« American Darling » – Russell Banks

Hanna fut, pendant les années 60-70 une jeune fille américaine très engagée politiquement…bien que (ou parce que) née dans un milieu bourgeois aisé. Ses idéaux de gauche l’ont appelée à militer contre la guerre du Vietnam et pour les droits des Noirs. Membre du mouvement des Weathermen, elle a fabriqué des faux papiers, des bombes….Elle dut quitter les Etats-Unis, où elle était recherchée par le FBI.

Alors, par peur d’être emprisonnée elle a fuit vers le Liberia. Le Liberia ….un territoire africain dans lequel les Etats-Unis ont, un temps, commencé à transporter des descendants d’esclaves noirs afin de leur rendre la liberté…et de blanchir ainsi la nation américaine…d’où le nom de l’Etat africain, nous l’apprenons ….Un pays couvé, depuis, par les Etat-Unis, une tête de pont pour pénétrer l’Afrique. 

Puis elle est revenue aux Etats-Unis, d’où elle nous parle, depuis sa ferme écologique. Elle y vend des poulets bio….

Début de souvenirs mêlant les Etats-Unis, les mouvements « révolutionnaires » des années hippies -un mouvement dont le nom vient de la contraction de Youth International Party- le Liberia sous influence américaine, l’écologie, les droits des femmes, l’amour libre, les révolutions africaines et les massacres à la machette, la politique américaine en Afrique, les copains d’un jour devenant les ennemis de demain, les détournements de fonds, secrets bien sûr…Et j’en passe. 

Début d’un parcours de vie de femme libre, d’une femme sexuellement libérée, d’une mère qui perdra ses enfants, nous l’apprenons dans les premières pages, d’une femme qui s’appellera également Dawn Carrington…bref une femme qui aura plusieurs vies, qui affrontera mille risques…

 Balade aux côtés de cette passionnée, actrice d’une partie de sa vie, celle qui l’obligera à fuir vers le Liberia, et également spectatrice relativement impuissante de l’autre partie de sa vie, de cette violence, de cette terreur, qui l’obligeront à quitter ce pays, à tout abandonner, ses chimpanzés et surtout ses enfants métis, nés de son mariage avec un ministre africain. 

Une femme troublante faite tout à la fois de contradictions et d’une certaine forme d’hypocrisie, notamment dans ses relations avec ses chimpanzés, animaux de laboratoire quelle chérissait et voulait protéger, sans doute pour compenser les douleurs que son équipe leur faisait subir. Des animaux dont elle admire la force et une certaine forme d’humanité mais qu’elle garde dans des cages! Découverte de ce monde des chimpanzés, nos cousins également viande de brousse appréciée des Noirs. 

Bref, on ne s’ennuie pas une seconde à la lecture de cet ouvrage prenant pour cadre des événements réels, historiques et en partie romancés, décrivant certains travers de la société américaine et les relations très troubles entre USA et Afrique, entre démocratie-sauce américaine et les dictatures violentes  à la sauce africaine que ces amoureux de la liberté, que sont les américains, soutiennent. Les plus anciens d’entre nous se souviendront de ces coups d’Etat africains soutenus par la CIA, de Samuel Doe, de Charles Taylor, de ces enfants-soldats coupant, hilares,mains, oreilles et sexes dont ils se faisaient des colliers. 

Malgré quelques longueurs, qu’on oublie très vite, un grand roman, un grand moment de plaisir. 

Éditions Actes Sud – 2005 – Traduction : Pierre Furlan – 393 pages


Présentation de Russell Banks


Quelques lignes

  • « Une fois que les dessous-de-table étaient distribués à Monrovia, les sociétés avaient toute liberté de piller ce qu’elles voulaient dans le pays : le caoutchouc, les agrumes, le riz, le cacao, et, au cours des dernières années, des diamants en quantité restreinte mais de plus en plus importante. Avec l’aide et le soutien du gouvernement libérien, elles rassemblaient les gens des tribus et, par contrat, les réduisaient à une sorte de servage, leur offrant un dollar par jour pour extraire les matières premières. Après avoir transformé ces matières premières, elles les revendaient à l’étranger avec un bénéfice colossal. » (P. 126)

  • “La célébrité est comme une drogue, et quand vous avez quelqu’un de célèbre dans votre famille, tous les autres membres en sont affectés. A bien des égards, elle les modèle et les déforme de la même façon que le fait un cas d’alcoolisme ou de toxicomanie. Il est impossible de ne pas tenir compte de la célébrité – elle colore tout –, mais vous n’avez pas non plus le droit de l’afficher. » (P. 158) « Une fois que les dessous-de-table étaient distribués à Monrovia, les sociétés avaient toute liberté de piller ce qu’elles voulaient dans le pays : le caoutchouc, les agrumes, le riz, le cacao, et, au cours des dernières années, des diamants en quantité restreinte mais de plus en plus importante. Avec l’aide et le soutien du gouvernement libérien, elles rassemblaient les gens des tribus et, par contrat, les réduisaient à une sorte de servage, leur offrant un dollar par jour pour extraire les matières premières. Après avoir transformé ces matières premières, elles les revendaient à l’étranger avec un bénéfice colossal. » (P. 126)

  • « Ma peau blanche s’affichait, faisait carrément du bruit. Elle proclamait ma caste et mon statut aux oreilles de tous. Et pour cela, l’on me haïssait et l’on m’enviait. Pendant longtemps, au marché, j’ai été accueillie par des regards hostiles et l’on m’a traitée avec froideur. Puis, quand les boutiquiers et les marchands ambulants ont su que j’étais la femme du ministre délégué Sundiata, que j’étais manifestement enceinte de ses œuvres et que j’allais rester au Liberia, la froideur a alterné avec la servilité. » (P. 184)

  • « Je vais créer un sanctuaire pour chimpanzés. Pour les chimpanzés qui ont été abandonnés par le labo, s’il en reste de vivants. Et je vais acheter et sauver autant de chimpanzés que je pourrai trouver, ceux qu’on garde au bout d’une chaîne ou dans une cage et qu’on vend au marché ou dans des allées cachées. Quant aux chimpanzés qu’on essaie de faire sortir illégalement du pays pour les vendre comme animaux de compagnie ou comme cobayes que des labos européens et américains utilisent pour leurs expériences, je vais leur rendre la santé physique et mentale si je le peux, et éventuellement je les ramènerai dans la jungle, chez eux. » (P. 328)

  • « Le pouvoir de la parole, c’est la parole du pouvoir. Les vœux de silence sont des promesses de paix. Le silence est d’or, en effet, et un âge d’or serait silencieux. » (P. 337)

  • « En vieillissant, nous devenons des animaux différents. Surtout les femmes. Et quand nous sommes devenues un animal qui n’a plus d’intérêt sexuel, les jeunes – parce qu’ils croient qu’ils ne seront jamais vieux – nous traitent comme si nous étions une autre sorte de primate. Comme si l’un de nous était un chimpanzé et l’autre un être humain. » (P. 383)

Une réflexion sur “« American Darling » – Russell Banks

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