« La Civilisation, ma Mère !… » – Driss Chraïbi

Elle n’est jamais sortie de la maison depuis ses noces, et…

…..elle ne connaît rien d’autre que les quatre murs de sa maison dans la campagne marocaine. La cuisine et le ménage, les soins au bétail sont ses seules occupations. 

Des déménageurs livrent une « boîte qui parle », un poste de radio Blaupunkt qui suit l’arrivée de l’électricité et de la lumière électrique, des magies qui lui font peur. « Monsieur Kteu » nom de baptême de la radio lui ouvre des horizons qu’elle ne connaissait pas.

Quand « Monsieur Kteu » parle, elle lui coupe la parole…..enfin un homme qui lui obéit et qui donne du bonheur. Elle prend soin de lui, donne à manger à Monsieur Kteu, qui a bon d’appétit…tout ce qu’elle lui donne disparaît, mais c’est Nagib, son fils qui vient en cachette manger ce qu’elle dépose.

« Personne ne lui avait rien appris depuis qu’elle était venue au monde. Orpheline à six mois. Recueillie par des parents bourgeois à qui elle avait servi de bonne. »

Radio, électricité sont les petits déclics qui lui ouvrent le monde, qui lui ouvrent l’esprit et la porte de la maison, qui l’émancipent.

Et cette femme que personne ne regardait, qui avait toujours vécue cloîtrée va s’ouvrir aidée par ses deux fils, le narrateur et Nagib, gentil géant. Elle va à son tour aider d’autres femmes à s’ouvrir, à s’émanciper…

Elle va même vous surprendre en repoussant très loin toutes les limites imposées aux femmes et surtout donner une leçon à tous ceux qui veulent confiner ces sexes dit faibles.   

Roman d’émotion, d’espoir, d’humour et de sourires, de tendresse, d’amour des autres et surtout un roman de courage de l’auteur, qui je l’espère permettra de faire avancer ces causes.

Beau coup de cœur en ce qui me concerne…mais d’autres, des hommes, n’ont peut-être pas apprécié ce texte qui les bousculait.


Lien vers la présentation de Driss Chraïbi


Quelques lignes

  • « Sa vie était comme un puzzle. Sa vie intérieure qu’elle essayait de faire correspondre à la vie sociale qu’on attendait d’elle – mère et épouse. Tout ce qu’elle pouvait toucher, sentir, voir, entendre, goûter et aimer, elle l’assimilait aisément, l’adaptait à sa personnalité – ce qui était à sa mesure. Le reste, elle le rejetait. . » (P. 43)
  • « Sa vie était comme un puzzle. Sa vie intérieure qu’elle essayait de faire correspondre à la vie sociale qu’on attendait d’elle – mère et épouse. Tout ce qu’elle pouvait toucher, sentir, voir, entendre, goûter et aimer, elle l’assimilait aisément, l’adaptait à sa personnalité – ce qui était à sa mesure. Le reste, elle le rejetait. . » (P. 43)
  • « Elle ne cherchait pas à savoir mais à comprendre, à être et non à avoir ou posséder. » (P. 84)
  • « Tant de peuples relèvent la tête, acquièrent leur liberté, alors pourquoi pas moi ? et quelle différence y a-t-il entre mes propres enfants et moi ? Pourquoi ont-ils eu, eux, l’occasion de savoir d’où ils venaient, qui ils étaient, et vers quoi ils se dirigent – et pourquoi pas moi ? parce que je suis une femme ? parce que je suis ton épouse ? » (P. 131)
  • « Elle avait une soif d’apprendre d’assoiffé en plein désert, débusquant la vérité derrière les mots, soulevant chaque mot comme une pierre pour voir ce qu’il y avait en dessous, lézard, scorpion ou terre arable, pour vérifier s’il avait un poids, une réalité quotidienne, une âme capable de parler à son âme. » (P. 153) 

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