« Sérotonine » – Michel Houellebecq

Sérotonine

Je viens de découvrir Houellebecq…par hasard, parce qu’une amie m’a prêté son dernier livre, « LE » livre que tout le monde attendait !!! Parait-il…..
La presse nous l’avait vendu, les superlatifs anticipaient sa venue, la rentrée littéraire attendait cette sortie…les hommes de marketing avaient bien fait leur boulot. Le livre fut placé en tête de gondole dans les grandes surfaces, afin que personne ne le manque et qu’on se l’arrache. Les prix littéraires qu’il obtint ne sont pas bien sûr étrangers à cette promotion.
Bizarrerie de la langue française…Une rentrée littéraire n’est qu’une somme de sorties de livres. 
Bref, si on ne lisait pas cet ouvrage, on allait passer pour un ringard…Tout lecteur se devait de posséder et de lire ce titre. Blabla, blabla…

Une partie des médias voyant en Houellebecq un nouveau Messie, l’autre le rejetant dans un caniveau dont il n’aurait pas dû sortir.
Bref on nous manipulait, et on parlait de lui….l’objectif était atteint.
C’est pour cela que je n’envisageais même pas de feuilleter « Sérotonine ». Je préfère les livres et auteurs discrets, j’ai horreur de ce marketing puissant qui décide de ce qui est bon ou mauvais pour moi. Mon blog en atteste.
Oui, je l’ai lu, et je suis arrivé au bout, après l’avoir posé quelques jours, sans doute parce que je n’y trouvais pas toujours le plaisir qu’on m’avait promis. Docteur suis-je normal ? 
Florent-Claude est un ingénieur agronome ne pouvant s’épanouir et vivre sans prendre chaque jour ses pilules de Captorix, un antidépresseur puissant lui apportant la Sérotonine, l’hormone du bonheur dont nous avons besoin pour nous épanouir. Ces petites pilules ont cependant un lourd handicap : elles réduisent à néant toute libido…c’est pas le top quand on aime faire l’amour (voire plus si affinités) pour vivre épanoui, surtout quand le démon de la quarantaine (âge du personnage principal) devrait vous tourmenter 
Florent-Claude est recruté par la Direction Régionale de l’Agriculture et des Forêts  afin d’assurer la promotion des fromages de Normandie. Une mission précédente l’avait transporté sous le soleil du Roussillon, où il accompagna les producteurs d’abricots dans leur campagne de promotion. Il vit dans les chambres fumeurs des Hôtels Mercure…
L’homme flirte avec le désespoir et le précipice au fond duquel il est sur le point de s’écraser. Pour nous décrire son personnage, Houellebecq manie le glauque, l’ennui….le sexe est triste, zoophile parfois, pervers souvent, c’est l’impression qui m’en est restée. Où est l’amour dans tout ça? 
Je ne connais pas l’auteur, je ne peux donc pas comparer avec d’autres titres. Je ne sais pas s’il est spécialiste de ces malaises, de ces déviances. 
En tout cas, dans Sérotonine, l’auteur a su dépeindre un monde déprimé, glauque, homophobe ou misogyne parfois…un discours que je fuis. Est-ce un exercice de style dans lequel l’auteur a inventé ce personnage ? Si tel était le cas, il faudra reconnaître le génie de l’auteur pour nous transporter dans ce monde repoussant. 
Si au contraire l’auteur n’a cherché qu’à mettre sur le papier ses angoisses et hantises, en les transposant sur Florent-Claude, je comprends alors mieux pourquoi certains le traînent dans la boue. 
2 ou 5 étoiles….entre les deux mon cœur balance
Marketing….j’en parlais en début de chronique…Marketing qui ferait ce livre et cet auteur, et marketing pour lequel l’auteur sait renvoyer l’ascenseur  : j’ai été perturbé par le placement de produits ou de marques qu’Houellebecq nous impose…
Ses personnages ne roulent pas dans des voitures anonymes voire des 4×4, mais dans des Mercedes Classe G 350 ou 500 selon les rangs des personnages, d’autres roulent en Nissan, Florent-Claude n’utilise pas un banal fusil mais un Steyr Mannlicher et quand il veut vérifier la précision de ses tirs, il utilise des jumelles Schmidt & Bende . SFR leur permet de se parler. Le lecteur fréquentera grâce à l’auteur les différentes enseignes Leclerc (y compris Leclerc Pompes funèbres qui est cité) il se rendra au Carrefour City, ou dans les Hôtels Mercure où vit Florent-Claude.
Tout ceci m’a fait sourire…Je ne suis pas certain qu’un cadre de la DRAF ait les moyens de rouler en Mercedes Classe G 350, ni non plus que son administration prenne en charge des séjours de longue durée dans des Hôtels Mercure. Tout ceci m’a semblé bien irréaliste. 
Alors oui, tôt ou tard je vais lire un autre titre, afin de ne pas rester sur cette image glauque, cracra et à la limite parfois, du nauséabond, ce qui m’a gêné. Ses fulgurances sont par contre plaisantes et séduisantes, surtout quand il décrit cette France profonde, cette société non solidaire. Et il faut reconnaître sa différence par rapport à bien d’autres, son peu de soucis du « politiquement correct », dans ce livre en tout cas. 
Peut-être que ce livre n’était pas le meilleur pour découvrir les qualités littéraires de cet auteur. Je vais en lire d’autres.
Mais j’ai tant d’autres ouvrages sous le coude. Alors il faudra attendre. 
Décidément, je crois qu’il est préférable, que je me fie à mes coups de foudre, que je persiste à éviter ces autres auteurs – que je ne citerai pas – qui sortent  un livre, à l’occasion des rentrées littéraires…
Éditions Flammarion – 347 pages – 2019

