« Kaboul était un vaste jardin » – Omar Qais Akbar

Il n’est pas écrivain, mais marchand de tapis, comme son grand-père l’était….de tapis Afghans bien sûr …

Il n’est pas romancier, ce livre n’est pas sorti de son imagination, mais de sa vie….

Il n’en est que plus terrible!J’y suis entré sur les conseils d’un ami lecteur, jardinier, grand voyageur, etc…Merci, tu te reconnaîtras…

Tu m’as offert un voyage magnifique, un éclairage terrifiant sur cet Afghanistan sous le joug de ces factions hostiles entre elles, qui s’appelèrent « soldats de Dieu », »moudjahidin », « fous de Dieu », « talibans », Dieu mis à toutes las sauces selon les époques ….de ces fanatiques religieux, de ces ignares voulant détruire ce passé, cette culture et cette civilisation au nom de leur idéologie, de leur folie…tu m’as aussi offert un voyage sur l’âme afghane, sur l’honneur afghan, sur l’hospitalité de ses habitants.

Omar Qais est le petit-fils d’un riche marchand de tapis afghans. « Marchand de tapis »…une expression de notre langue qui ne s’applique pas à la famille de l’auteur…ces tapis, tous des œuvres d’art finement travaillés valent des petites fortunes sous nos latitudes. Omar Qais nous en apprendra beaucoup sur ces œuvres d’art. Son père est tout à la fois professeur de physique et boxeur. En 1990, des fous furieux prennent le pouvoir à Kaboul, volent les 6000 tapis anciens qu’avaient regroupés son père et son grand-père. Des types qui aboient leur ordres et pointent les canons de leur kalachnikov afin de se faire comprendre rapidement… L’obéissance est immédiate : ils s’en servent si vite !

La famille perd sa vaste maison, ses biens…il ne leur reste qu’une voiture surchargée avec laquelle ils vont traverser ce pays magnifique de montagnes, dans l’espoir de trouver la paix et la liberté. Alors en allant d’amis en parents, d’une hospitalité à une autre, ils vont tenter de gagner l’étranger…Ils n’ont rien à offrir en échange à leurs hôtes, à ces amis, à cette famille qui les accueillent plusieurs jours voire plusieurs semaines… tous leur ouvrent leur porte et leur table. Une hospitalité qu’on admire…on serait sans doute bien en peine de trouver une vertu aussi répandue, aussi naturelle sous nos cieux occidentaux.

Folie des uns, hospitalité et humanisme des autres, sont les deux conceptions de la vie que rencontrèrent Omar Qais et sa famille au cours de ce voyage et que nous conte l’auteur. Ces amitiés dues sans doute aux nombreuses relations de sa famille commerçante nous amènent dans divers lieux de culture y compris auprès des Bouddhas de Bamiyan qui n’avaient pas encore été dynamités …Quelques pages étonnantes nous en apprennent beaucoup sur ces sculptures. La vie d’un gamin de neuf ans dans Kaboul, dans les maisons d’amis, sous la tente de bergers….un voyage de plusieurs années en alternance avec des allers-retours dans les restes de la demeure familiale vandalisée!   

Ces amitiés, ces rencontres de hasard ont été déterminantes pour la vie, pour la survie de la famille.

Un livre qui commence avec le départ des Russes et se poursuit jusqu’à l’arrivée des Américains. Omar Qais Akbar rencontrera une femme qui sera déterminante pour sa vie, elle lui apprendra à nouer les tapis…ce sera le futur d’Omar.

Un livre qui rappelle  ces années de contraintes, de folie meurtrière, de folie au nom d’une religion dévoyée par l’interprétation de malades, une folie qui va se nicher jusquedans les poils des hommes! On en rit, on est atterré devant tant de bêtise. mais on n’oublie pas que nombreux furent ceux qui ont été fouettés ou sont morts de cette bêtise, de cette ignominie…des pages éprouvantes parfois, révoltantes toujours. 

