« Magda » – Mazarine Pingeot

MagdaMagda et Guillaume son mari, sont agriculteurs dans une ferme des Pyrénées-Atlantiques. Ils vivent presque en autarcie et fréquentent peu de monde. Ils prennent beaucoup de plaisir à faire ensemble des randonnées en montagne. Ils restent toujours peu absents de leur ferme, afin de rester proches d’Ézéchiel, leur fils de 27 ans, schizophrène, qui vit dans une dépendance de la ferme, suivi par une assistante de vie. Ils mènent une vie simple, loin du monde et son agitation. 
Leur fille Alice vit, quant à elle, dans une communauté rejetant la société de consommation et fréquente peu ses parents. Alice et son compagnon Fabrice, qu’ils n’apprécient pas, sont arrêtés et accusés de terrorisme, Alice ayant été vue dans une voiture à proximité du lieu d’un sabotage sur une voie ferrée. 

Alors Magda et Guillaume vont chercher leur petite-fille Rosa, âgée de huit ans. La gamine les découvre, ils découvrent la gamine….une gamine élevée loin de tout, loin de la société, loin de l’école. 
Visites régulières à la prison, fouilles, enquête de gendarmerie, ferme et animaux dont il faut s’occuper, gamine que l’on découvre…La vie simple est bousculée. Mais, de temps en temps une randonnée permet de faire le vide, d’autant plus que l’enquête de gendarmerie avance peu. Les gendarmes s’intéressent cependant beaucoup à leur mode de vie, et à la conception de la communauté d’Alice et Fabrice. Ils cherchent des renseignements sur les changements dans le comportement d’Alice, ses fréquentations, veulent savoir qui l’a influencée, quelles étaient ses fréquentations. A t-elle été l’objet d’un lavage de cerveau ? Pourquoi s’est-elle  radicalisée? 
Magda est allemande de naissance, elle a sans doute par ses lectures de Marx, par sa vie en autarcie, par ses conversations, influencé Alice. Elle ne peut s’empêcher d’y penser, de culpabiliser chaque fois qu’elle lui rend visite en prison. Heureusement que Magda et Guillaume ont brûlé les livres politiques qu’ils possédaient lors de l’arrestation d’Alice.
Photo de Magda prise de nuit par un journaliste….la presse s’empare du fait divers, de la vie de famille… la presse fouille-m…qui vend du papier avec du sensationnel, avec tout ce qui sort de clous… avec des vies privées étalées au grand jour en toute indécence, avec des suppositions montées en épingle…
Révoltant!
La fin réserve une surprise qui m’a effleuré l’esprit au cours de la lecture.
Ouah!
Un bon moment de plaisir. Plaisir de découvrir Mazarine Pingeot, philosophe et habile dans la description des mentalités, des âmes de ses personnages, de leurs faiblesses comme de leurs forces de caractère. 
Plaisir aussi de lire aussi les réactions de ces personnes dont les vies privées sont étalées au grand jour, sont violées par ces journaux avides de sensationnel, avides de suppositions et de mensonges…« Elle se sent traquée, et c’est bien cela l’image qu’elle a vue, si précise qu’elle en était douloureuse, une proie cernée de toutes parts. Une proie condamnée à fuir. »
Mazarine Pingeot en fut victime, elle dut en souffrir et peut-être que cette souffrance a été déterminante dans la construction de sa personnalité.
Je ne savais pas qu’elle était auteure! La presse préférait écrire qu’elle était fille de…et diffuser des photos volées à coté de « lui », ce qui ne m’intéressait nullement. J’ai « rencontré » Mazarine Pingeot et lu cet ouvrage grâce à une boite à livres dans laquelle un autre lecteur l’avait laissé, mais pas abandonné. Merci à celui-ci ou celle-ci. 
Je vais m’empresser de donner une nouvelle vie à cet ouvrage. 
Il le mérite. 
Je ne l’abandonne pas, je l’offre !
Éditions Julliard – 2017 – 296 pages

Présentation de Mazarine Pingeot


Quelques lignes
  • « Magda a vu sa fille dériver lentement vers cette forme de radicalité. Et qu’aurait-elle pu faire ? Alice fuyait la possibilité de la joie, l’appel du plaisir, la paix, la douceur. Elle et Fabrice avaient décidé une fois pour toutes de bannir de leur mode de vie la légèreté et la facilité. Rigueur, souffrance, dureté étayaient ce qu’ils n’avaient pas trouvé ailleurs, en eux : toute société a sans doute besoin de contraintes pour tenir, ils avaient choisi celles-là. » (P. 44)
  • « Leur réalité est peuplée de nouvelles expressions, comme « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste criminelle », « direction ou organisation d’un groupement formé en vue de la préparation d’un acte terroriste », « apologie du terrorisme », « sabotage », « interpellation ». » (P. 69)
  • « La mémoire survit-elle à l’absence de repères, à la perte des objets auxquels elle s’attache, aux témoins de ce qui a eu lieu ? » (P. 79)
  • « Je n’ai aucun doute que vous soyez innocente, et pour le prouver, il faudra peut-être ne rien dire, en effet. Ce qui est ironique, vous l’avouerez. Nous devrons mentir pour prouver votre innocence qui est la vérité. » (P. 107)

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