« Voyage avec un âne dans les Cévennes » – Robert Louis Stevenson

Voyage avec un âne dans les CévennesIl y a bien longtemps naissait dans ce pays du Velay un ami des livres et de la lecture, un ami qui connaissait ce livre, puisque toute le monde ou presque dans son pays de naissance en parlait…ans bien souvent l’avoir lu. Une association de promotion du territoire a, depuis, été créée, et utilise ce titre, mais je ne suis pas certain, que tous ceux qui s’en réclament aient lu, voire parcouru, ce livre à défaut de tous les sentiers du territoire qu’il évoque.  
Le gamin que j’étais s’était passionné pour les succès de Stevenson. Ils avaient bercé son enfance sans télé, sans plage, sans transhumance estivale. Le gamin va bientôt, si Dieu lui prête vie, faire connaissance avec le chiffre 7, chiffre apparaissant dans d’innombrables traditions et légendes

Le gamin de l’époque est maintenant un vieux bonhomme grincheux parfois – certains le disent sans ménagement- un bonhomme qui a quitté son pays de naissance, pour trouver du travail, un pays de naissance qu’il affectionne toujours, et dont il garde la nostalgie et l’amour ancrés profondément dans son cœur.
Alors quand le vieux lecteur vit, par hasard, ce livre « abandonné » sur une table de médiathèque, son sang acheva son tour : « Il faut que je le lise, depuis le temps que j’en ai envie ». Et surtout il fallait que je sorte de ce groupe important de tous ceux qui, dans son pays, parlent de cet ouvrage sans l’avoir lu. 
La tour Pannessac, seul vestige des anciens remparts du Puy en Velay, avait accroché mes yeux et …mon cœur. 
Promenade aux cotés de Modestine, l’ânesse de Stevenson, marche dans les genêts, sur les plateaux balayés par cette « burle » qui, l’hiver venu, transperce les manteaux. Et lorsqu’on connaît ces lieux, ces rivières et lacs on ne peut qu’être séduit par la précision de l’écriture de Stevenson, par son don d’observation. 
Voyage depuis le froid des plateaux vers les paysages méditerranéens.
Allais n’était pas encore Alès.
Cette n’était pas encore Sète.
Mais Stevenson en aurait parlé bien mieux que moi, s’il avait cheminé en hiver..Il choisit l’automne. Bien lui en prit. Il découvrit la solitude de ces lieux, leur isolement, l’autoroute ne l’avait pas encore défiguré.
Stevenson est bien peu sympathique dans les premières pages, Stevenson découvrant l’aiguillon et la « bastonnade infatigable » pour faire avancer Modestine, une ânesse devenue l’amie dont il se séparera avec regret une fois son voyage achevé.
Un chemin dont je reconnus les étapes, cette solitude des plateaux et des vallées, les fermes isolées et pauvres, aux toits de chaume ou de lauzes, ces fermes sombres aux petites fenêtres dans lesquelles étable et cuisine communiquaient, un mode de chauffage bien économique en hiver…je reconnus ces gens de conditions modestes qui ouvraient leur porte et leur cœur, qui n’avaient rien mais le partageaient volontiers, ces moines de Notre Dame des Neiges, abbaye où silence et méditation sont rois…Oui, je reconnus mon pays, ses plateaux, ses rivières, sa solitude et la nostalgie m’envahit. Ce pays dont là-haut nous disions qu’il était ravitaillé par les corbeaux volant sur le dos afin de ne pas voir sa misère. 
Et surtout, il faut bien en sourire, vous apprenez que le sac de couchage a peut-être été inventé par ces vellaves (peuplade gauloise habitant ce qui devint le Velay)…en tout cas, c’est là que ce grand voyageur qu’est Stevenson, l’a découvert…
Certes c’était l’un des premiers livres de Stevenson, pas le plus connu. Modestine, têtue, cabocharde, de mauvais caractère mais vaillante et serviable comme savent l’être les gens du pays m’a charmé. Une amie dont il se sépara avec émotion!
Modestine…quel beau nom!
Stevenson a su décrire ce territoire, ses hommes et femmes avec cœur et justesse.  Il a aimé leur modestie, c’est certain. Ils le lui rendent bien aujourd’hui. Certains mettront un âne à votre disposition, si le cœur vous en dit, si vous avez envie pour une étape ou deux de mettre vos pieds dans les traces de Stevenson.
Sinon trouvez ce livre, et faites un bout de chemin avec Stevenson….vous découvrirez un autre visage de l’auteur, et un visage de cette France profonde de la fin du 19ème siècle. 
Un visage qui se perd de plus en plus, qui se dilue au nom de l’uniformisation…. 
Vous qui passez sans vous y arrêter, oubliez un instant vos plages, et découvrez ce qui, dans mon Velay de naissance, n’a pas encore été tué au nom de ce maudit progrès
Éditeur : GF Flammarion – 1991 – Traduction : Léon Bocquet – Parution initiale en 1879 – 177 pages