J’aurais aimé disposer d’une carte afin de visualiser ce voyage, mais c’est un détail

Ah que je suis heureux de vivre sous nos latitudes! Ah que nos disputes au nom de notre actualité nationale me semblent vaines et risibles en comparaison des risques qu’affrontèrent l’auteur et sa famille durant ces années !

Un dépaysement dans l’Histoire contemporaine et la culture afghane! Tout ça, on le savait, nos journaux télé, nos magazines nous avaient présenté l’horreur absolue, les femmes voilées, les amputations, les viols, l’extermination publique d’homosexuels dans des stades bondés (et j’en passe) …en observateurs extérieurs. 

Jamais ils n’avaient pu plonger au cœur de l’âme afghane, au cœur de cette culture très ancienne, au cœur des angoisses et contraintes quotidiennes de ces hommes et femmes afghans au fil de ces années de démence. 

Omar Qais Akbar l’a fait….avec sa finesse d’esprit et d’observation. Avec ses tripes !

« En attendant, l’Afghanistan dont nous avions rêvé pendant toutes ces années de bombardements, de coups de fouet et de lapidations ne nous a toujours pas été restitué. » 

Éditions Robert Laffont – 2014 – Parution initiale en 2013 – Traduction par Michel Faure – 418 pages 

Présentation de Omar Qais Akbar


Quelques lignes

  • « À cette époque, Kaboul était un vaste jardin. De grands arbres formaient des voûtes au-dessus des rues les plus larges. La ville comptait de nombreux parcs bien entretenus dans lesquels des roses trémières élancées d’un rouge pâle concurrençaient les œillets d’Inde orange vif et les roses aux tons les plus variés. Chaque maison avait son jardin planté de grenadiers, d’amandiers, ou d’abricotiers. Même la montagne aux deux pics était couverte d’une végétation basse qui revivait avec les pluies printanières. Au printemps et à l’automne, le ciel se remplissait d’oiseaux aquatiques très colorés qui s’arrêtaient pour se reposer dans les marécages proches de la ville, en route pour les steppes russes et l’Inde. D’anciennes canalisations souterraines nous amenaient des montagnes l’eau qui permettait de garder nos jardins verdoyants. » (P. 23)
  • « Pendant près de trois siècles, les Anglais ont pris l’Afghanistan pour un terrain de jeu où défier les Russes dans une joute meurtrière. Aucune des deux parties ne l’a emporté, et aucune ne s’est non plus préoccupée du nombre d’Afghans tués et des souffrances infligées à notre peuple. » (P. 30)
  • « …Dieu possède tout, et quoi qu’Il nous donne, ce n’est à nous que peu de jours. » (P. 152)
  • « En fait, notre vie ressemblait désormais à ce jeu. Nous sautions d’un endroit à un autre en espérant que personne ne nous fasse tomber à terre. » (P. 194)
  • « ….le chagrin des gens avait trois origines, intervint-il. Ils veulent toujours tout, tout de suite, sans effort. Ils veulent plus que ce dont ils ont besoin. Et ils ne sont pas satisfaits de ce qu’ils ont. Mais je réalise maintenant que le plus grand chagrin du monde, c’est la perte d’un cadeau de Dieu. » (P. 266-7)
  • « Nous nous sommes donné le nom de talibans, ce qui signifie “étudiants de Dieu”. Nous ne faisons jamais rien de mal, affirma l’un d’eux dans le micro. Nous ne nous trompons jamais, même par erreur. Nous agissons toujours bien, comme ça nous pouvons être aimés. Quand nous parlons, nous avons toujours raison, ainsi nous pouvons être adulés. » Pendant son allocution, il pivotait sans cesse sur lui-même afin d’être entendu partout dans le stade. » (P. 301)
  • « Même les lois les plus étranges des talibans étaient plus faciles à vivre que le chaos des commandants. » (P. 387)

 

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