« Le Grand Roman indien » – Shashi Tharoor

« …l’Inde n’est pas un pays sous-développé, mais au contraire une nation hautement développée dans un état de décadence avancée »

Ved Vyas, vieux diplomate, décide à 88 ans, avant de faire le grand voyage sans retour de dicter ses mémoires à Ganapathi…un thème et un livre alléchant pour tout lecteur désireux de se plonger dans une culture.

« …ce que je vais dicter ce sont les souvenirs de ma vie et de mon temps […] dans mon épopée je parlerai du passé, du présent et de l’avenir, de l’existence et du trépas, de la floraison et du dépérissement, de la mort, de la résurrection, de ce qui est, de ce qui fut, de ce qui aurait dû être. »

Oui, mais…

Le livre allie à la fois le conte, la mythologie indienne et l’Histoire, le roman et les mémoires…l’humour et le drame.

Tous les noms des personnages sont fictifs, certains font référence à des personnages historiques que le lecteur identifie sans peine, d’autres sont plus difficilement identifiables, et certains semblent sortis de l’imagination de l’auteur.

Le sujet est alléchant, le pays est fascinant…tout est réuni pour donner un grand plaisir au lecteur..

Oui…le lecteur de roman pourra trouver un grand plaisir à cette lecture, qui mêlera aventures, rencontres, poésie, humour,  parce qu’il le lira comme tout autre roman fictif…..parce qu’il se laissera emporter par le texte, la colonisation, la décolonisation…et l’âme, la culture, les traditions indiennes

Le lecteur qui, quant à lui identifiera le double d’un personnage historique en reconnaissant Nehru, Gandhi ou d’autres, cherchera, c’est ce que j’ai tenté de faire, à identifier les autres personnages…j’ai sans aucun doute commis cette erreur, je ne les ai pas tous reconnus.

Je ne disposais pas d’une part de cette connaissance de l’épopée du Mahabharata, d’autre part des détails de l’Histoire et des hommes politiques de l’Inde du XXème siècle. 

Ces lacunes m’ont empêché de prendre tout le plaisir que cette lecture me promettait…je ne me suis pas laissé emporter suffisamment par le côté roman du texte.

Dans tous les cas, on ne peut qu’être admiratif du travail important de l’auteur.. 

« Dans la vie on doit toujours choisir entre être celui qui raconte des histoires et être celui au sujet de qui on raconte des histoires. »

Éditions Points-Grands romans – 2014 – Traduction : Christiane Besse – Parution initiale en 1989 – 555 pages


Lien vers la présentation de Shashi Tharoor


Quelques lignes

  • « Il vit des hommes dont la fatigue enfonçait le regard et creusait les joues. Il vit des femmes vêtues jour après jour du même sari crasseux parce qu’elles n’en possédaient pas un second à mettre le temps de laver le premier. Il vit des enfants privés de nourriture, de livres, de jouets, des petites créatures morveuses dont le ventre distendu moquait l’estomac vide  » (P. 64)
  • « Ou peut être se contenta-t-il d’agir selon la simple logique dictée par le colonialisme, d’après laquelle les règles de l’humanisme ne s’appliquent qu’aux gouvernants, car les gouvernants sont des gens, alors que les gouvernés sont des objets. » (P. 103)
  • « Oui, Kipling, le même professeur Kipling un jour assez imprudent pour faire allusion aux qualités canines du peuple indien… » (P. 108)
  • …les indigènes qui manœuvraient les métiers mécaniques étaient payés les proverbiales roupies de sansonnet (leur proverbe […] nos roupies) qui leur permettaient à peine de survivre parmi la saleté et la puanteur des bidonvilles. » (P. 120)
  • « Je savais qu’en Inde rien ni personne n’était blanc ou noir; pas plus qu’il n’existait de gris uniformément sale. Au lieu de quoi, la moralité politique et les valeurs publiques étaient une illusion optique mystérieuse, floue, où alternaient les blancs et les noirs dans diverses nuances de mat et de brillant. » (P. 487)
  • « La démocratie […] est peut-être la plus arrogante de toutes les formes de gouvernement parce que les démocrates ont la prétention de représenter un peuple entier : les monarques et les oligarques n’avancent rien de tel. » (P. 519)
  • « La bureaucratie est […] simultanément la plus paralysante des maladies indiennes et la plus haute forme des arts indiens. » (P. 527)

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