« L’homme de Kiev » – Bernard Malamud

L'HOMME DE KIEVZhenia Golov, un gamin âgé de 12 ans est retrouvé sauvagement assassiné par deux autres gamins. Son corps criblé de coups de couteau avait été saigné à blanc. 
« Les Juifs » sont montrés du doigt….
Yakov Shepsovitch Bot, un homme simple, vivant de petits boulots, a été abandonné par son épouse infidèle, alors il part vers la grande ville, vers Kiev dans sa vieille charrette déglinguée tirée par son vieux cheval pour chercher du travail. Il accepte tout, il sait tout faire, notamment réparer tout ce qui est cassé. D’ailleurs il est « Le Réparateur ». 
Yacov n’est pas un homme inculte, il aime lire Spinoza
Il sauve un vieil homme riche, Nicolai Maximovitch Lebedev, qui s’était affalé dans la neige. Reconnaissant le vieil homme lui proposera de remettre en état un appartement qu’il loue, puis de surveiller sa briqueterie afin de réduire les vols de briques… Yakov se méfie de cet homme qui arbore l’insigne des « Cent-Noirs » épinglé à son manteau…l’insigne d’une groupe ouvertement antisémite et raciste.
Yacov est juif, il a besoin de travailler et malgré les risques qu’il encourt, il accepte ces deux propositions. Et donne toute satisfaction, sauf aux ouvriers et contremaîtres de l’usine…il gêne leurs petits trafics . 

Il est juif…il devient donc également le suspect idéal, celui qui a tué le gamin pour récupérer son sang….le sang rituel qui sert à la fabrication des « matsots », ces galettes de pain azyme mangées pour Pessah, la Pâques juive.
Il est arrêté, emprisonné et interrogé par un juge d’instruction et un procureur général qui ne s’aiment pas…l’un fait honnêtement son travail, alors que Yakov est le coupable idéal aux yeux de l’autre. Lutte de pouvoir entre les deux magistrats, entre l’honnêteté et l’antisémitisme. Qui va vaincre selon vous? 
Yakov résiste, et se rend compte que chaque geste de sa vie, que chacun de ses actes dans les jours précédant la mort du gamin, est mis a profit pour lui faire endosser la responsabilité de ce crime. Tous les moyens sont bons pour le faire avouer : l’isolement, la nourriture infecte, le froid, les privations de tout, les fers, l’humidité du cachot, l’obscurité…Aucun animal n’aurait résisté ! On s’enfonce dans le sordide, dans la haine, dans l’imagination et le dépravation des uns contre le Droit, contre l’innocence. Que d’imagination du pouvoir et de la « justice » pour avancer dans le pire, vers le paroxysme de la haine et du rejet de l’autre. IYakov va devoir faire face et résister à presque toutes les exactions nées de l’imagination humaine !
Admiration pour cet homme qui lutte pour obtenir un double de son dossier d’accusation et réfute les arguments qu’on lui oppose, admiration pour sa force de caractère.
Il devient un Dreyfus russe, Dreyfus que Bernard Malamud évoque, confirmant sans doute ainsi l’universalité de cette haine et de son propos.
Le procès arrive… 
Réparateur….réparer. Oui il faut réparer notre monde, réparer ces cerveaux antisémites ou racistes qui s’estiment supérieurs aux Juifs, et maintenant aux Noirs, aux Arabes…N’est-ce pas le message de Bernard Malamud ?
Un roman sans doute inspiré de la vie de Menahem Mendel Beilis un juif ukrainien accusé d’avoir commis un crime rituel en 1911. 
Il suffit de lire la presse, d’écouter les médias pour se rendre compte que cet antisémitisme, que ce racisme sont toujours présents dans de nombreux esprits. 

Chacun peut devenir « le Juif » de l’autre : 

« Ouvrant brusquement un livre à une page couverte de croquis à la plume, il l’orienta de telle sorte que Yakov pût lire le titre imprimé : Nez juifs.
-Tenez, par exemple, voici le vôtre, dit Grubeshov en désignant un nez mince à l’arête busquée et aux narines fines.
– Et voilà le vôtre », répondit Yakov d’une voix rauque en désignant un nez court et charnu aux ailes épatées.. » (P. 187)

Sourire à méditer !
Éditions Rivages Poche – 2015 – Traduction : Gérard et Solange de Lalène – Parution initiale : 1966 – 427 pages

Présentation de Bernard Malamud


Quelques lignes

  • « Yakov, avec ses vêtements amples et son bonnet pointu, était un homme élancé et nerveux aux grandes oreilles, aux mains fortes et maculées, au dos large et au visage tourmenté qu’éclairaient légèrement deux yeux gris et des cheveux châtains. Son nez était parfois juif, parfois non. » (P. 22)
  • « Hors de la zone de résidence, seuls les Juifs riches ou exerçant une profession libérale peuvent obtenir un certificat de résidence. Le tsar ne veut pas de pauvres Juifs éparpillés sur son territoire…. » (P. 26)
  • « Le lendemain, il apprit qu’un cadavre avait été trouvé dans une grotte des environs, puis, horrifié, lut le compte rendu d’un journal sur l’effroyable meurtre d’un garçon de douze ans qui vivait dans l’une des maisons de bois proches du cimetière. Le corps avait été trouvé dans la position assise, les mains liées derrière le dos, revêtu d’un sous-vêtement, sans chaussures, une chaussette noire pendant à son pied gauche. Eparpillés autour de lui : une blouse souillée de sang, une casquette d’écolier, une ceinture et plusieurs cahiers barbouillés au crayon. Le Kievlyanin comme le Kievskaya Mysl avaient publié une photographie de la victime, Zhenia Golov, et Yakov reconnut le garçon au visage boutonneux qu’il avait chassé du chantier avec son camarade. L’un des journaux donnait l’enfant comme mort depuis une semaine, l’autre deux. Quand l’inspecteur de police avait examiné le visage enflé et le corps ratatiné et mutilé, il avait relevé trente-sept blessures causées par un instrument effilé et pointu. Selon le professeur Y.A. Cherpunov de l’Institut d’anatomie de Kiev, le garçon avait été poignardé et saigné à blanc, « peut-être bien à des fins religieuses ». Marfa Vladimirovna Golov, la mère éplorée – une veuve – avait réclamé le corps de son fils. Dans les deux journaux, une photo la montrait serrant désespérément la pauvre tête du garçon contre sa poitrine et hurlant : « Dis-moi, Zhenuiskha, qui t’a fait ça, mon enfant ? » » (P. 97)
  • « Tous les hommes participent à l’histoire, mais certains plus que d’autres, les Juifs en particulier. » (P. 401)

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