Présentation de Michel Houellebecq 

Quelques lignes
  • « La nicotine est une drogue parfaite, une drogue simple et dure, qui n’apporte aucune joie, qui se définit entièrement par le manque, et par la cessation du manque. » (P 9)
  • « Mes journées s’écoulaient de plus en plus douloureusement en l’absence d’événements tangibles et simplement de raisons de vivre, sur la fin j’avais même complètement abandonné les producteurs d’abricots du Roussillon ; je n’allais plus très souvent au café, de peur d’être confronté à une indignada aux seins nus. Je regardais les mouvements du soleil sur les dalles, je descendais des bouteilles de brandy Cardenal Mendoza, et c’était à peu près tout. » (P 35)
  • « Certes les infidélités (pour employer un terme faible) de Yuzu m’avaient peiné, ma vanité virile en avait souffert, et surtout j’avais été envahi par un doute, aimait-elle toutes les bites à l’égal de la mienne, voilà la question que les hommes, classiquement, se posent en ces moments, et moi aussi je me l’étais posée, avant hélas de conclure par l’affirmative, il est vrai que notre amour en avait été souillé, et que les compliments à l’égard de ma bite qui me causaient tant d’orgueil au début de notre relation (taille confortable sans être excessive, endurance exceptionnelle), je les voyais maintenant d’un autre œil, j’y voyais la manifestation d’un jugement froidement objectif, résultat d’une fréquentation suivie de multiples bites, plutôt que l’illusion lyrique émanant de l’esprit échauffé d’une femme amoureuse, ce que j’aurais je l’avoue bien humblement préféré, je ne nourrissais aucune ambition particulière à l’égard de ma bite, il suffisait qu’on l’aime et je l’aimerais moi aussi, voilà où j’en étais, par rapport à ma bite.. » (P. 75)
  • « Au bout de deux minutes je me rendis compte que parler me fatiguait encore plus qu’écouter, c’étaient les relations humaines en général qui me posaient un problème, et tout particulièrement, il fallait bien en convenir, les relations humaines avec Claire, je lui repassai le dé de la conversation, le décor de ce café était agréable mais le service un peu lent, et nous replongeâmes vers les onze ans de Claire alors que des clients qui ressemblaient tous à des intermittents du spectacle envahissaient peu à peu le café. » (P. 130)

 

3 réflexions sur “« Sérotonine » – Michel Houellebecq

  1. Même impression …Devant mon rejet, mon libraire m’avait remise à ma place en disant qu’on ne pouvait en parler si on ne l’avait lu. Piqué au vif, je l’ai lu et n’ai pas aimé ! Le nombrilisme dépressif en littérature me fait bondir ! Je trouverais aussi mes plaisirs littéraires dans d’autres coups de cœur ! Bon WE

  2. On lit pour être inspiré et non pour être déprimé ou sentir cibler par des marques diverses du monde loin de la bonne littérature . Je suppose que les auteurs des livres qui mentionnent des marques touchent des primes selon le nombre de livres vendus. Répugnant. J’apprécie bien la critique et je ne lirai jamais Houllebeque

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