxième tome Emad souhaite entrer au Yemen dans le cadre de sa mission pour le compte du Programme de développement contre la faim de l’ONU. Malgré ses passeports diplomatiques et le contexte de sa mission, il doit faire face à un fonctionnaire zélé, très pointilleux ne cachant pas ses sympathies islamistes, qui finalement lui ouvre le passage. 
Suite de l’aventure de cet homme intelligent et érudit, suite de ce voyage en terre d’Islam. Un fonctionnaire haut placé, banquier, qui a beaucoup de points communs avec l’auteur
Le roman fictionnel côtoie comme dans le premier tome l’essai philosophique, l’analyse culturelle. Cohabitation très inégale de deux genres. La fiction permet de mettre en scène les inquiétudes de l’auteur face aux dérives islamistes de certains musulmans. 
Dans ce nouvel opus, le personnage principal connaîtra les pires affres, et aussi le meilleur. Je n’en dirai pas plus. A chacun de faire cette lecture pour les découvrir. Nous voyagerons du Yemen, à Djibouti, puis en Provence, avant Paris. On entendra parler de l’Islam, du FIS, de cambriolages, d’opérations secrètes….et j’en passe. 
L’angoisse des otages menacés d’être égorgés, est décrite avec réalisme. L’écriture est forte, les réflexions du prisonnier seul dans son gourbi et ses propos face à ses bourreaux fanatisés sont intellectuellement dérangeants, mais ces pages à teneur philosophique parfois, forçant notre réflexion,  sont écrasées quelques pages après par des pages de guimauve pure, des pages de mélo, bonnes à faire pleurer dans les chaumières…dur contraste. Des pages que l’on voit arriver, qu’on a envie de passer au plus vite.
L’éditeur a pris le soin de nous proposer deux beaux livres, deux beaux tomes, les couvertures sont douces et agréables au toucher. Le papier bistre est inhabituel, ces livres sont indéniablement de qualité. J’aimerais maîtriser l’anglais comme Emad Jarar habitant aux Etats-Unis maîtrise le français, utilisant les imparfaits du subjonctifs rendant sa langue parfois un peu précieuse et surannée, une langue faite aussi de mots rares et inusités. Une langue toujours très plaisante dans tous les cas. 
Mais comment l’éditeur peut-il laisser passer des fautes d’orthographe pardonnables pour l’auteur, dont ce n’est pas la langue qu’il utilise au quotidien, des fautes -malheureusement dans les deux tomes – qui « piquent les yeux » notamment dans ce tome II: « Toute honte but » (P. 82) – « J’entends un homme hurlé » (p. 203) – « Je ne vois pas encore le sang giclé » (P. 209) …comme « très différends de vous » et d’autres que je n’ai pas notées dans le tome I. ?
Il est également indispensable d’oublier l’âge du gamin Imad dans certaines conversations hautement intéressantes par leur teneur. Oublier que celui pose la question relative à Dieu: « Pourquoi, si on doit mourir, il peut pas nous laisser mourir comme on veut puisqu’il nous a donné la vie ? » (P. 247), est un gamin de quatre ans, oublier que ce gamin tient des propos et des réflexions sur la mort, le destin ou la religion que ne tiendraient pas tous les élèves de terminale philo…Le gamin est même capable de poser de bons sujets de bac : « Tu peux me dire qu’est-ce que c’est une religion, pourquoi ça existe ? Si on en a besoin pour vivre comme l’eau ou le soleil ? Et pourquoi comme le destin, elle tue tant de gens. » (P. 254). Félicitations à ce sur-doué !
C’est peu crédible ! Le roman amoindrit la profondeur du propos ! Ce personnage de l’enfant  aurait gagné à être plus âgé de 10 à 12 ans !
J’ai d’autre part, été très perturbé par d’autres propos de vérité tenus par Emad, de confession musulmane je le rappelle, portant sur le « jihad pacifique » dans les dernières pages du roman, des propos que ne renieraient pas des extrémistes farouchement anti-musulmans, anti-immigration, et qui donnent du grain à moudre à leurs thèses. 
Enfin l’éditeur aurait également pu suggérer que l’auteur, que le narrateur utilise le « Tu » dans ses conversations avec ses amies féminines…Utiliser le « vous », avec celle dont on a eu un enfant, avec celle qui partage votre vie du moment, relève plus de l’amour courtois, un peu vieillot, mais très beau malgré tout, que de la réalité du moment. Petite remarque toutefois sans incidence et mineure. Pour sourire gentiment. 
Alors qu’en penser ?  
Je n’ai nullement été désintéressé par cette lecture, bien au contraire : Troublé intellectuellement et passionné par la plus grande partie du livre, et dérangé par le coté mièvre et mélo d’autres servant de trame au roman et de contexte pour aborder ces sujets plus socioculturels ou philosophiques…Ce sont ces derniers points qui ont donné tout le sens à cette lecture.  
1 à 2 étoiles pour quelques pages, 5 pour d’autres. Le plus grand nombre.
Dans tous les cas un grand merci à Masse critique, à Babelio et à l’éditeur qui m’ont transmis ces deux ouvrages. Si j’ai eu en main les deux tomes d’une épreuve corrigée depuis dans une édition définitive, je suis désolé pour ce commentaire.  
En nous confiant ces livres pour avis, Babelio et l’éditeur n’attendent pas de complaisance de la part du lecteur, mais juste une perception honnête. 
Éditeur : IGGY BOOK – 2018 – 375 pages

Présentation de Emad Jarar


Quelques lignes 

  • « J’avais remarqué, chez ces islamistes que la haine de l’un mélangée à celle de l’autre, décuplée par le nombre et comme renforcée de vivre sous un même toit (celui de la Communauté islamique), chasse ce qu’il reste du remords. Et là, toute honte but, tout est alors permis, tout se vaut et rien ne peut dépasser leur désordre et le cynisme de leurs idées. Mais devant que de réagir à sa malveillance, je restais magnanime, car, disait Gide, il faut aux insultes, laisser les autres avoir raison, puisque cela les console de n’avoir pas autre chose. » (P. 82)
  • « Ah ! c’est qu’il y a cette notion trop souvent tragique de pur et d’impur, dans l’Islam ; et fallait-il autre chose qu’un beau poignard et une gorge de mécréant pour sacraliser ce principe de si haute moralité ! Et surtout un couteau qui tranche, ça fait gicler le sang, ça fait mieux retentir le râle du mourant? Au bruit assourdissant du canon et de la vitesse d’une balle, l’islamiste préfère le plaisant doux crissement de la lame qui sectionne l’aorte, tranche la carotide. La fermeté d’un poignet, me mouvement d’une main crée des sensations exquises, fait mieux partager la passion du meurtre, durer l’instant pervers : à la vie comme à la mort c’est le ressenti qui compte ; et il en va ainsi du criminel qui peut mieux jouir de la scène, s’imprégner par un geste tragique de la volonté d’un dieu : comme Abraham avait envisagé de le faire pour contenter le sien, pour faire vivre son meurtre en quelque sorte, pour mieux s’investir dans la souffrance de sa victime, comme s’il s’agissait de faire partager une passion » (P. 147)
  • « Force est de constater qu’un Islam, le seul pouvoir politique ne peut revenir qu’à un commandeur des musulmans ; et la démocratie, pour autant qu’elle soit tolérée par les autorité musulmanes là où les musulmans sont minoritaires, c’est qu’associée à la démographie, elle est donnée pour une arme puisqu’elle est alors l’espoir de pouvoir instaurer un pouvoir islamique par les élections. » (P. 303)

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