« Une affaire personnelle » – Kenzaburo Oe

Une affaire personnelle

Bird, vient d’acheter des cartes de l’Afrique, il souhaite s’y rendre…oui mais sa femme est en train d’accoucher.
C’était l’époque où les accouchements étaient affaires de femmes et de médecins, les hommes vaquant à leurs occupations et n’étant pas présents.
Bird ne peut prendre des nouvelles qu’en téléphonant à sa belle famille. Bird, répétiteur dans un lycée, est dragué par un homosexuel. Rien à faire !…il continue son chemin et pense aller voir le bébé et son épouse….Un coup de fil le prévient : le bébé est lourdement handicapé.

« Vous voulez voir la chose… » lui demande le directeur de la clinique. Stupeur : « La chose » présente une hernie cérébrale qui lui déforme la tête! Celle-ci est emmaillotée dans un gros pansement. Il ressemble à Apollinaire ! Le bébé respire encore, mais pour combien de temps ? Il va mourir, c’est certain….il n’envisage rien d’autre. Il faut qu’il meure ! Bird a la nausée, est bouleversé, même si les médecins pensent opérer le bébé.
Drame personnel, ses rêves de voyage s’évanouissent. Roman cruel
Il va se changer les idées en allant voir Himiko, une de ses anciennes élèves qu’il a presque violée, dans la cour d’école, un jour de neige sur son manteau posé par terre. Pourquoi pas divorcer et partir avec elle en Afrique, d’autant plus que son travail ne le passionne pas ?
L’homme qui fuit ses responsabilités, n’envisage pas l’avenir du gamin avec son épouse. On ne connaîtra pas celle-ci, on ne lira pas ces conversations de couple, ces décisions communes face à un tel drame qui bouscule la vie d’un couple. Les docteurs veulent opérer et sauver le bébé, mais sont incapables de donner des précisions quant au pronostic. Dans la famille beaucoup pensent que le bébé, qui n’a pas de prénom, doit mourir. Bird est tiraillé et fuit lâchement ses responsabilités de père.
Autres temps, autre monde…la maman est presque absente du roman, absente de la douleur du couple, absente des conversations. Seule Himiko est là pour le consoler dans ses bras, dans son lit. Himiko et l’alcool !
Oui, on peut être choqué, indigné…c’est une affaire personnelle, celle du père! Un père qui boit pour oublier!
Jusqu’au moment où….Faire front ….l’honneur est sauf.
Voyage dans le temps, voyage dans une autre culture…Beau voyage que nous offre un Prix Nobel de littérature
Éditions Stock – 1994 – Traduction : Claude Elsen – Parution initiale : 1964 – 179 pages

Présentation de Kenzaburo Oe


Quelques lignes

  • « C’était un bébé affreux, avec un petit visage rouge et ridé. Ses yeux étaient fermés comme deux minuscules coquillages, des tuyaux de caoutchouc s’enfonçaient dans ses narines et sa bouche ouverte semblait émettre un cri silencieux. » (P. 32)
  • « Il y avait une chose dont il était à peu près sûr : il n’était pas un homme sur qui on pouvait compter – il n’était qu’un lâche. » (P. 110)
  • « Le fait que ma femme a mis au monde un enfant anormal est un simple accident dont ni elle ni moi ne sommes responsables ! Et je ne suis ni assez diabolique pour étrangler ce bébé de mes mains ni assez angélique pour mobiliser une armée de médecins et les supplier de sauver la vie d’un enfant condamné à être un monstre. » (P. 128)
  • « …ou bien j’étrangle cet enfant de mes propres mains, ou bien je l’accepte tel qu’il est et je l’élève. En fait, j’ai compris cela depuis le début, mais je n’ai pas eu le courage de l’admettre. » (P. 173)

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s