« La voix cachée » – Parinoush Saniee

La voix cachée« J’ai compris peu à peu le vrai sens du mot « débile » et je me suis rendu compte qu’ils s’étaient moqués de moi pendant tout ce temps, sans que je le sache. Lentement, une terrible colère s’est emparée de moi. Ce mot s’est mis à m’inspirer une telle répulsion que, rien qu’à l’entendre, j’avais la tête brûlante. Je sentais mon visage devenir écarlate et quelque chose bouillonner en moi. »
Shahaab, le gamin de 4 ans nous parle, nous explique sa vie…. une vie de famille en Iran. Tout le monde ou presque le considère comme débile car, à son âge, il ne parle toujours pas. Alors certains le martyrisent et lui font faire un peu n’importe quoi. Tout le monde…? Non sa mère, l’autre narratrice, est consciente des capacités de son fils, tous deux se comprennent, sans se parler.
Elle l’adore.

L’enfant comprend tout, enregistre tout, il est un fin observateur de la vie familiale, de ses tensions, de la vie iranienne aussi…Il nous en parle avec lucidité, humour et surtout une grande intelligence, qui souvent nous étonne lorsqu’on considère son âge.
Son père, Nasser, n’a d’yeux que pour Arash, frère de Shahaab. Shahaab ne parlera jamais de lui en l’appelant « Papa »..non, à ses yeux, il n’est que le « père d’Arash ». Nasser parle du gamin en le désignant, lui aussi sans aucune intelligence, comme « le débile ». L’enfant entend tout, comprend tout. Son père ne l’a jamais pris dans ses bras, ne l’a jamais bercé ou câliné. Du haut de ses 4 ans, le gamin sait ce qu’affectionne son père, et volontairement raye sa voiture, coupe ses costumes au ciseau. Tous ceux qui le considèrent comme comme idiot, auront à endurer sa vengeance, qui nous fera sourire. 
On ne peut qu’être révolté par l’attitude de tous ceux qui le rejettent et l’ignorent, ses cousins, son père. Aucun d’eux n’aura jamais un regard d’amour pour ce gamin. 
Sa colère l’empêche de communiquer…Bibi, une de ses grand-mères arrivera à fêler cette coquille….
J’en ai déjà trop dit.
Magnifique roman sur la famille, le handicap, la communication, le rejet de l’autre, ces petits riens qui peuvent provoquer rejet et mutisme.
L’auteure, Parinoush Saniee également psychologue a su puiser dans cette compétence, pour nous faire prendre conscience de ces mots, de ces regards et attitudes, qui peuvent créer une impression de rejet, un mutisme de l’enfant, ou au contraire l’aider à s’épanouir, à communiquer et l’enrichir.  
A chacun de s’interroger sur le regard que nous portons sur le handicap et les handicapés, un regard ou des attitudes qui peuvent leur donner l’impression d’une ignorance ou d’un rejet de notre part. 
Il appartient à chacun de nous de s’interroger également sur les comportements inconscients que nous avons pu avoir à l’égard de nos enfants, sur leurs différences, les petits mots pour l’un ou le silence pour l’autre en telle ou telle occasion….Silence ou mots dits qui peuvent blesser durablement un gamin. 
Bien sûr, sans être comme Nasser décrit dans le roman !
Parinoush Saniee a su également égratigner cette société iranienne, (la nôtre aussi), égratigner ces hommes qui considèrent que le handicap de leur enfant, se lit dans le regard qu’on porte sur eux, que ce handicap met en cause leur virilité, leur compétence.
Bref, un roman qu’on n’oublie pas, que tout parent devrait lire !
Éditions Robert Laffont – 2017 – Traduction : Odile Demange – Première parution en 2004 – 376 pages

Présentation de Parinoush Saniee


Quelques lignes

  • « J’ai commencé à me vexer qu’on me traite de « débile » le jour où j’ai compris que j’étais vraiment débile. Tout au début, avant de connaître le sens de ce mot, je croyais que c’était bien d’être débile. Quand les autres m’appelaient comme ça, ils prenaient un ton joyeux, alors j’étais content. Mon cousin Khosrow a été le premier à s’apercevoir que j’étais débile et c’est lui qui m’a donné ce nom.. » (P. 8)
  • « Je ne comprenais plus Shahaab. Mon petit garçon si paisible s’était soudainement transformé en un être compliqué, imprévisible, au comportement étrange. » (P. 61)
  • « L’histoire de l’amour d’une mère pour ses enfants n’est pas écrite dans des livres mais dans ton cœur. Inutile d’être allée à l’université pour la lire. » (P. 306)
  • « J’avais l’impression qu’il attendait que je reconnaisse ma défaite dans la guerre que je lui livrais, mais mes blessures ne cicatrisaient pas et je ne pouvais oublier le sentiment de rejet qui avait marqué mon enfance. » (P. 367)

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