Présentation de Robert Louis Stevenson


Quelques lignes

  • « Ce qu’il me fallait c’était un être peu coûteux, point encombrant, endurci, d’un tempérament calme et placide. Toutes ces conditions requises désignaient un baudet. » (P. 43)
  • « Enfin, la bête me fut cédée à raison de soixante-cinq francs et d’un verre d’eau-de-vie. Le sac avait déjà coûté quatre-vingts francs et deux verres de bière, de sorte que Modestine (ainsi la baptisai-je sur-le-champ) était, tout compte fait, l’article le meilleur marché. En vérité, il en devait être ainsi, car l’ânesse n’était qu’un accessoire de ma literie ou un bois de lit automatique sur quatre pieds. » (P. 44)
  • « J’avais cherché une aventure durant ma vie entière, une simple aventure sans passion, telle qu’il en arrive tous les jours et à d’héroïques voyageurs et me trouver ainsi, un beau matin, par hasard, à la corne d’un bois du Gévaudan, ignorant du nord comme du sud, aussi étranger à ce qui m’entourait que le premier homme sur la terre, continent perdu – c’était trouver réalisée une part de mes rêves quotidiens. » (P. 78)
  • « Le commerçant s’intéressa beaucoup à mon voyage. Il pensait dangereux de dormir en rase campagne.
    – Il y a des loups, dit-il. Et puis, on sait que vous êtes anglais. Les Anglais ont toujours bourse bien garnie. Il pourrait fort bien venir à l’idée de quelqu’un de vous faire un mauvais parti pendant la nuit.
    Je lui répondis que je n’avais point peur de tels accidents et que, en tout cas, j’estimais peu sage de s’attarder à ces craintes et d’attacher de l’importance à de menus risques dans l’organisation de la vie. La vie en soi était au moins aussi dangereuse qu’un loup et qu’il n’y avait pas lieu de prêter attention à chaque circonstance additionnelle de l’existence. Il pourrait se produire, dis-je, une rupture dans votre organisme tous les jours de la semaine. Et c’en serait fini de vous, même si vous étiez enfermé dans votre chambre à triple tour de clef.
    – Cependant, objecta-t-il, coucher dehors !
    – Dieu, fis-je, est partout.
    – Cependant, coucher dehors ! répéta-t-il. Et sa voix était éloquente de frayeur secrète. » (P. 164)
  • « Pendant douze jours nous avions été d’inséparables compagnons ; nous avions parcouru sur les hauteurs plus de cent vingt kilomètres, traversé plusieurs chaînes de montagnes considérables, fait ensemble notre petit bonhomme de chemin avec nos six jambes par plus d’une route rocailleuse et plus d’une piste marécageuse. Après le premier jour, quoique je fusse souvent choqué et hautain dans mes façons, j’avais cessé de m’énerver. Pour elle, la pauvre âme, elle en était venue à me considérer comme une providence. Elle aimait manger dans ma main. Elle était patiente, élégante de formes et couleur d’une souris idéale, inimitablement menue. Ses défauts étaient ceux de sa race et de son sexe ; ses qualités lui étaient propres. Adieu, et si jamais…
    Le père Adam pleura quand il me la vendit. Quand je l’eus vendue à mon tour, je fus tenté de faire de même. Et comme je me trouvais seul avec le conducteur du coche et quatre ou cinq braves jeunes gens, je n’hésitai pas à céder à mon émotion. » (P. 176)

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