"Là où chantent les écrevisses" – Delia Owens

Ma est partie avec sa valise bleue…partie pour fuir les coups de son mari Pa.

Tous quittent la maison au milieu des marais, tous partent pour fuir la violence de Pa. Jodie le frère aîné et les deux sœurs laissent Kya, leur sœur de six ans, seule avec leur père Pa. Alors Pa, fou de rage fait brûler les vêtements de son épouse Ma, et ses aquarelles…

Lui aussi part, pour discuter avec l’armée d’une possible pension d’invalidité, laissant la gamine de six ans seule dans cette grande maison, seule avec de la farine de maïs…il part, mais ne revient jamais.

D’autres gamines auraient cherché du secours, auraient couru au devant des services sociaux…oui, mais Kya décide de se battre, de se débrouiller seule…et apprend à éviter ces services sociaux. 

« Kya se rappela que sa mère l’encourageait toujours à explorer le marais : « Va aussi loin que tu peux. Tout là-bas, où on entend le chant des écrevisses. » »

Elle sait conduire le bateau…c’est suffisant pour survivre, pour se déplacer. Elle connaît le marais comme sa poche, un marais riche regorgeant de moules, de poissons qu’on peut vendre ou échanger contre de l’essence..surtout quand Jumping,celui qui vend l’essence est lui aussi rejeté, mal aimé de la population parce que noir, « nègre » disait-on. L’homme, vendra les moules que la gamine lui porte en échange de l’essence…une amitié à la vie, à la mort est née. 

Et l’école dans tout ça? Une journée de moqueries venant des autres gamins suffira à Kya, pour comprendre qu’elle n’a rien à y faire. Moqueries et dédain aussi de toute la population pour laquelle elle n’est que « la fille du marais ».

Puis un jour elle découvre une plume fichée sur une souche…impossible qu’elle ait pu se planter là seule ! Qui est cet inconnu qui lui dit ainsi « Je suis là, coucou! », qui est cet inconnu qui l’observe, qui viole son espace, son monde ?

Quelques premières pages de ce roman qu’on dévore. Un roman qui nous fait avancer sur deux époques, l’enfance de Kya, depuis les années 50-60, puis dans les années 69-70, date à laquelle le corps d’un homme, Chase Andrews, est retrouvé au pied d’une tour de guet. Un destin qui lui aussi croisera celui de Kya. 

Une enquête policière commence. On se laisse prendre par ce rythme et on passe d’une époque à l’autre en tournant les pages, sans jamais être perdu.  

La gamine est attachante, et débrouillarde. Elle aime ce marais, ses oiseaux, ses plantes, ses coquillages, ses coins et recoins, elle nous en fait découvrir toute sa beauté, toute sa richesse…Nous ne serons pas les seuls à découvrir ce monde.

Tous autour d’elle la considèrent avec méfiance, elle est si différente d’eux, si indépendante, une sauvageonne qu’on ne peut apprivoiser. 

Roman de découverte d’une personnalité attachante, roman d’un pays vierge lorgné par les promoteurs, qui préfèrent le béton aux espaces vierges naturels, polar, roman d’une famille éclatée, roman d’une période au cours de laquelle les rangs des églises et des tribunaux étaient partagés entre « White only » et « Colored People », roman que j’ai dévoré…

Roman riche et tragique.

Un grand merci aux Éditions du Seuil et à Babelio,  qui m’ont offert ce dépaysement, dans le cadre d’une opération Masse critique privilège, cette surprise.

Je n’en dirai pas plus…

Éditions du Seuil – 2020 – Traduction : Marc Amfreville – 476 pages


Lien vers la présentation de Delia Owens


Quelques lignes

  • Un marais n’est pas un marécage. Le marais, c’est un espace de lumière, où l’herbe pousse dans l’eau, et l’eau se déverse dans le ciel. Des ruisseaux paresseux charrient le disque du soleil jusqu’à la mer, et des échassiers s’en envolent avec une grâce inattendue – comme s’ils n’étaient pas faits pour rejoindre les airs – dans le vacarme d’un millier d’oies des neiges.Puis, à l’intérieur du marais, çà et là, de vrais marécages se forment dans les tourbières peu profondes, enfouis dans la chaleur moite des forêts. Parce qu’elle a absorbé toute la lumière dans sa gorge fangeuse, l’eau des marécages est sombre et stagnante. Même l’activité des vers de terre paraît moins nocturne dans ces lieux reculés. On entend quelques bruits, bien sûr, mais comparé au marais, le marécage est silencieux parce que c’est au cœur des cellules que se produit le travail de désagrégation. La vie se décompose, elle se putréfie, et elle redevient humus : une saisissante tourbière de mort qui engendre la vie. » (Premières phrases)
  • « Autant de merveilles et de leçons bien réelles sur la nature qu’elle n’aurait jamais apprises à l’école. Des vérités que tout le monde devrait connaître, et pourtant, même si elles sont là sous nos yeux, à l’instar des graines, elles semblent enfouies, comme au secret. » (P. 153) »Autant de merveilles et de leçons bien réelles sur la nature qu’elle n’aurait jamais apprises à l’école. Des vérités que tout le monde devrait connaître, et pourtant, même si elles sont là sous nos yeux, à l’instar des graines, elles semblent enfouies, comme au secret. » (P. 153)
  • « Personne n’a jamais réussi à remplir son cerveau, expliquait-il. On est tous comme des girafes qui n’utilisent pas leur cou pour atteindre les feuilles plus hautes. » (P. 175)
  • « Presque tout ce qu’elle savait, elle l’avait appris de la nature. Du monde sauvage. La nature l’avait nourrie, instruite et protégée quand personne n’était là pour le faire. Si sa façon de se comporter différemment des autres avait eu des conséquences, celles-ci aussi faisaient partie du noyau dur de la vie. » (P. 470)

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