« Le vieux qui lisait des romans d’amour » – Luis Sepúlveda

Un livre tout simple qui a reçu deux prix littéraires…..

….celui des relais H à vocation populaire, plus destiné aux livres des librairies de gare, et celui, plus élitiste de France Culture.

Sans doute parce qu’il plait à tous

Antonio José Bolivar est un vieil homme confronté aux difficiles conditions de vie rencontrées en Amazonie,  des conditions qui ont perdu son épouse, et qu’il arrive à les surmonter grâce à ses amis, les indiens Suars.

Ceux-ci l’accueillent auprès d’eux depuis plusieurs années.

Ils lui apprennent comment vivre au sein de ce territoire en le respectant, en respectant les animaux, en prélevant juste le nécessaire pour manger. Pourquoi tuer si nous mangeons pas la viande de l’animal ? Pourquoi tuer pour une peau, si celle-ci une fois tannée peut faire plusieurs générations?

Le livre fait encore plus écho aujourd’hui avec nos préoccupations environnementales

C’est aussi histoire de la traque d’une femelle ocelot, devenue tueuse d’hommes depuis qu’un chasseur a tué ses petits pour leurs peaux.

L’histoire se déroule semble-t-il au cours des années 1960, le transistor à piles est  mentionné…, c’est le moment où l’Amazonie commence à être défrichée pour développer des cultures de soja pour nourrir notre malbouffe. 

Les gringos arrivent, ne respectant rien… opposition naissante de deux conceptions du monde…

Depuis qu’il a découvert les livres, le vieil homme en cherche toujours un pour l’avoir à portée de main :« Ce fut la découverte la plus importante de sa vie. Il savait lire. Il possédait l’antidote contre le redoutable venin de la vieillesse. Il savait lire. Mais il n’avait rien à lire ». Heureusement son ami dentiste pense à lui et lui en fournit.

Un livre très agréable et rapide à lire, dont j’ai gardé un bon souvenir, regorgeant de petites phrases, clins d’œil d’humour, de prises de position de l’auteur, chargées d’émotions.

Un livre qui, sans aucun doute fait écho à des expériences de vie de Luis Sepúlveda, qui dut s’exiler face aux menaces qui pesaient sur sa vie, du fait de son opposition à la dictature chilienne..il passa ainsi une partie de sa vie dans la forêt amazonienne dans un hameau d’indiens Suars.

Renseignements pris, il lui fallu dix ans pour l’écrire et pendant son séjour en Amazonie, il y rencontra fortuitement un vieil homme blanc vivant seul.

Quand je l’ai lu, je découvrais Luis Sepúlveda… et aujourd’hui, alors que je viens d’apprendre son départ, je le pleure et je me rends compte que jamais je n’ai pris le temps de commenter ce livre, son plus connu.

Je vais le relire..Peut-être, certainement même, ai-je été trahi par ma mémoire.. 

Ne m’en voulez pas, c’est mon émotion qui parle

Éditions du Seuil, collection Points – Traduction : François Maspero – 1997 – 128 pages


Lien vers la présentation de Luis Sepúlveda


Quelques lignes

  • « Les gouvernements vivent des morsures qu’ils donnent aux citoyens; Et encore, nous, on a affaire au petit roquet » (P.32)
  • « Ils vivaient en se contentant du strict minimum et la seule chose qu’ils avaient en abondance c’était les commentaires médisant qui ne le touchaient pas mais qui mettaient Dolores Ecarnacion del Santisimo Sacramento Estupinan Otavalo dans tous ses états » (P.37)
  • « Les pauvres pardonnent tout, sauf l’échec » (P.41)
  •  » Il passa toute la saison des pluies à ruminer sa triste condition de lecteur sans livre, se sentant pour la première fois de sa vie assiégé par la bête nommée solitude. Une bête rusée. Guettant le moindre moment inattention pour s’approprier sa voix et le condamner à d’interminables conférences sans auditoire. « 
  • – (…) Je t’ai apporté deux livres. 
    Les yeux du vieux s’allumèrent. 
    – D’amour ? Le dentiste fit signe que oui. Antonio José Bolivar Proano lisait des romans d’amour et le dentiste le ravitaillait en livres à chacun de ses passages. 
    – Ils sont tristes ? demandait le vieux. 
    – À pleurer, certifiait le dentiste. 
    – Avec des gens qui s’aiment pour de bon ? 
    – Comme personne ne s’est jamais aimé. 
    – Et qui souffrent beaucoup ? 
    – J’ai bien cru que je ne pourrais pas le supporter. 
    À vrai dire, le docteur Rubicondo Loachamin ne lisait pas les romans. Quand le vieux lui avait demandé de lui rendre ce service, en lui indiquant clairement sa préférence pour les souffrances, les amours désespérées et les fins heureuses, le dentiste avait compris que la tâche serait rude. Il avait peur de se rendre ridicule en entrant dans une librairie de Guayaquil pour demander : « Donnez-moi un roman d’amour bien triste, avec des souffrances terribles et un happy end. »

Une réflexion sur “« Le vieux qui lisait des romans d’amour » – Luis Sepúlveda

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